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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304520

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304520

lundi 8 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304520
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantKADIMA KANDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 27 avril 2023 et le 12 mai 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

M. B soutient que :

- les décisions attaquées sont entachées d'incompétence ;

- elles sont insuffisamment motivées ;

- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elles sont entachées d'une erreur de droit.

La préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis Avocats, a produit des pièces enregistrées le 12 mars 2024.

Par une décision du 20 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun a constaté la caducité de la demande d'aide juridictionnelle de M. B.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 13 mars 2024 :

- le rapport de Mme Corinne Ledamoisel

- les observations de Me Kadima Kande, représentant M. B, absent, qui s'en réfère aux conclusions et moyens de la requête en précisant qu'il abandonne les moyens tirés de l'incompétence et de l'erreur de droit et qu'il soulève la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise qu'il n'a pas réussi à joindre le requérant et n'a pas pu le rencontrer pour vérifier ses allégations et sa situation familiale. Toutefois, au regard des pièces produites, notamment de la carte d'admission à l'aide médicale de l'Etat, de l'attestation sur l'honneur d'hébergement et de l'avis d'imposition, il justifie de liens forts avec la France. Si la préfète du Val-de-Marne se fonde essentiellement sur la condamnation du requérant, aucune information précise à ce sujet n'est produite, malgré les demandes faites auprès des services judiciaires et pénitentiaires. M. B réside chez son frère, il déclare ses revenus en France, il dispose de liens forts et stables depuis son entrée en France en 2020, selon l'arrêté attaqué. La décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans est injustifiée et disproportionnée dès lors que la condamnation n'est pas établie, que son comportement ne constitue pas une menace à l'ordre public, qu'il a une durée de séjour suffisante et qu'aucun des quatre critères requis n'est établi.

- et les observations de Me Rahmouni, du cabinet Actis avocat, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, en faisant valoir qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcé à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

1. Par une décision du 20 décembre 2023, le bureau d'aide juridictionnelle s'est prononcé sur la demande d'aide juridictionnelle présentée par M. B. Par suite les conclusions tendant au bénéfice de cette aide sont devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les autres conclusions :

2. M. B, ressortissant algérien, s'est vu notifier le 25 avril 2023 un arrêté du même jour par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sur le fondement des 1° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans. Par la requête susvisée, l'intéressé demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaquée mentionne les considérations de droit et de fait sur lesquelles se fondent les décisions contestées qui sont, par suite, suffisamment motivées. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de M. B, au regard des éléments dont elle avait connaissance. Dès lors, le moyen tiré d'un tel manque d'examen doit être écarté.

5. En quatrième lieu, M. B fait valoir qu'il dispose de liens forts et stables en France depuis son entrée sur le territoire en 2020 dès lors qu'il réside chez son frère, qu'il déclare ses revenus et qu'il dispose d'une carte d'admission à l'aide médicale de l'Etat. Toutefois, le requérant, célibataire et sans enfant à charge, ne justifie d'aucune insertion particulière ni de la réalité ou de l'intensité de liens familiaux, amicaux ou professionnels en France, alors qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que la préfète aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, il n'est pas davantage établi que la préfète du Val-de-Marne aurait commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. En dernier lieu, en vertu des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, le préfet assortit, en principe et sauf circonstances humanitaires, l'obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour. La durée de cette interdiction doit être déterminée en tenant compte des critères tenant à la durée de présence en France, à la nature et l'ancienneté des liens de l'intéressé avec la France, à l'existence de précédentes mesures d'éloignement et à la menace pour l'ordre public représentée par la présence en France de l'intéressé.

7. Il ressort des pièces du dossier que la préfète du Val-de-Marne s'est fondée, pour fixer à trois ans la durée d'interdiction de retour sur le territoire français, sur la circonstance que M. B ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière, qu'il est entré récemment en France le 1er janvier 2020, qu'il célibataire sans charge de famille, que ses liens personnels et familiaux ne sont pas intenses et stables, et que sa présence est constitutive d'une menace à l'ordre public en raison de son interpellation et son placement en garde-à-vue le 25 avril 2023 pour des faits de détention illicite de produits stupéfiants et d'usage de faux documents administratifs. Dès lors, la préfète du Val-de-Marne a pris en compte, au vu de la situation de l'intéressé, les quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'elle ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. B, la préfète du Val-de-Marne n'a pas commis d'erreur d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à trois ans, la préfète n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 25 avril 2023.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. B au benefice de l'aide juridictionnelle

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 avril 2024.

La présidente,

Signé : C. LEDAMOISELLa greffière,

Signé : S. AIT MOUSSA

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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