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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2304945

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2304945

vendredi 2 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2304945
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Avocat requérantSELARL SOLER-COUTEAUX ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2023, la société Seine et Yonne recyclage, représentée par Me Labayle-Pabet, demande au juge des référés statuant en application de l'article L. 551-13 du code de justice administrative :

1°) à titre principal d'annuler le lot n° 1 du marché ayant pour objet la mise à disposition, le transport, la valorisation et le traitement des bennes des déchetteries du syndicat mixte de l'Est seine-et-marnais pour le traitement des ordures ménagères, gestion économique et écologique des déchets ménagers, objectifs de développement durable (" SMETOM-GEEODE ") ;

2°) à titre subsidiaire de résilier le marché litigieux ;

3°) de mettre à la charge du SMETOM-GEEODE la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- son recours est recevable dès lors que, d'une part le SMETOM-GEEODE n'a pas respecté son obligation d'information complète des candidats évincés ; le courrier de rejet de son offre n'apporte aucune précision sur les mérites de l'offre attributaire et ne contient aucun commentaire sur son offre ; la notation des sous-critères doit être également portée à sa connaissance ; elle a demandé, par deux courriers, la communication de certains motifs de rejet de son offre mais aucune réponse ne lui a été apportée ; d'autre part, elle a adressé un courrier et un courriel de notification de son référé précontractuel au SMETOM-GEEODE ;

- le SMETOM-GEEODE a modifié les offres de valeur économique des candidats ; en effet, postérieurement au dépôt de son offre, il lui a adressé une question concernant le maintien de ses engagements sur les prix annoncés dans son bordereau des prix unitaires ; du fait de cette question, elle s'interroge sur la méthode d'évaluation du critère de la valeur économique, dès lors qu'elle laisse à penser que le SMETON-GEEODE a pris en considération des éléments extérieurs aux documents de la consultation ; par ailleurs, il résulte du rapport d'analyse des offres que le SMETOM-GEEODE a modifié les offres de prix des candidats pour les comparer et les juger en faisant apparaître la réduction du taux de valorisation des DNR non-incinérables précisés par les candidats dans leur offre ; cette pratique est prohibée par le principe d'intangibilité des offres ;

- l'offre de la société attributaire est irrégulière dès lors qu'elle comportait une variante, ce qui était interdit par le règlement de la consultation ;

- le SMETOM-GEEODE a dénaturé son offre et a commis des erreurs lors de son appréciation ; s'agissant du critère économique, le taux de valorisation des DNR non-incinérables retenu par le SMETOM-GEEODE est erroné ; s'agissant du critère technique, son offre a été dénaturée sur de nombreux points ; en effet, il lui a été reproché de ne pas avoir indiqué les conditions de reprise du personnel alors qu'elle est la titulaire sortante du marché ; elle a décrit dans son mémoire technique l'agence et ses caractéristiques ; elle a fourni un AP complet pour le site de Villeneuve-la-Guyard ; s'agissant de la sécurité, elle bénéficie, comme la société requérante, de la certification ISO 54001 ; s'agissant du critère environnemental, son offre comporte les mêmes éléments que celle de la société attributaire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 mai 2023, le SMETOM-GEEODE, représenté par la Selarl Soler-Couteaux et associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de la société Seine et Yonne recyclage la somme de 7 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors que le courrier du 5 avril 2023 constitue le point de départ du délai de standstill ; il a reçu la notification du référé précontractuel après la signature du contrat et le courriel de notification a été envoyé à une adresse erronée ;

- l'évaluation de la valeur économique des offres ne permettant pas d'assurer l'égalité de traitement entre les candidats, il a donc interrogé les trois candidats pour savoir si leurs prix comprenaient déjà la diminution prévue à l'article 11 du cahier des clauses techniques particulières (" CCTP ") ; en fonction des réponses du candidat, il a procédé, ou pas, à la diminution prévue, de façon à ce que les candidats soient jugés sur un pied d'égalité ; en tout état de cause, la société requérante a obtenu la note maximale sur ce critère ;

- la société Ourry n'a présenté aucune variante ;

- il n'a pas dénaturé l'offre de la société requérante et il n'appartient pas au juge des référés précontractuels d'examiner le mérite des offres.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Salenne-Bellet, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référé en application des articles L. 551-13 et suivants du code de justice administrative.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Mahieu, greffière d'audience :

- le rapport de Mme Salenne-Bellet ;

- les observations de Me Piton, représentant la société Seine et Yonne recyclage, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et de Me Schultz, représentant le SMETOM-GEEODE, qui conclut aux mêmes fins que son mémoire en défense par les mêmes moyens.

Considérant ce qui suit :

1. Le SMETOM-GEEODE a lancé une procédure en vue de la passation d'un marché ayant pour objet, s'agissant du lot n° 1, l'enlèvement, le transport et le traitement/valorisation des DNR/Encombrants incinérables et non-incinérables, des déchets verts, des cartons, des gravats et du plâtre, la collecte des dépôts sauvages et la mise à disposition des bennes dans les déchetteries. La date limite de réception des offres a été fixée au 17 février 2023 à 12 heures. Par une décision du 30 mars 2023, le SMETOM-GEEODE a informé la société Seine et Yonne recyclage que son offre avait été rejetée. Par un courrier du 5 avril suivant, il l'a informée que le marché a été attribué à la société Ourry. Le marché a été signé le 17 avril 2023. Par la présente requête, la société Seine et Yonne recyclage demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 551-13 du code de justice administrative, d'annuler le marché signé le 17 avril 2023.

