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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304248

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304248

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304248
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantGMR AVOCATS - GRANGE - MARTIN - RAMDENIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 28 avril 2023 et le 30 juin 2023, la société 3DS Groupe, représentée par Me Cailloce, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner la commune de Perthes-en-Gâtinais à lui verser, en application de l'article R. 541-1 du code de justice administrative, la somme de 5 614 euros TTC à titre de provision sur une facture émise le 30 août 2018 en rémunération de la livraison et de la pose de films ferreux permettant l'écriture et la fixation par magnétisme dans quatre salles de classe de l'école maternelle de la commune, et sur l'indemnisation des frais de conseil qu'elle estime avoir dû exposer à raison du défaut de règlement injustifié de cette facture, assortie des intérêts moratoires à compter du 30 août 2018, et de la capitalisation des intérêts à compter de la première date anniversaire de l'émission de la facture ;

2°) d'enjoindre à la commune de Perthes-en-Gâtinais de lui verser ces sommes dans un délai de quinze jours à compter du prononcé de l'ordonnance et sous une astreinte de 500 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de la commune de Perthes-en-Gâtinais une somme de 3 000 € en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soulève les moyens suivants :

- elle justifie d'une créance non sérieusement contestable, dès lors que les pièces du dossier établissent l'existence d'un contrat conclu entre les parties, la bonne exécution des prestations, conformément aux conditions contractuelles convenues entre les parties, et l'utilisation par la commune, pour les besoins de l'enseignement scolaire, des films que la société 3 DS a posés ;

- les dispositions de l'ordonnance n°2015-899 du 23 juillet 2015 relative aux marchés publics et l'article 15 du décret n°2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics n'imposent aucun formalisme à la conclusion du contrat qu'elle a conclu avec la commune, lequel prévoit des prestations évaluées à un montant inférieur à 25 000 euros HT ;

- à supposer même que le contrat soit entaché de nullité, elle pourrait prétendre, sur un terrain quasi-contractuel, au remboursement de celles de ses dépenses utiles à la collectivité envers laquelle elle s'était engagée ;

- la commune ne conteste pas sérieusement que la société 3 DS Groupe a réalisé correctement ses prestations, dès lors, d'une part, que le support sur lequel le film ferreux était posé ne respectait pas les conditions fixées par le devis, d'autre part, que les prétendus défauts évoqués par la commune n'en sont pas, les règles de l'art applicables à la pose d'un film ferreux autorisant que le film magnétique soit visible, que la découpe soit inégale (surtout à l'endroit d'un boîtier arrondi non prévu dans les plans communiqués par la commune) et qu'une superposition de 2 centimètres entre les films supérieurs et inférieurs existe ;

- en outre, aucun élément ne permet de prouver une découpe " bord à bord visible ", tandis que les points en surépaisseur sont dus aux défauts du support qui devait être lisse et propre, et que les bulles d'air s'expliquent par la peinture qui se décroche et donc par la mauvaise qualité de la peinture ;

- la commune n'a d'ailleurs pas défini la nature et l'étendue de son besoin conformément à l'article 30 de l'ordonnance du 23 juillet 2015, ni aucune contrainte d'exécution particulière des prestations ; les travaux dans les salles de classe n'étaient pas achevés lors de son intervention et se sont d'ailleurs poursuivis après, de sorte que ces derniers pouvaient être aussi bien à l'origine des dommages constatés par la commune ;

- les salles de classes sont parfaitement fonctionnelles et les films peuvent être parfaitement utilisés par l'équipe enseignante, en toute facilité et selon toutes les performances assignées aux tableaux, notamment le magnétisme ; la réception des fournitures est donc acquise, par décision non équivoque de la commune, qui pouvait utiliser normalement les films fournis et posés par la société 3DS ;

