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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304597

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304597

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304597
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL NEGREVERGNE-FONTAINE-DESENLIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 mai 2023, M. A Bouajila, représenté par Me Desenlis, doit être regardé comme demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé le 5 mai 2023 qui confirme la décision initiale du 25 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui assurer une solution d'hébergement comprenant le logement dans une structure adaptée à sa situation et la prise en charge de ses besoins alimentaires quotidiens, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard, et de mettre en place une prise en charge éducative lui permettant d'accéder à un emploi ou une formation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer son dossier dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

M. Bouajila soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle le prive d'hébergement, d'emploi et de formation, de subsides et de la possibilité de régulariser sa situation administrative sur le territoire français ;

- elle est contraire aux dispositions des articles 375 du code civil, des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 1er du décret du 18 février 1975, applicables aux majeurs âgés de moins de vingt-et-un ans ;

- elle porte atteinte au droit à l'éducation et à la protection de la santé des jeunes majeurs, en méconnaissance des dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L. 122-4 du code de l'éducation.

La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- l'ordonnance n° 2304595

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A Bouajila, ressortissant tunisien, né le 2 mai 2005, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à compte du 30 juin 2022 dans le cadre d'une mesure de garde jusqu'au 2 mai 2023, date de sa majorité. Par un courrier du 31 mars 2023, il a sollicité le bénéfice d'un contrat jeune majeur au-delà de sa majorité. Par un courrier du 25 avril 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande. M. Bouajila a formé, le 5 mai 2023, un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Par la présente requête, M. Bouajila doit être regardé comme demandant l'annulation de la décision implicite de rejet prise sur son recours préalable obligatoire qui s'est substituée à la décision initiale du 25 avril 2023.

Sur la demande de prise en charge au titre du contrat jeune majeur :

2. Aux termes de l'article L. 112-3 du code de l'action sociale et des familles : " La protection de l'enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l'enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits. () Ces interventions peuvent également être destinées à des majeurs de moins de vingt et un ans connaissant des difficultés susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité (). / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ".

3. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

4. Pour rejeter la demande de prise en charge présentée par M. Bouajila, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne s'est fondé sur le fait qu'il aurait une " piste d'employeur " afin de commencer son apprentissage à sa majorité, qu'il a eu beaucoup d'absences injustifiées dans le cadre de sa formation, qu'il n'a pas procédé à une épargne, qu'il est éligible, même en l'absence de titre de séjour et d'épargne, aux centre d'hébergement d'urgence, qu'un rendez-vous avec le service sociale afin qu'un dossier SIAO puisse être instruit pour solliciter un hébergement et qu'il peut s'appuyer sur un réseau amical suffisamment développé.

5. M. Bouajila soutient que, sans carte de séjour, il se trouve dans l'impossibilité de travailler, sans ressources et dépourvu d'hébergement, l'accès à un foyer de jeunes travailleurs ne lui étant notamment pas accessible, qu'il est seul sur le territoire et a besoin d'aide pour effectuer ses démarches administratives. Le département de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, ne conteste pas ces allégations. En outre, la seule circonstance qu'il aurait un " réseau amical suffisamment développé " sur le territoire ne permet pas de le regarder comme bénéficiant d'un soutien familial suffisant au regard des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles dès lors qu'il ne dispose d'aucune famille sur le territoire. Ainsi, en mettant fin à sa prise en charge à compter du 2 mai 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

6. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner expressément les autres moyens de la requête, la décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé le 5 mai 2023 par M. Bouajila qui confirme la décision initiale du 25 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation prononcée implique nécessairement qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de proposer à M. Bouajila un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en tenant compte de l'ensemble de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 800 euros à verser à M. Bouajila, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet du recours administratif préalable obligatoire formé le 5 mai 2023 par M. Bouajila qui confirme la décision initiale du 25 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de proposer à M. Bouajila un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en tenant compte de l'ensemble de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le département de Seine-et-Marne versera une somme de 800 euros à M. Bouajila en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A Bouajila et au département de Seine-et-Marne.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

Le rapporteur,

J. DARRACQ-GHITALLA-CIOCK

Le président,

X. POTTIER La greffière,

A. STARZYNSKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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