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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304639

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304639

vendredi 29 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304639
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation7ème chambre
Avocat requérantJASLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 10 mai 2023, M. F C, représenté par Me Jaslet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour portant la mention " visiteur ", l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de deux cents euros par jour de retard ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation administrative à compter de la notification du jugement à intervenir, sous la même condition d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

M. C soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de renouvellement de titre de séjour :

- elle est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie de ressources équivalentes au salaire minimum de croissance net ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il réside régulièrement en France depuis trois ans en compagnie de son épouse où il exerce l'activité de pasteur ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

- En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception de l'illégalité des décisions portant refus de renouvellement de son titre de séjour et obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;

- elle est insuffisamment motivée.

La requête a été communiquée au préfet de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2023.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cabal a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant béninois, né le 1er janvier 1975 à Guezin (République du Bénin), est entré en France le 29 décembre 2018, sous couvert d'un passeport revêtu d'un visa D " visiteur ", valable du 14 décembre 2018 au 14 décembre 2019. A l'expiration de ce visa, il a été mis en possession d'un titre de séjour portant la mention " visiteur ", valable jusqu'au 13 décembre 2020, puis a obtenu trois récépissés dont le dernier expirait le 21 décembre 2021. Par un arrêté du 23 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de procéder au renouvellement du titre de séjour portant la mention " visiteur " dont il bénéficiait, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. M. C demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 23 février 2023.

Sur la légalité de la décision portant refus de renouvellement du titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D B, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du président de la République du 30 juin 2021 publié au Journal officiel de la République française du 1er juillet 2021, lequel a pris ses fonctions le lundi 19 juillet suivant. Celui-ci était donc compétent tant pour prendre la décision attaquée. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision contestée comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle mentionne notamment les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8 sur lesquelles elle se fonde. L'arrêté en litige expose, avec suffisamment de précision, les éléments de la situation personnelle et familiale de M. C. Elle précise notamment les conditions de séjour de l'intéressé, notamment au regard de ses ressources qui sont inférieures au salaire minimum de croissance annuel net, et fait état de la situation matrimoniale et familiale du requérant. Ainsi, alors que l'autorité administrative n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments de fait se rapportant à la situation du requérant mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision, la décision contestée est motivée en droit et en fait. Il suit de là que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, il ne ressort pas de la motivation de la décision en litige, telle que rappelée au point précédent, laquelle fait état des principaux éléments caractérisant la situation personnelle et administrative de M. C, que le préfet de Seine-et-Marne n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui apporte la preuve qu'il peut vivre de ses seules ressources, dont le montant doit être au moins égal au salaire minimum de croissance net annuel, indépendamment de l'allocation aux adultes handicapés mentionnée à l'article L. 821-1 du code de la sécurité sociale et de l'allocation supplémentaire mentionnée à l'article L. 815-24 du même code, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " d'une durée d'un an. Il doit en outre justifier de la possession d'une assurance maladie couvrant la durée de son séjour et prendre l'engagement de n'exercer en France aucune activité professionnelle. Par dérogation à l'article L. 414-10, cette carte n'autorise pas l'exercice d'une activité professionnelle. Les conditions d'application du présent article sont précisées par décret en Conseil d'Etat. ".

7. Pour refuser de renouveler la carte de séjour temporaire portant la mention " visiteur " de M. C, le préfet de Seine-et-Marne s'est fondé sur le motif tiré de l'insuffisance des ressources de l'intéressé. Le requérant, qui officie en tant que pasteur, soutient que ses frais de transport, santé et logistique sont pris en charge depuis son entrée sur le territoire français par la mission évangélique, et se prévaut d'indemnités provenant du Bénin pour un salaire net de 536 euros, complétés par un versement mensuel de 700 euros en espèces pour charge pastorale. Toutefois, ni le versement de ce dernier montant, ni la prise en charge de ses frais divers, ne sauraient être regardés comme établis par la seule production de deux attestations de la mission évangélique, lesquelles ne sont corroborées par aucun autre document retraçant le montant et la périodicité des versements, tels, par exemple, que des relevés bancaires faisant état de la réalité de la perception de ces sommes. En outre, et en tout état de cause, il ressort des écritures mêmes du requérant que le montant de ses ressources est inférieur au salaire minimum de croissance net annuel. Enfin, la seule circonstance que M. C ait bénéficié d'une carte de séjour en qualité de " visiteur ", ne lui conférait aucun droit au renouvellement de ce titre. Dans ces conditions, en refusant de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour au motif qu'il ne justifie pas de ressources propres suffisantes, lesquelles doivent être au moins égales au salaire minimum de croissance net annuel, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur de droit ni d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 426-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, ces moyens doivent être écarté.

8. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

9. M. C fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y réside avec son épouse de manière continue depuis décembre 2018 et qu'il officie depuis lors en tant que pasteur au sein d'une église évangélique et qu'il a noué des relations de confiance avec ses fidèles qui louent son intégration et son professionnalisme. Toutefois, les seules circonstances que le requérant exerce l'activité de pasteur en France et soit apprécié des fidèles ne sont pas de nature, à elles seules, à établir l'existence d'une vie privée d'une particulière intensité en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de 43 ans et où résident ses enfants. En outre, dès lors que son épouse est également de nationalité béninoise, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale puisse se reconstituer dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que le préfet a porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

10. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision refusant le renouvellement d'un titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, M. C ne saurait se prévaloir par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision, pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment énoncés au point 9 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, le requérant n'est pas davantage fondé à soutenir que cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

12. En premier lieu, compte tenu de ce qui précède, les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français n'étant pas illégales, M. C n'est pas fondé à demander l'annulation, par voie de conséquence de l'illégalité de ces décisions, de la décision fixant le pays de destination.

13. En second lieu, la décision querellée du 23 février 2023 du préfet de Seine-et-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Elle vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et fait état de ce que M. C n'établit pas qu'il risque d'être soumis à des traitements inhumains et dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision fixant le pays de destination doit être écarté comme manquant en fait.

14. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte et ses conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F C et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023 à laquelle siégeaient :

M. E, président,

M. Duhamel, premier conseiller,

M. Cabal, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2023.

Le rapporteur,

P.Y. CABAL

Le président,

M. E

La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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