- elle est fondée à demander le versement d'une provision de 5 479, 60 euros TTC, correspondant : au montant principal des prestations réalisées et non réglées par la commune (3 083 euros HT, soit 3699,60 euros TTC) ; à l'indemnité forfaitaire de 40 euros ; aux frais de conseils de 1740 euros TTC engagés en raison de l'absence de paiement de sa facture et des demandes adressées, avant le dépôt de la présente requête.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 mai 2023, la commune de Perthes-en-Gâtinais, représentée par la SELARL GMR Avocats, agissant par Me Ramdenie, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la société 3DS Groupe une somme de 2000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir les moyens en défense suivants :

- le marché conclu avec la société 3DS Groupe doit être regardé comme un marché public de fournitures comprenant, à titre accessoire, des travaux de pose et d'installation ;

- il résulte de l'article 119 du décret n° 2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics, applicable à la date de la passation du marché en août 2018 que, quelle que soit la nature du marché public (marché de travaux, de fournitures ou de service) et la forme de sa conclusion (écrit ou verbale) les opérations effectuées par le titulaire d'un marché public ne peuvent ouvrir droit à rémunération qu'à la condition d'avoir été constatées par un écrit établi par l'acheteur ou vérifié et accepté par lui ; ainsi, même lorsque le marché n'est pas conclu par écrit, le pouvoir adjudicateur peut toujours refuser, après vérifications, d'accepter une prestation qui ne serait pas conforme ;

- l'article 1602 du code civil prévoit que : " Le vendeur est tenu d'expliquer clairement ce à quoi il s'oblige. Tout pacte obscur ou ambigu s'interprète contre le vendeur " ; l'entreprise, professionnel dans son domaine d'activité, a en toute hypothèse un devoir de conseil et d'information à l'égard de l'acquéreur, personne publique ou privée ;

- les articles 1217 et 1219 du code civil prévoit qu'une partie peut refuser d'exécuter son obligation si l'autre n'exécute pas la sienne ;

- en l'espèce, eu égard aux nombreuses malfaçons constatées, la commune a refusé d'admettre la prestation livrée par la société ; malgré plusieurs mises en demeure d'intervenir, les réserves émises par la commune le 1er septembre 2018 n'ont jamais été levées par l'entreprise (découpe de la périphérie pas toujours droite et film magnétique visible ; bande inférieure classe CP en deux parties inégales ; découpe du film magnétique bord à bord visible ; films supérieurs et inférieurs superposés de 2 cm ; défauts d'aspect : bulles, points en surépaisseur ; peintures arrachées par l'autocollant) ;

- aux malfaçons constatées dans la pose des films vient s'ajouter la détérioration de la peinture dans l'ensemble des classes, puisque les scotchs de protection installés provisoirement par l'entreprise pour permettre la pose des films ont abimé la peinture lorsqu'ils ont été décollés ;

- ces malfaçons et désordres sont exclusivement imputables à la société ;

- contrairement à ce que fait valoir la société, elle a bien pu intervenir sur un " support propre, lisse et accessible ", les films ayant été posés dans des classes toutes neuves ;

- de surcroît, les films n'auraient jamais dû être livrés et installés si, comme elle le soutient, le support mural ne le permettait pas ;

- le devis accepté par le maire-adjoint mentionne d'ailleurs que " Le devis sera validé après le passage de l'équipe technique " ;

- comme professionnel de la vente et de la pose des films, la société devait obligatoirement s'assurer que les nouvelles salles de classe permettaient d'installer les films commandés ; en posant les films alors que le support ne le permettait pas, l'entreprise a donc manqué à son obligation de conseil et d'information ;

- l'engagement contractuel de la société ayant été imparfaitement exécuté, la commune pouvait légitimement suspendre l'exécution de sa propre obligation, en subordonnant le paiement du prix à la levée des réserves et à la reprise des désordres et malfaçons constatés ;

- l'absence de décision d'admission fait encore aujourd'hui obstacle au paiement du prix ;

- en outre, la commune ayant refusé d'admettre les prestations, elle ne pouvait pas décider de réduire le montant des prestations à verser au titulaire ;

