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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305318

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305318

jeudi 5 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation9ème chambre
Avocat requérantGALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 29 mai 2023, M. B A, représenté par Me Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 30 mars 2023 par laquelle la directrice territoriale de

l'Office français de l'immigration et de l'intégration de Créteil a mis fin au bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui lui avaient été accordées en qualité de demandeur d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de le rétablir dans ses droits à bénéficier des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter de la date de cessation des conditions matérielles d'accueil ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) en cas d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de

l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros hors taxes à verser à son conseil, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée méconnait les dispositions des articles L. 551-16 et D. 551-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est entachée d'un " vice de procédure [et d'un] défaut d'examen sérieux relatif à l'absence d'entretien ou d'évaluation de sa situation " ; il appartient à l'Office de démontrer que sa vulnérabilité a été prise en compte dans le cadre d'un entretien ; la décision est entachée d'une erreur de motivation et d'une erreur d'appréciation de sa situation ;

- la décision attaquée est entachée " d'erreur de droit, de motivation [et d'un] défaut d'examen sérieux de sa situation " ; il appartient à l'Office de démontrer qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités de l'asile ; la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ; la décision entreprise met en péril les conditions essentielles de vie ; cette situation est contraire au respect de la dignité humaine.

Par un mémoire en défense, enregistré le 14 octobre 2024,

l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- il pouvait prendre la décision en litige au motif que M. A avait été déclaré en fuite le 2 février 2023 ; dans ces conditions, l'intéressé ne peut utilement soutenir qu'il a respecté les exigences des autorités chargées de l'asile alors qu'il s'est volontairement soustrait à l'exécution d'une mesure de transfert ; si le tribunal estime que ce motif ne peut fonder la décision litigieuse, il ressort des pièces du dossier que M. A a également abandonné son logement ;

- M. A ne peut utilement soutenir qu'il se trouverait dans une situation de dénuement matériel extrême ;

- les autres moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés ;

- M. A n'est plus considéré, depuis le 3 février 2023, comme demandeur d'asile et n'est donc plus éligible aux conditions matérielles d'accueil.

Par une ordonnance du 14 octobre 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 14 novembre 2024 à 12 heures.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience, en application des dispositions de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Luneau été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant somalien né en 1996, qui a déposé une demande d'asile, enregistrée le 2 septembre 2022 selon la procédure dite " Dublin ", a accepté, le 5 septembre 2022, l'offre de prise en charge au titre du dispositif d'accueil qui lui a été proposée par

l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par une décision du 30 mars 2023, dont M. A demande l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil a décidé de mettre fin aux conditions matérielles d'accueil (CMA) dont il bénéficiait.

Sur les conclusions aux fins d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 22 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Versailles. Dans ces conditions, ses conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet et il n'y a pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

Sur le cadre juridique applicable :

3. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version applicable à la date de la décision attaquée : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants : / () ; / 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ; / () ". Aux termes de l'article D. 551-18 de ce code : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ".

Sur la légalité de la décision du 30 mars 2023 :

4. En premier lieu, la décision en litige vise les textes applicables, mentionne que M. A a accepté les CMA qui lui ont été proposées, qu'il n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels concernant sa procédure d'asile, que ce motif justifie la cessation du bénéfice des conditions matérielles d'accueil et qu'après examen de ses besoins et de sa situation personnelle et familiale, l'OFII a décidé de mettre fin totalement aux CMA dont il bénéficiait. La décision, qui n'a pas à faire référence à l'ensemble des éléments caractérisant la situation de M. A comporte, ainsi, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivée au sens des dispositions de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que la directrice territoriale de l'OFII de Créteil n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. A.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. Ces besoins particuliers sont également pris en compte s'ils deviennent manifestes à une étape ultérieure de la procédure d'asile. Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / Lors de l'entretien personnel, le demandeur est informé de sa possibilité de bénéficier de l'examen de santé gratuit prévu à l'article L. 321-3 du code de la sécurité sociale ". L'article L. 522-2 du même code dispose : " L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin ".

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'administration n'aurait pas procédé à l'évaluation de la vulnérabilité de M. A alors qu'il a, dans le cadre de l'enregistrement de sa demande d'asile au guichet unique le 2 septembre 2022, effectivement bénéficié d'un entretien avec un agent de l'OFII qui s'est tenu le 5 septembre suivant, qui n'a pas mis en exergue d'éléments particuliers de vulnérabilité, laquelle a été évaluée à 0 sur une échelle allant de 0 à 3, et qu'il n'a présenté aucun élément nouveau relatif à sa situation. Au demeurant, si aux termes des dispositions de l'article L. 522-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'OFII est tenu de réaliser un entretien tendant à évaluer la vulnérabilité des demandeurs d'asile lors de la présentation de leur première demande, aucune disposition ni aucun principe n'impose qu'un nouvel entretien soit réalisé avant l'édiction d'une décision mettant fin au bénéfice des CMA. M. A ne peut, dans ces conditions, soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure.

8. En quatrième lieu, pour décider de mettre fin aux CMA qui avaient été accordées à M. A, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil s'est fondée sur le motif, comme il a été indiqué au point 4. du présent jugement, tiré de ce que l'intéressé ne s'est pas conformé aux exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de se rendre aux entretiens personnels. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du mémoire en défense, qui a été communiqué à M. A, que l'intéressé a refusé d'embarquer, alors qu'il faisait l'objet d'une procédure de transfert, et qu'il a été déclaré en fuite le 2 février 2023. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision en litige procède d'une inexacte application des dispositions précitées de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En cinquième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les Etats membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. D'une part, la circonstance qu'un demandeur d'asile puisse être privé du bénéfice des CMA du fait d'une décision prise dans les hypothèses et conditions rappelées au point 3, n'est pas incompatible avec les dispositions précitées qui prévoient une telle limitation des CMA, sous réserve d'un accès aux soins médicaux et de la garantie d'un niveau de vie digne.

11. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A ait été placé dans l'impossibilité de solliciter le bénéficie des dispositifs de soutien prévus en droit interne, notamment à l'article L. 251-1 du code de l'action sociale et des familles relatif à l'aide médicale de l'Etat et à l'article L. 345-2-2 du même code relatif à l'hébergement d'urgence.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile seraient incompatibles avec le paragraphe 5 de l'article 20 de la directive 2013/33/UE et avec l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ni que la décision contestée le soumettrait à des traitements inhumains et dégradants.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige du 30 mars 2023. Il y a donc lieu de rejeter ses conclusions aux fins d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions qu'il a présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A tendant à ce qu'il soit admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à

l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Bonneau-Mathelot, présidente,

Mme Luneau, première conseillère,

M. Demas, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.

La rapporteure,

F. LUNEAU

La présidente,

S. BONNEAU-MATHELOTLa greffière,

S. SCHILDER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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