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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305104

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305104

jeudi 3 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305104
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation9ème chambre
Avocat requérantBOGLIARI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 23 mai 2023, M. A B, représenté par Me Keravec, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 100 euros toutes taxes comprises au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- elle a été signée par une autorité incompétente ;

- elle méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou, à tout le moins, elle est entachée d'un défaut d'examen ;

S'agissant de la décision portant obligation de quitter le territoire :

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et, à tout le moins, elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, la requête est irrecevable pour tardiveté ;

- à titre subsidiaire, aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

19 avril 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal administratif de Melun.

Par une ordonnance du 16 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 16 juin 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M B, ressortissant malien né en 2003 à Bagamabougou (Mali), a, le 24 mars 2022, sollicité du préfet de Seine-et-Marne son admission exceptionnelle au séjour en application de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par arrêté du

18 janvier 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Par la présente requête, M. B demande d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé par M. D C, nommé préfet de Seine-et-Marne par décret du président de la République du 30 juin 2021, publié le 1er juillet 2021 au journal officiel de la République française (texte n° 62). Celui-ci était compétent tant pour prendre la décision attaquée que la signer, sans devoir, contrairement à ce qu'allègue M. B, être titulaire d'une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée manque en fait et ne peut ainsi qu'être écarté.

3. En second lieu, lorsqu'il est saisi d'une demande de délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'une des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet n'est pas tenu d'examiner d'office si l'intéressé peut prétendre à une autorisation de séjour sur le fondement d'une autre disposition de ce code. Si M. B soutient que la décision portant refus de titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne ressort pas des pièces du dossier que, d'une part, il aurait sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur ce fondement et, d'autre part, le préfet de Seine-et-Marne aurait également examiné sa demande de titre de séjour au regard de ces dispositions. Par ailleurs, dès lors que le préfet de Seine-et-Marne n'était pas tenu d'examiner d'office s'il pouvait prétendre à être admis au séjour en application de l'article L. 435-3, M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de son dossier. Par suite, les moyens tirés de ce que le préfet de Seine-et-Marne aurait méconnu les dispositions de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et n'aurait pas procédé à un examen complet de son dossier ne peuvent être utilement invoqués et doivent être écartés.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. B, qui soutient être entré en France à l'âge de 16 ans, fait valoir qu'il fait preuve d'une volonté d'insertion dans la société française comme l'attestent la réussite de ses études et son insertion professionnelle. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été pris en charge par l'aide sociale à l'enfance à son arrivée en France puis admis au sein du centre de formation des apprentis de l'UTEC où il a suivi, du 8 février 2021 au 4 février 2022, sous couvert d'un contrat d'apprentissage en alternance conclu avec l'entreprise " Chic and Blo ", la formation pour la préparation au titre professionnel d'agent de restauration, qu'il a obtenu le 8 avril 2022. Il ressort, également, des pièces du dossier qu'il a conclu avec cette même entreprise des contrats à durée déterminée courant du 1er mars au 31 août 2022 pour une durée de 22 heures par semaine et du 1er novembre 2022 au 31 mars 2023 pour une durée de 21 heures par semaine. Toutefois, ces éléments ne sont pas suffisants, compte tenu de la précarité des emplois occupés, pour considérer qu'il est intégré dans la société française. Dans ces conditions, eu égard à la durée et aux conditions de son séjour, le requérant, célibataire et sans charge de famille, qui ne peut être regardé comme dépourvu de toutes attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents et qui est présent en France depuis moins de trois ans, n'est pas fondé à soutenir que le préfet de

Seine-et-Marne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels la décision critiquée a été prise et méconnu, ainsi, les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il suit de là que le moyen invoqué tiré de la méconnaissance de ces stipulations ne peut qu'être écarté.

6. En second lieu, compte tenu des considérations énoncées au point précédent, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet de Seine-et-Marne aurait entaché la décision attaquée d'erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de

non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne, que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 18 janvier 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé le pays à destination duquel il pourrait être reconduit d'office. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que celles qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau , première conseillère,

M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305104

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