- en toute hypothèse, le quantum de la provision est sérieusement contestable, la somme de 1 740 euros TTC pour des frais de conseils (comptable et avocat) n'étant pas directement liée à l'exécution du marché et elle est sérieusement contestable, et la somme de 3.699,60 euros TTC au titre des prestations n'étant pas due compte tenu du nombre, de l'importance et de la gravité des désordres constatés et de l'absence d'intervention de l'entreprise pour y remédier ;

- enfin, le coût de reprise, d'une part, des désordres et malfaçons sur les films et, d'autre part, de la peinture arrachée, est supérieur au prix réclamé par l'entreprise, de sorte qu'en l'absence de reprise des désordres, la commune serait fondée à opérer une réfaction de la totalité du prix convenu, sans préjudice de la possibilité de se retourner contre l'entreprise pour obtenir la réparation des préjudices qu'elle a subis (peinture déjà arrachée) ou pourrait subir (la reprise des films pourraient endommager encore plus la peinture).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'ordonnance n°2015-899 du 23 juillet relatif aux marchés publics ;

- le décret n°2016-360 du 25 mars 2016 relatif aux marchés publics ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. La société 3DS Groupe, société intervenant en matière de communication visuelle depuis 1998, a été chargée de la mise en place d'un film d'écriture d'école (" whiteboard WH-111 " de la marque 3M), dans quatre salles de classe de la nouvelle école maternelle " la Ruche " de la commune de Perthes-en-Gâtinais, conformément au devis n°201804-4606-V1 de la société 3DS Groupe signé par le maire adjoint le 14 mai 2018. Ces prestations ont été réalisées par la société 3DS Groupe et payées par la commune. Après la signature d'un autre devis par le maire adjoint le 14 août 2018, le devis n°201808-5296-V1 établi par la société 3DS Groupe le 13 août, la société a été chargée de mettre en place un film ferreux blanc permettant le magnétisme dans quatre salles de la même école. La société a réalisé les prestations le 28 et le 29 août 2018. Le 30 août suivant, elle a adressé sa facture à la commune qui n'a pas procédé au paiement. La société 3DS Groupe a adressé à la commune une réclamation le 28 décembre 2022, reçue le 29 décembre suivant et demeurée sans réponse. Par la présente requête, la société 3DS Groupe demande au juge des référés de condamner la commune de Perthes-en-Gâtinais à lui verser la somme de 5 614 euros TTC à titre de provision sur la facture émise le 30 août 2018 et sur l'indemnisation des frais de conseil qu'elle estime avoir dû exposer à raison du défaut de règlement injustifié de cette facture.

2. Aux termes de l'article R. 541-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés peut, même en l'absence d'une demande au fond, accorder une provision au créancier qui l'a saisi lorsque l'existence de l'obligation n'est pas sérieusement contestable. Il peut, même d'office, subordonner le versement de la provision à la constitution d'une garantie ". Il résulte de ces dispositions que, pour regarder une obligation comme non sérieusement contestable, il appartient au juge des référés de s'assurer que les éléments qui lui sont soumis par les parties sont de nature à en établir l'existence avec un degré suffisant de certitude et d'examiner si les moyens qui lui sont présentés par le défendeur, quels qu'ils soient, ne conduisent pas à regarder comme sérieusement contestable l'obligation invoquée à l'encontre de ce dernier.

3. En l'espèce, il est constant que la société 3DS Groupe a procédé le 28 et le 29 août 2018 à la livraison et à la pose des quatre films ferreux que lui avait commandés la commune de Perthes-en-Gâtinais selon le devis établi par la société le 13 août 2018 et signé par un adjoint au maire le 14, mais que la commune se refuse à régler la facture que la société lui a adressée le 30 août suivant.

