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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304524

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304524

lundi 22 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304524
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation4ème chambre, JU
Avocat requérantDIEUDONNE DE CARFORT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 mai et 19 décembre 2023, M. B A, représenté par Me Delorme, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler les décisions, contenues dans un arrêté en date du 1er mai 2023, par lesquelles le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre aux services préfectoraux de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour durant cet examen ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 000 euros, en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, Me Delorme renonçant, le cas échéant, à percevoir la somme allouée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier de sa situation personnelle ;

- il a été pris en méconnaissance de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le préfet a commis une erreur de droit et de fait en considérant que la demande de titre de séjour n'avait pas abouti alors que la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a présentée est toujours en cours d'examen ;

- il a également apprécié la situation de M. A de manière manifestement erronée et a méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 mai 2023, le préfet du Val-d'Oise conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la vie privée et familiale s'apprécie au regard de la réalité des liens personnels et familiaux établis en France, de leur ancienneté, de l'intensité des liens qui l'unissent aux membres de sa famille présents régulièrement sur le sol français, ainsi que de la stabilité de ces liens ;

- les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne protègent que la famille nucléaire ;

- M. A n'est pas dépourvu d'attaches au Mali où réside sa conjointe, de sorte qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale ;

- il ne parle pas le français malgré ses cinq années de présence alléguée en France et ne justifie d'aucune insertion particulière ;

- la décision contestée n'est dès lors pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023, rectifiée le 12 décembre de la même année.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Declercq, président honoraire, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application de l'article R. 776-13-3 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Declercq ;

- et les observations de Me Nombret, substituant Me Delorme, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que ses précédentes écritures, par les mêmes moyens.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h56.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien, est entré en France 2017, selon ses déclarations. Par arrêté du 1er mai 2023, le préfet du Val-d'Oise l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour d'une durée d'un an. M. A demande au tribunal de prononcer l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté contesté, qui vise notamment les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables et rappelle les principaux éléments de la situation administrative, familiale et personnelle du requérant, est ainsi suffisamment motivé et ne témoigne pas d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. 2. Ce droit comporte notamment : a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre ; b) le droit d'accès de toute personne au dossier qui la concerne, dans le respect des intérêts légitimes de la confidentialité et du secret professionnel et des affaires ; c) l'obligation pour l'administration de motiver ses décisions. () ". Toutefois, si l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne concerne non les États membres mais uniquement les institutions, les organes et les organismes de l'Union, le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Cependant, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents, qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, n'établit pas qu'il aurait disposé d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il aurait été empêché de porter à la connaissance de l'administration, avant que ne soit prise la décision attaquée, et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à ladite décision. Dès lors, le moyen tiré par M. A, de la violation de son droit d'être entendu, ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, M. A soutient que le préfet a commis une erreur de droit et de fait en considérant que la demande de titre de séjour n'avait pas abouti alors que la demande d'admission exceptionnelle au séjour qu'il a présentée est toujours en cours d'examen. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour produite par M. A, que cette attestation n'est valable qu'accompagnée du passeport original ou de l'original de l'attestation de dépôt de demande de passeport du demandeur. Dès lors, le requérant n'étant pas en mesure de produire de telles pièces, l'attestation produite par ce dernier ne peut être considérée comme valable. Par suite, le moyen ne peut qu'être écarté.

5. En dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. M. A soutient être entré en France en 2017, y travailler depuis 2018, comme en attestent ses nombreux bulletins de paie, et avoir noué d'intenses liens d'amitié. Toutefois, M. A, qui ne bénéficie pas d'une situation professionnelle stable, n'établit pas être dépourvu de toute attache familiale au Mali, où vit son épouse et où il a vécu jusqu'à ses vingt-sept ans. Dans ces conditions, le préfet du Val-d'Oise n'a pas porté à son droit à une vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport au but poursuivi. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de M. A doivent être rejetées. Il en va de même, par voie de conséquence, de ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que de ses conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Val d'Oise et à Me Delorme.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

M. DECLERCQLa greffière,

V. GUILLEMARD

La République mande et ordonne au préfet du Val-d'Oise en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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