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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304291

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304291

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 avril 2023, M. E F D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.

M. F D soutient que les décisions litigieuses :

- sont insuffisamment motivées ;

- sont entachées d'une erreur de droit ;

- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- violent les articles 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, 7 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques et 2 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. F D n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 4 mai 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Stephan, représentant M. F D assisté de M. B, interprète assermenté en langue arabe soudanais, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et M. F D, assisté de M. B, interprète assermenté en langue arabe soudanais, qui indique qu'il ne fera plus de problèmes.

Le préfet du Val-d'Oise n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h33.

Considérant ce qui suit :

1. M. F D, ressortissant soudanais, né le 1er janvier 1978 à Rufaa (République du Soudan), est entré en France en juin 2014 selon ses déclarations. L'intéressé a été condamné le 10 janvier 2020 par le tribunal correctionnel de Pontoise pour des faits de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et le 13 avril 2022 par le tribunal correctionnel de Pontoise pour violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et menace de mort matérialisée par écrit, image ou autre objet, commise par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité, et a été incarcéré à la maison d'arrêt d'Osny. Par arrêté du 26 avril 2023, le préfet du Val-d'Oise a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Par arrêté du même jour, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 29 avril 2023. M. F D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 26 avril 2023.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / ()5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; (). ".

3. La CJUE a précisé dans son arrêt M, A, Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid contre Staatssecretaris van Justitie en Veiligheid du 24 février 2021 (C-673/19 ; point 40) qu'un ressortissant d'un pays tiers bénéficiant du statut de réfugié ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement vers son pays d'origine sous peine de méconnaître le principe de non-refoulement, qui est garanti à l'article 18 et au paragraphe 2 de l'article 19 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne et qui, comme le rappelle l'article 5 de la directive 2008/115, doit être respecté par les États membres, dans la mise en œuvre de cette directive et, partant, notamment lorsqu'ils envisagent d'adopter une décision de retour (voir, en ce sens, arrêt du 19 juin 2018, Gnandi, C-181/16, point 53).

4. Il ressort des pièces du dossier que M. F D a, par décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) du 10 juillet 2015, obtenu la qualité de réfugié. Il ne ressort d'aucune pièce du dossier que cette qualité lui a été retirée par l'Ofpra ou la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). La circonstance que le préfet a, par courriel du 5 mai 2023, saisit l'Ofpra en vue du retrait de la qualité de réfugié de l'intéressé est sans incidence dès lors que, à la date de la décision en litige, ce dernier bénéficiait toujours de la qualité de réfugié et donc d'un droit au séjour. Dans ces conditions, M. F D ne peut faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être accueilli.

5. Au surplus et d'une part, si, en défense, le préfet du Val-d'Oise indique ne pas avoir été informé par l'intéressé de ce que ce dernier bénéficiait de la qualité de réfugié, force est de constater que le préfet dispose du traitement automatisé de données à caractère personnel dénommé AGDREF2 (Application de gestion des dossiers des ressortissants étrangers en France) prévu par l'article R. 142-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile), dont les données sont insérées par l'administration préfectorale, qui, aux termes de l'annexe 3 au même code, mentionne les données relatives notamment à l'octroi de la qualité de réfugié, application qui peut être consultée avant d'édicter une décision comme celle attaquée en l'espèce. Par ailleurs si, en défense, le préfet du Val-d'Oise " tiens également à rappeler " la gravité des faits reprochés à l'intéressé eu égard notamment au " 1er pilier de la Grande Cause du quinquennat pour l'égalité entre les femmes et les hommes ", engagement pris par le président de la République le 25 novembre 2017 et le Gouvernement dans son ensemble lors du Comité interministériel à l'égalité entre les femmes et les hommes du 8 mars 2018, l'appréciation de la gravité des faits au regard de la menace à l'ordre public faite par l'autorité administrative s'effectue sous le contrôle du juge sans que ce dernier ne soit lié par les engagements tenus par le Gouvernement ou le président de la République qui ne s'imposent qu'à l'administration. Dans ces conditions, eu égard à l'ensemble de ces circonstances et de ce qui a été dit au point précédent, en édictant la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français à l'encontre de M. F D, et pour aussi grave que soient les faits reprochés, le préfet du Val-d'Oise a entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux et d'une erreur manifeste d'appréciation.

6. D'autre part, il est constant que le courrier du 7 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a souhaité recueillir les observations de l'intéressé sur l'éventualité de la mesure est rédigée en langue anglaise et que la réponse est rédigée en langue française sans l'aide d'un interprète en langue anglaise. Par ailleurs, si les droits de M. F D au centre de rétention administrative lui ont été notifiés en langue anglaise, force est de constater qu'il a été entendu devant le juge des libertés et de la détention avec l'assistance d'un interprète en langue arabe ce qui est également le cas devant la présente audience. Dans ces conditions, l'intéressé est fondé à soutenir que le principe du contradictoire a été méconnu.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. F D est fondé à demander l'annulation de la décision du 26 avril 2023 par laquelle le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans.

Sur les injonctions :

8. Eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont M. F D fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

9. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".

10. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. F D, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet du Val-d'Oise de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.

11. Enfin, dès lors que M. F D bénéficie, tant à la date de la décision attaquée qu'à celle du présent jugement et donc en l'espèce de l'audience, de la qualité de réfugié, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2023 par lequel le préfet du Val-d'Oise a obligé M. E F D à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de deux ans est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet du Val-d'Oise, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. E F D dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 26 avril 2023 ci-dessus annulée.

Article 3 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet M. E F D.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. E F D et au préfet du Val-d'Oise.

Lu en audience publique le 9 mai 2023 à 16h12.

Le magistrat désigné,

Signé G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé M. C

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

M. C

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