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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304327

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304327

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304327
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème chambre
Avocat requérantSAS ITRA CONSULTING

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 28 avril et 20 juin 2023, Mme B A, représentée par le cabinet Itra consulting, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du préfet du Var du 22 mars 2023, en tant qu'il porte refus de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de renouveler son titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour :

- elle est entachée d'un défaut de base légale, dès lors que sa situation est régie par les stipulations de la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes du 21 septembre 1991 et non par les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et qu'aucune substitution de base légale n'est possible ;

- est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît son droit à l'instruction protégé par l'article 2 du protocole n° 1 à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision d'obligation de quitter le territoire français :

- elle méconnaît son droit à l'instruction protégé par l'article 2 du protocole n° 1 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est illégale par exception d'illégalité de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 mai 2023, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable, dès lors qu'elle ne comporte pas la signature de son auteur, qu'elle est tardive et que la qualité pour agir de son mandataire n'est pas établie ;

- à titre subsidiaire, les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 12 janvier 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 février 2024 à midi.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention franco-ivoirienne relative à la circulation et au séjour des personnes ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Massengo a été entendu au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante ivoirienne née en 2000, est entrée en France le 16 septembre 2020 sous couvert d'un visa de long séjour portant la mention " étudiant ". Elle s'est vu délivrer une carte de séjour temporaire portant la même mention, valable du 1er décembre 2021 au 30 novembre 2022, dont elle a sollicité le renouvellement au préfet du Var. Par un arrêté du 22 mars 2023, cette autorité a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par la présente requête, Mme A demande l'annulation de cet arrêté en tant qu'il porte refus de renouvellement du titre de séjour sollicité et obligation de quitter le territoire français dans le délai de trente jours à compter de la notification de la décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la légalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 9 de la convention entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire du 21 septembre 1992 : " Les ressortissants de chacun des États contractants désireux de poursuivre des études supérieures ou d'effectuer un stage de formation de niveau supérieur sur le territoire de l'autre État doivent, outre le visa de long séjour prévu à l'article 4, justifier d'une attestation d'inscription ou de préinscription dans l'établissement d'enseignement choisi, ou d'une attestation d'accueil de l'établissement où s'effectue le stage, ainsi que, dans tous les cas, de moyens d'existence suffisants. / Les intéressés reçoivent un titre de séjour temporaire portant la mention " étudiant ". Ce titre de séjour est renouvelé annuellement sur justification de la poursuite effective des études ou du stage et de la possession de moyens d'existence suffisants. / Ces dispositions ne font pas obstacle à la possibilité d'effectuer dans l'autre État d'autres types d'études ou de stages de formation dans les conditions prévues par la législation applicable. ". Et aux termes de l'article 14 : " Les points non traités par la convention en matière d'entrée et de séjour des étrangers sont régis par les législations respectives des deux États ". Enfin, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an ".

3. Il résulte de ces dispositions que le droit au séjour des ressortissants ivoiriens en France en qualité d'étudiant est intégralement régi par les stipulations de l'article 9 de la convention signée entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de la République de Côte d'Ivoire le 21 septembre 1992. Dès lors, compte tenu des stipulations de l'article 14 de la même convention, les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas applicables à ces ressortissants désireux de poursuivre leurs études en France. Par suite, le refus de renouveler le titre de séjour de Mme A ne pouvait trouver son fondement dans ces dispositions, mentionnées par l'arrêté contesté.

4. Toutefois, lorsqu'il constate que la décision contestée devant lui aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, le juge de l'excès de pouvoir peut substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être prononcée. Or, le pouvoir d'appréciation, dont dispose l'autorité administrative en vertu des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992, est le même que celui dont elle dispose en application de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les garanties dont sont assorties ces textes sont similaires, contrairement à ce que soutient Mme A. Il y a donc lieu de substituer les stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 aux dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour fonder le refus de renouvellement litigieux. Par suite, le moyen tiré du défaut de base légale de la décision doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision attaquée énonce les dispositions légales applicables ainsi que les faits qui en constitue le fondement. Par suite, et dès lors que la motivation d'une décision administrative ne se confond pas avec le bien-fondé de ses motifs, ni avec la légalité de ses fondements juridiques, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 2 du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut se voir refuser le droit à l'instruction ".

7. Si Mme A soutient que le préfet méconnaît son droit à l'éducation, la décision en litige ne s'oppose pas à ce qu'elle poursuive ses études dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations précitées ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, il résulte des stipulations de l'article 9 de la convention franco-ivoirienne du 21 septembre 1992 citées au point 2 que l'inscription à un établissement d'enseignement à distance ne nécessitant pas le séjour en France de l'étranger qui désire le suivre n'est pas de nature à lui ouvrir le droit au séjour en qualité d'étudiant.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, après avoir été inscrite durant les années universitaires 2020/2021 et 2021/2022 en deuxième année de licence de droit, qu'elle n'a pas validée, a obtenu une inscription en Brevet de technicien supérieur " Management commercial opérationnel " pour l'année 2022/2023, au sein d'un organisme de formation à distance. Contrairement à ce qu'elle soutient, elle n'établit nullement qu'à la date de sa demande de renouvellement de son titre de séjour, elle était inscrite pour l'année 2022/2023 dans un établissement dispensant un enseignement nécessitant sa présence sur le territoire. La circonstance qu'elle ait obtenu pour l'année 2023/2024, postérieurement à la décision, une inscription en brevet de technicien supérieur au sein d'un établissement dispensant des cours en présentiel est sans incidence. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir qu'elle remplissait les conditions de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant ".

10. En cinquième lieu, le moyen tiré d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies sur le territoire.

11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ".

12. Sous l'empire du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de l'arrêté attaqué, lorsqu'il est saisi d'une demande de renouvellement ou de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement d'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée, le préfet n'était pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code, même s'il lui était toujours loisible de le faire à titre gracieux, notamment en vue de régulariser la situation de l'intéressé. Le législateur n'avait, ainsi, pas entendu imposer à l'administration d'examiner d'office si l'étranger remplissait, notamment, les conditions prévues par l'article L. 435-1 ou par celles prévues à l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

13. Mme A ne conteste pas avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le seul fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le préfet n'était, dès lors, pas tenu de se prononcer sur son droit à séjourner en France sur le fondement de l'article L. 435-1 du même code et il ne ressort pas des termes de la décision attaquée qu'il ait procédé d'office à cet examen. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile est inopérant et doit être écarté.

14. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision portant refus de renouvellement de son titre de séjour.

En ce qui concerne la légalité de l'obligation de quitter le territoire français :

15. En premier lieu, il résulte des constatations opérées au point 6 que Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision susvisée méconnaît son droit à l'instruction.

16. En second lieu, la décision de refus de renouvellement du titre de séjour n'étant pas entachée d'illégalité, l'exception d'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision d'obligation de quitter le territoire français, doit être écartée.

17. Il résulte de ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français.

18. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mars 2023 doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

19. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions susvisées doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

20. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet du Var.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Billandon, présidente,

Mme Massengo, conseillère,

Mme Bourrel Jalon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 10 octobre 2024.

La rapporteure,

C. MASSENGO

La présidente,

I. BILLANDONLa greffière,

V. TAROT

La République mande et ordonne au préfet du Var, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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