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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304250

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304250

jeudi 16 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304250
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantCUJAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 avril 2023, M. A B, représenté par Me Cujas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mars 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout préfet territorialement compétent, de lui délivrer un titre de séjour pour raisons de santé, ou à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense, faute que lui aient été communiqués le certificat médical au vu duquel a été établi le rapport médical du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ainsi que ce même rapport, l'avis du médecin de l'agence régionale de santé sur le fondement duquel s'est prononcé le collège des médecins de l'OFII, et, enfin, cet avis du collège des médecins ;

- il est entaché d'un défaut d'examen ;

- il est entaché d'une erreur de fait ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation de sa situation médicale ;

- il est entaché d'une erreur de droit.

La requête a été communiquée le 5 mai 2023 à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense mais a produit des pièces enregistrées le 12 mai 2023 qui ont été communiquées.

Par ordonnance du 15 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leconte,

- et les observations de M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant algérien né en 1965 à Alger (Algérie), est entré en France le 2 août 2018 muni d'un visa Schengen court séjour. Il s'est vu délivrer une autorisation provisoire pour soins valable du 10 mai au 9 novembre 2021, renouvelée jusqu'au 9 mai 2022. Le 31 mars 2022, M. B a demandé la délivrance d'un certificat de résidence algérien en qualité d'étranger malade. Par un arrêté du 24 mars 2023 dont il demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne a opposé un refus à cette demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué énonce les considérations de fait et de droit retenues par la préfète du Val-de-Marne pour estimer que la situation de M. B n'ouvre pas droit à la délivrance d'un certificat de résidence algérien demandé en qualité d'étranger malade. Ainsi, cet arrêté répond à l'obligation de motivation prévue par les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Le vice de forme invoqué ne peut ainsi qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dont les dispositions de procédure sont applicables aux ressortissants algériens : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé ". Aux termes de l'article 1 de l'arrêté du 27 décembre 2016 pris pour l'application de ces dispositions : " L'étranger qui dépose une demande de délivrance ou de renouvellement d'un document de séjour pour raison de santé est tenu, pour l'application des articles R. 313-22 et R. 313-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de faire établir un certificat médical relatif à son état de santé par le médecin qui le suit habituellement ou par un médecin praticien hospitalier. () ". Aux termes de l'article 2 du même arrêté : " Le certificat médical, dûment renseigné et accompagné de tous les documents utiles, est transmis sans délai, par le demandeur, par tout moyen permettant d'assurer la confidentialité de son contenu, au service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () ".

4. Tout d'abord, au soutien du moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense, le requérant invoque que ne lui a pas été communiqué le certificat médical au vu duquel est établi le rapport médical du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), cependant qu'il résulte des dispositions susvisées que, dans le cadre de l'instruction d'une demande de titre de séjour pour raisons de santé, ce certificat médical est transmis par le demandeur lui-même. Par ailleurs, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose la communication préalable au demandeur du rapport médical au vu duquel le collège médical de l'OFII s'est prononcé, alors que, couvert par le secret médical, la préfète du Val-de-Marne n'en est pas destinataire, et que le requérant n'allègue pas même en avoir sollicité la communication.

5. Ensuite, aucune disposition législative ou règlementaire n'impose la communication préalable, au demandeur, de l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). En outre, s'il est invoqué un défaut de communication de " l'avis du médecin de l'agence régionale de santé ", le sens et la portée de ces écritures n'est pas explicité, alors que, si en l'état du droit antérieur à la loi n° 2016-274 du 7 mars 2016, les dispositions alors codifiées à l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du même code imposaient le recueil de l'avis d'un tel médecin, les dispositions issues de la même loi substituent à cette procédure le recueil de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'OFII.

6. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance du principe du contradictoire et des droits de la défense ne peut qu'être écarté dans toutes ses branches.

7. En troisième lieu, il ne ressort d'aucun élément un défaut d'examen de la demande de M. B. En particulier, ce dernier ne peut utilement se prévaloir des mentions, dans l'arrêté attaqué, aux termes desquelles celui-ci aurait déclaré être sans activité salariée ni ressources et qu'il n'aurait pas non plus produit de justificatifs en sens contraire, alors que le requérant n'invoque pas, ni n'établit, avoir déclaré aux services préfectoraux une telle activité ou des ressources, ou encore, avoir produit devant les mêmes services un justificatif à cet égard. Ce moyen doit être écarté.

8. En quatrième lieu, le moyen tiré de ce que la décision de refus de titre de séjour " est entachée d'une erreur de fait " n'est assorti d'aucune précision et ne peut ainsi qu'être écarté.

9. En cinquième lieu, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : / [] 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".

