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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305255

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305255

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305255
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLUJIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2310801 du 23 mai 2023 le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. B E.

Par cette requête, enregistrée le 14 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 24 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun, M. E, représenté par Me Lujien, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 1er mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

3°) d'enjoindre au préfet de police de Paris lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, un titre de séjour portant la mention " salarié ", et un récépissé afférent à ce titre de séjour dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sous réserve qu'il renonce à percevoir la part contributive de l'Etat versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de la demande de titre de séjour au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il réside en France depuis cinq ans ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

En ce qui concerne la décision fixant à trente jour le délai de départ volontaire et celle fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office :

- ces décisions sont illégales, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 juin 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delmas ;

- les observations de Me Dimgamgoto substituant Me Lujien, représentant M. E assisté de M. C, interprète assermenté en langue diakhanké, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et demande l'annulation de la décision fixant le pays de renvoi et de celle fixant le délai de départ volontaire pour défaut de base légale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

- Me Dimgamgoto souligne que son client est en train de construire une qualité de vie appréciable, notamment depuis son embauche dans le secteur de la restauration qui est sous tension et qu'il a un frère en France et un en Espagne, et qu'il est orphelin de père et de mère,

- M. E, assisté par l'interprète assermenté, qui indique que toute sa famille vit en France et qu'il est exposé à un risque dans son village compte tenu de ses croyances religieuses islamiques en contradiction avec celles des habitants de son village confessant également une religion traditionnelle africaine.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B diakhaby, ressortissant sénégalais né le 11 février 1981 à Dialokoto (Sénégal), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 27 juillet 2018 selon ses déclarations, pour y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 7, confirmée le 28 octobre 2021 par la Cour nationale du droit d'asile. Par un arrêté du 1er mai 2023, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par la requête susvisée, M. E demande l'annulation de l'arrêté préfectoral du 1er mai 2023.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. E, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne les moyens propres à la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

4. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023 régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture de police n° 75-2023-056 du 23 janvier 2023, le préfet de police a donné à M. A D, attaché de l'administration de l'Etat, délégation à l'effet de signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen particulier de la situation personnelle de M. E. En outre, M. E n'établit pas avoir saisi le préfet d'une demande de titre de séjour avant l'intervention de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation personnelle de M. E doit être écarté comme manquant en fait.

6. En troisième lieu, M. E fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France dès lors qu'il y est présent depuis 2018, qu'il dispose d'importantes attaches en France et en Europe, et qu'il bénéficie d'une insertion professionnelle. Toutefois, si M. E établit disposer d'attaches familiales en France en la personne de ses frères et cousins en situation régulière, il est constant qu'il est célibataire et sans enfant à charge et il ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales ou privées dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 27 ans. En outre, si M. E fait valoir qu'il a travaillé dans le secteur des bâtiments et travaux publics de 2019 à 2021, il n'apporte aucun commencement de preuve de cet emploi. Si l'intéressé produit un contrat de travail à durée indéterminée en qualité de plongeur polyvalent au sein de la société " L'éclair de génie ", plusieurs bulletins de paie justifiant un travail de décembre 2022 à avril 2023, il ressort de ces éléments que l'emploi concerné est d'un recrutement encore récent, en sorte qu'ils ne permettent pas de considérer l'intéressé comme justifiant d'une intégration professionnelle suffisante en France. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de M. E doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 1er mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne les moyens communs à la décision fixant à trente jour l'octroi d'un délai de départ volontaire et à la décision fixant le pays de destination de la reconduite :

8. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le délai de départ volontaire de M. E à trente jours et le moyen tiré de l'illégalité de la décision fixant le pays de destination par voie de conséquence de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire ne peuvent qu'être écartés.

9. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions aux fins d'injonction, ainsi que celles présentées en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : M. E est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. E est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : S. Delmas

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2305255

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