4. Toutefois, d'une part, si une représentante de la commune a signé le bon d'intervention émis par la société le 29 août 2018, il ressort des mentions de ce bon que la représentante s'est abstenue de cocher la case spécialement prévue pour attester que la commune réceptionnerait les travaux, que ce soit sans réserves, ou avec les réserves mentionnées sur ce bon par la société elle-même, alors qu'il n'est pas contesté que la commune a émis, le 1er septembre 2018, les réserves suivantes, qui n'ont pas été levées : découpe de la périphérie pas toujours droite et film magnétique visible ; bande inférieure classe CP en deux parties inégales ; découpe du film magnétique bord à bord visible ; films supérieurs et inférieurs superposés de 2 cm ; défauts d'aspect : bulles, points en surépaisseur ; peintures arrachées par l'autocollant.

5. D'autre part, si, d'après les explications circonstanciées de la société requérante non précisément contredites par la commune, la superposition des films supérieurs et inférieurs n'apparaît pas contraire aux règles de l'art, et si certains défauts d'exécution, dont la matérialité est établie par les photographies versées à l'instruction, tels que les défauts de rectitude et de netteté des découpes périphériques (qui ne sont pas limités à l'emplacement d'interrupteurs non prévus par les plans communiqués par la commune), présentent un caractère esthétique limité et demeurent sans incidence sur l'utilisation des films, de sorte qu'ils ne seraient de nature qu'à justifier une réfaction, d'ailleurs marginale, du prix facturée, il est en revanche constant que les rubans adhésifs de protection installés provisoirement par la société pour permettre la pose des films ont abimé la peinture lorsqu'ils ont été décollés et que les films posés présentent en maints endroits des points en surépaisseur et des bulles d'air, qui sont de nature gêner l'utilisation de ces films pour l'écriture, conformément à l'une de leurs destinations.

6. Il résulte en outre de l'instruction, s'agissant de la peinture décollée, que la société ne justifie d'aucunes précautions particulières, notamment quant au type de ruban adhésif utilisé pour protéger les murs lors de la pose, mais se borne à alléguer en termes imprécis une mauvaise tenue de la peinture.

7. S'agissant des points en surépaisseur, si la société requérante se prévaut utilement du devis qui stipule que le support devait être " propre " et " lisse ", alors que les points en surépaisseur sont dus à des grains présents sur le mur, elle ne justifie ni même n'allègue avoir procédé à une inspection des murs avant la pose des films, ni avoir averti la commune des défauts qu'elle aurait ainsi constatés préalablement, alors que les observations de la société soulignant un " défaut de grain " n'ont été formalisées que dans le bon d'intervention établi à l'achèvement des travaux de pose.

8. Quant aux bulles d'air, constatées en plusieurs endroits, la société se borne à alléguer un défaut de tenue de la peinture, alors que le devis ne comporte aucune spécification sur ce point, qu'elle n'a émis aucune réserve sur la qualité de la peinture avant son intervention, que cette peinture était neuve et que la commune de Perthes-en-Gâtinais, commune d'environ deux mille habitants, n'avait aucun moyen d'apprécier l'incidence de ce point sur la bonne exécution du devis par une société professionnelle dans la vente et la pose de films.

9. Il résulte de l'ensemble des éléments qui précèdent que les moyens en défense tirés de ce que la société est entièrement responsable des peintures arrachées par le retrait des rubans adhésifs de protection et de ce qu'elle a manqué à son obligation de conseil et d'information en ce qui concerne les défauts qu'elle impute aux différents supports, conduisent à regarder comme sérieusement contestable l'obligation que la société invoque à l'encontre de la commune.

10. Il suit de là que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions. Il y a lieu, en revanche, de mettre à la charge de la société une somme de 1500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : La société 3DS Groupe versera à la commune de Perthes-en-Gâtinais la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la commune de Perthes-en-Gâtinais est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la société 3DS Groupe et à la commune de Perthes-en-Gâtinais.

Fait à Melun, le 18 juillet 2024.

Le juge des référés,

X. A

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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