10. Il appartient à l'autorité administrative, lorsqu'elle envisage de refuser la délivrance d'un titre de séjour à un étranger qui en fait la demande en qualité d'étranger malade, de vérifier, au vu de l'avis émis par le collège de médecins de l'OFII, que cette décision ne peut avoir de conséquences d'une exceptionnelle gravité sur l'état de santé de l'intéressé et, en particulier, d'apprécier, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, la nature et la gravité des risques qu'entraînerait un défaut de prise en charge médicale dans le pays dont l'étranger est originaire. Lorsque le défaut de prise en charge risque d'avoir des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur la santé de l'intéressé, l'autorité administrative ne peut légalement refuser le titre de séjour sollicité que s'il existe des possibilités de traitement approprié de l'affection en cause dans son pays d'origine. Si de telles possibilités existent mais que l'étranger fait valoir qu'il ne peut en bénéficier, soit parce qu'elles ne sont pas accessibles à la généralité de la population, eu égard notamment aux coûts du traitement ou à l'absence de modes de prise en charge adaptés, soit parce qu'en dépit de leur accessibilité, des circonstances exceptionnelles tirées des particularités de sa situation personnelle l'empêcheraient d'y accéder effectivement, il appartient à cette même autorité, au vu de l'ensemble des informations dont elle dispose, d'apprécier si l'intéressé peut ou non bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans son pays d'origine.

11. Sous réserve des cas où la loi attribue la charge de la preuve à l'une des parties, il appartient au juge administratif, au vu des pièces du dossier, et compte tenu, le cas échéant, de l'abstention d'une des parties à produire les éléments qu'elle est seule en mesure d'apporter et qui ne sauraient être réclamés qu'à elle-même, d'apprécier si l'état de santé d'un étranger nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve de l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui lui est favorable, doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

12. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que pour refuser le titre de séjour sollicité, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), du 27 septembre 2022, qui a indiqué que si l'état de santé de M. B nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, il peut, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

13. Tout d'abord, pour remettre en cause l'appréciation précitée, M. B, médicalement pris en charge à compter de janvier 2020 à raison d'une pathologie cancéreuse traitée par intervention chirurgicale la même année, puis d'une récidive de cette affection, fait valoir que dans ce contexte une hormonothérapie a été initiée, invoquant que son traitement repose sur un médicament " introuvable en Algérie ". Toutefois, si un certificat médical établi le 6 septembre 2022 par un praticien de l'hôpital Cochin atteste de ce qu'il faisait alors encore l'objet d'un traitement par voie médicamenteuse, en revanche le requérant ne justifie ni de ce qu'il est recouru pour sa prise en charge au médicament en question, ni de l'absence d'accès effectif à celui-ci en Algérie, et au surplus pas davantage à la molécule concernée, tant en termes de disponibilité que de coût. A cet égard, les articles de presse produits par l'intéressé se limitent, pour l'un à des difficultés rencontrées pour l'approvisionnement des officines de pharmacie d'une localité spécifique de son pays d'origine, et pour les autres, à des éléments généraux dont il ne peut être déduit une restriction le concernant pour l'accès au traitement approprié à son état de santé.

14. Ensuite M. B se prévaut de l'indication, dans deux certificats médicaux établis les 21 septembre et 15 novembre 2022, que sa prise en charge " post thérapeutique " implique une " surveillance " mentionnée comme devant " être [] poursuivie en France ", et que son état de santé nécessite " la poursuite de son suivi médical au long court, en France ". Il ressort en particulier des pièces du dossier que l'état de santé de M. B impliquait encore à la date de l'arrêté attaqué la pratique régulière d'examens de biologie médicale. Néanmoins, le premier des certificats médicaux précités ne comporte aucune appréciation sur les possibilités de prises en charge de l'intéressé en Algérie, tandis que le second, émanant du médecin généraliste de l'intéressé, comporte la mention générale que " Les soins et prises en charge spécialisés (cancérologue, urologue, radiothérapeute, neurologue) ne peuvent se faire dans son pays d'origine ", sans indication circonstanciée permettant d'apprécier que M. B pourrait y être confronté à un défaut d'accès effectif à la prise en charge post thérapeutique requise par son état de santé, à la date de l'arrêté attaqué, à peine de conséquences d'une exceptionnelle gravité.

15. Il s'ensuit que le requérant ne justifie pas être dans l'impossibilité, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé de son pays d'origine, d'y bénéficier d'un traitement approprié. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué serait entaché d'une erreur d'appréciation de son état de santé, doit être écarté.

16. En dernier lieu, à supposer que le requérant ait entendu, indépendamment des moyens auxquels il est répondu plus haut, invoquer une erreur de droit commise par la préfète du Val-de-Marne, ce moyen n'est pas n'assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.

17. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, des conclusions de la requête à fin d'injonction et de celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 25 avril 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Leconte, première conseillère,

Mme Massengo, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 16 mai 2024.

La rapporteure,

S. LECONTELa présidente,

I. BILLANDON

La greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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