2. Aux termes de l'article L. 551-13 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi, une fois conclu l'un des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, d'un recours régi par la présente section ". Aux termes de l'article L. 551-14 du même code : " Les personnes habilitées à agir sont celles qui ont un intérêt à conclure le contrat et qui sont susceptibles d'être lésées par des manquements aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sont soumis ces contrats, ainsi que le représentant de l'Etat dans le cas des contrats passés par une collectivité territoriale ou un établissement public local ". Aux termes de l'article L. 551-18 dudit code : " Le juge prononce la nullité du contrat lorsqu'aucune des mesures de publicité requises pour sa passation n'a été prise, ou lorsque a été omise une publication au Journal officiel de l'Union européenne dans le cas où une telle publication est prescrite. / La même annulation est prononcée lorsque ont été méconnues les modalités de remise en concurrence prévues pour la passation des contrats fondés sur un accord-cadre ou un système d'acquisition dynamique. / Le juge prononce également la nullité du contrat lorsque celui-ci a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9 si, en outre, deux conditions sont remplies : la méconnaissance de ces obligations a privé le demandeur de son droit d'exercer le recours prévu par les articles L. 551-1 et L. 551-5, et les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles sa passation est soumise ont été méconnues d'une manière affectant les chances de l'auteur du recours d'obtenir le contrat ". Aux termes de l'article L. 551-19 de ce code : " Toutefois, dans les cas prévus à l'article L. 551-18, le juge peut sanctionner le manquement soit par la résiliation du contrat, soit par la réduction de sa durée, soit par une pénalité financière imposée au pouvoir adjudicateur ou à l'entité adjudicatrice, si le prononcé de la nullité du contrat se heurte à une raison impérieuse d'intérêt général. / Cette raison ne peut être constituée par la prise en compte d'un intérêt économique que si la nullité du contrat entraîne des conséquences disproportionnées et que l'intérêt économique atteint n'est pas directement lié au contrat () ". Enfin, selon l'article L. 551-20 : " Dans le cas où le contrat a été signé avant l'expiration du délai exigé après l'envoi de la décision d'attribution aux opérateurs économiques ayant présenté une candidature ou une offre ou pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 ou à l'article L. 551-9, le juge peut prononcer la nullité du contrat, le résilier, en réduire la durée ou imposer une pénalité financière ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'en ce qui concerne l'ensemble des contrats mentionnés aux articles L. 551-1 et L. 551-5, les manquements susceptibles d'être utilement invoqués dans le cadre du référé contractuel sont, comme les sanctions auxquelles ils peuvent donner lieu, limitativement définis aux articles L. 551-18 à L. 551-20 du même code. Ainsi, le juge des référés ne peut prononcer la nullité mentionnée à l'article L. 551-18, c'est-à-dire annuler le contrat, ou, le cas échéant, prendre les autres mesures prévues aux articles L. 551-19 et

L. 551-20, que dans les conditions prévues à ces articles.

4. Or, les moyens invoqués par la société Seine et Yonne recyclage, tenant à la modification des offres de valeur économique des candidats, à l'irrégularité de l'offre de la société attributaire, à la dénaturation de l'offre de la société requérante et aux erreurs commises dans son appréciation, ne sont pas ceux pouvant être utilement invoqués en vertu des dispositions des articles L. 551-18 à L. 551-20 du code de justice administrative précité. Si la société requérante mentionne dans sa requête que le marché litigieux a été signé pendant la suspension prévue à l'article L. 551-4 du code de justice administrative, alors qu'elle avait introduit un référé précontractuel, elle invoque cette circonstance pour justifier de la recevabilité de sa requête et non comme un moyen au fond. Par ailleurs, elle ne démontre pas que les obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles la passation du contrat est soumise ont été méconnues d'une manière affectant ses chances d'obtenir le contrat. Dans ces conditions, les conclusions présentées par la société Seine et Yonne recyclage sur le fondement de l'article L. 551-13 du code de justice administrative doivent être rejetées, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur l'éventuelle irrecevabilité de la requête. Les conclusions présentées au titre des dispositions de l'article

L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées. Eu égard aux circonstances de l'espèce, les conclusions présentées par le SMETOM-GEEODE au titre de ces mêmes dispositions doivent être rejetées.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de la société Seine et Yonne recyclage est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions du SMETOM-GEEODE est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Seine et Yonne recyclage, au syndicat mixte de l'Est seine-et-marnais pour le traitement des ordures ménagères, gestion économique et écologique des déchets ménagers, objectifs de développement durable et à la société Ourry.

Fait à Melun, le 2 juin 2023.

La juge des référés,

J. SALENNE-BELLET

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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