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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304725

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304725

mardi 6 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304725
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantBENTOLILA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, Madame C A, représentée par Me Bentolila, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre la décision de refus de renouvellement d'un titre de séjour prise à son encontre par la préfète du Val-de-Marne le 17 avril 2023 ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation provisoire de travail dans le délai de 15 jours à compter de l'ordonnance à intervenir dans l'attente du jugement du tribunal concernant le recours en annulation contre le refus de renouvellement de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de 90 jours du 17 avril 2023 ;

3°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de l'ordonnance à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1800 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il indique que, de nationalité chinoise, elle est entrée en France en 2012, qu'elle a épousé un ressortissant français le 1er septembre 2018, qu'elle a obtenu un visa de long séjour pour rentrer en France le 19 janvier 2019, qu'elle a bénéficié d'un premier titre de séjour en qualité de conjoint de français le 14 juin 2020 qui a été renouvelé, qu'elle a déposé une nouvelle demande de renouvellement le 12 janvier 2022 mais que, par un arrêté du 17 avril 2013, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car est en cause un refus de renouvellement d'un titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision en cause est entachée d'une insuffisance de motivation en ce qu'elle ne prend pas en compte sa situation familiale, qu'elle a été prise sans consultation de la commission du titre de séjour, et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 412-5 et L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ,et qu'elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 mai 2023, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- la décision contestée,

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 11 mai 2023 sous le numéro 2304713, Madame A a demandé l'annulation de la décision contestée de la préfète du Val-de-Marne.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 23 mai 2023, en présence de Madame Aubret, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu :

- 1es observations de Me Mesureur, représentant Madame A, requérante, présente, qui rappelle que la condition d'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement d'un titre de séjour, qu'il est difficile d'obtenir un rendez-vous pour obtenir un tel renouvellement, que la décision contestée a été prise après plus d'une année d'instruction, qu'elle a été licenciée en raison de l'absence de récépissé, qui maintient qu'elle aurait dû être convoquée devant la commission du titre de séjour, que la communauté de vie avec son époux est établie et que la décision en cause est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, que sa condamnation date de 2020 et qu'elle a eu un titre de séjour après ;

- les observations de Me Kerkani, représentant la préfète du Val-de-Marne qui constate que l'intéressée n'a plus d'emploi, qui maintient que la motivation est complète, que la commission du titre de séjour n'avait pas à être saisie que la requérante a fait l'objet d'une condamnation pour des faits graves qui ont été commis dès qu'elle a été en situation régulière.

Considérant ce qui suit :

1 Madame C A, ressortissante chinoise née le 2 novembre 1969 dans la province du Shandong, indique être entrée une première fois en France en 2012. Elle a épousé en mairie d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) le 1er septembre 2018 un ressortissant français. Le couple est retourné en Chine et Madame A a sollicité et obtenu des autorités consulaires françaises à Pékin un visa de long séjour en qualité de conjoint de français avec lequel elle est revenue le 19 janvier 2019. Elle a obtenu des titres de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dont le dernier est arrivé à échéance le 13 janvier 2022. Elle en a sollicité le renouvellement et a obtenu deux récépissés successifs dont le dernier était valable jusqu'au 10 octobre 2022. Par une décision du 17 avril 2023, la préfète du Val-de-Marne a refusé de faire droit à la demande de Madame A et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours au motif de sa condamnation, prononcée le 17 juin 2020 par le tribunal judicaire de Paris pour des faits de blanchiment et de concours à un délit de proxénétisme aggravé. Par une requête enregistrée le 11 mai 2023, elle a demandé l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par une requête du même jour, la suspension de son exécution.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision".

Sur l'urgence

3 L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci.

4 En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que la requérante a demandé le renouvellement de son titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " obtenu en qualité de conjointe de ressortissant français. La condition d'urgence doit donc être réputée satisfaite.

Sur le doute sérieux

5. Aux termes de l'article L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle et de l'autorisation provisoire de séjour prévue aux articles L. 425-4 ou L. 425-10 ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident et de la carte de résident portant la mention " résident de longue durée-UE " ". Aux termes de l'article L. 423-1 du même code : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ; 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ".

6. Il ressort des pièces du dossier que Madame A a été condamnée par le tribunal judiciaire de Paris, le 17 juin 2020, à une peine de six mois d'emprisonnement avec sursis, ainsi qu'à 3.000 euros d'amende, pour les faits de blanchiment par concours à une opération de placement, dissimulation ou conversion du produit d'un délit de proxénétisme aggravé. Il lui était reproché d'avoir, en toute connaissance de cause, aidé sa demi-sœur à dissimuler les espèces provenant de son activité de proxénétisme pour laquelle celle-ci a été condamnée par le même jugement à une peine de dix-huit mois d'emprisonnement dont six mois avec sursis. Le même jugement a relaxé le conjoint de la requérante, qui était poursuivi pour les mêmes faits.

7. Eu égard d'une part à la clémence de la condamnation prononcée par l'autorité judicaire à l'encontre de la requérante et d'autre part à la nature des faits reprochés qui ont été commis dans le cadre d'une entraide familiale et dont il n'est pas établi ni même soutenu qu'ils seraient susceptibles d'être réitérés, le moyen tiré de ce que la décision contestée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions rappelées au point 5 est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 17 avril 2023, dans la mesure également où il ne ressort pas des pièces du dossier que la condamnation la motivant ait fait obstacle au renouvellement, le 14 janvier 2021, du dernier titre de séjour de la requérante par la préfète du Val-de-Marne

8. Il résulte de ce qui précède que l'exécution de la décision contestée du 17 avril 2023 doit être suspendue.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire. Il n'est pas saisi du principal et se prononce dans les meilleurs délais ". Si, pour le cas où l'ensemble des conditions posées par l'article L. 521-1 du code de justice administrative est rempli, le juge des référés peut suspendre l'exécution d'une décision administrative et prescrire par la même décision juridictionnelle que l'auteur de la décision prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, de telles mesures doivent, ainsi que l'impose l'article L. 511-1 du même code, présenter un " caractère provisoire ".

10. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure ".

11. Si les conditions posées à l'octroi de la suspension d'une décision refusant un avantage sont remplies, il appartient donc au juge administratif d'assortir le prononcé de cette suspension de l'indication des obligations qui en découleront pour l'administration et qui pourront consister à réexaminer les droits de l'intéressé à cet avantage dans un délai déterminé ou, le cas échéant, à prendre toute mesure conservatoire utile prescrite par le juge compte tenu de l'objet du litige, du moyen retenu et de l'urgence.

12. En l'espèce, la présente ordonnance, qui ordonne la suspension de l'exécution de la décision du 17 avril 2023 de la préfète du Val-de-Marne en tant qu'elle refuse de renouveler le titre de séjour de Madame A implique seulement qu'il lui soit délivré, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail valable jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur sa légalité.

Sur les frais du litige :

13. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfète du Val-de-Marne) une somme de 1500 euros qui sera versée à Madame A en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : L'exécution de la décision du 17 avril 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a refusé de renouveler le titre de séjour en qualité de conjoint de ressortissant français de Madame C A est suspendue.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de délivrer à Madame C A, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente ordonnance, une autorisation provisoire de séjour portant autorisation de travail valable jusqu'au jugement à intervenir sur la requête en annulation présentée le 11 mai 2023.

Article 3 : L'Etat (préfète du Val-de-Marne) versera à Madame C A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera communiquée à la préfète du Val-de-Marne.

Le juge des référés,La greffière,

B : M. AymardB : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2304725

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