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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305349

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305349

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305349
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDMOTENG KOUAM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 29 mai 2023 et le 13 septembre 2023, M. A B, représenté par Me Dmoteng Kouam, demande au tribunal :

1°) de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle ;

2°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2023 par lequel le préfet de police lui a fait obligation de quitter le territoire français.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut d'examen de sa situation, dès lors qu'il lui est reproché une double identité alors que son identité est établie par son passeport ; il n'a pas été tenu compte de son insertion professionnelle ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; nonobstant le rejet de sa demande d'asile, il s'est inséré socialement par le travail.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 18 septembre 2023 pour M. A. Elle n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant sénégalais, né le 19 juin 1992 à Dakar ou le 24 août 1993 à Kandiama, est entré sur le territoire français en 2018 selon ses déclarations pour y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 23 septembre 2019, confirmée le 3 juin 2020 par la Cour nationale du droit d'asile. M. A a été interpellé le 26 mai 2023 lors d'un contrôle d'identité dans le 18ème arrondissement de Paris et a été placé en retenue pour vérification de son droit de séjour et de circulation. Par un arrêté du 27 mai 2023, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 4° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, et lui a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. Aux termes de l'article L. 611-1 de ce code prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".

4. En premier lieu, d'une part, M. A soutient qu'il est né le 24 août 1993 à Kandiama prétend que le préfet de police de Paris s'est trompé sur son identité en analysant la situation d'un homonyme qui serait né le 19 juin 1992 à Dakar. Toutefois, M. A verse au débat un avis en date du 30 janvier 2020 émanant du secrétariat général de la Cour nationale du droit d'asile qui l'informe que son affaire qui était inscrite au rôle d'une audience du 29 janvier 2020 sous le n° 19057373 a été renvoyée à une audience ultérieure. D'autre part, le requérant produit également un avis d'audience émis par le secrétariat général de cette juridiction, concernant ce même numéro, l'informant que son affaire était inscrite au rôle de l'audience publique du 27 mai 2020. En outre, il ressort de la décision n° 19057373 du 3 juin 2020 de la Cour nationale du droit d'asile, et mise au contradictoire à l'audience par le magistrat désigné, que suite à une audience du 27 mai 2020, M. B A, né le 19 juin 1992 à Dakar, s'est vu refuser le bénéfice d'une protection internationale. Dans ces conditions, M. B A né le 24 août 1993 à Kandiama et M. B A né le 19 juin 1992 à Dakar doivent être regardés comme constituant deux identités se rapportant à la même personne.

5. D'autre part, ainsi qu'il a été dit plus haut, la demande d'asile de M. A a été rejetée par une décision rendue en audience publique par la Cour nationale du droit d'asile. Par suite, le requérant ne dispose plus d'un droit au maintien sur le territoire français en application des dispositions de l'article L. 542-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, et à supposer que M. A ait entendu se prévaloir de son insertion professionnelle au sein de la société Le Vinyl de Paris afin de solliciter son admission exceptionnelle au séjour, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il aurait présenté une telle demande à l'autorité compétente. Par ailleurs, il ne ressort ni des termes de l'arrêté en litige, ni des autres pièces versées au dossier, que la préfet de police de Paris n'aurait pas procédé, compte tenu des informations en sa possession à la date de sa décision, à un examen individuel et approfondi de la situation personnelle de M. A. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen de la situation personnelle de M. A doit être écarté comme manquant en fait.

6. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

7. M. A fait valoir qu'il est entré en France en 2018 et qu'il s'est inséré par le travail dans la société française. Toutefois, si M. A se prévaut de ce qu'il a occupé un poste dans le secteur de l'industrie des matières plastiques du mois de février 2021 au mois de juin 2022, comme l'atteste le visa de la convention collective de ce secteur d'activité dans ses bulletins de salaire, cette seule circonstance, compte tenu de son caractère récent, ne suffit pas pour établir qu'il dispose d'une bonne insertion professionnelle en France et, par voie de conséquence d'une insertion dans la société française. En outre, M. A ne se prévaut d'aucun élément de vie privée et familiale établie en France, alors qu'il n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 24 ans au moins. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police de Paris aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. En outre, pour ces mêmes motifs de fait, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation des conséquences que la décision emporte sur la situation personnelle de M. A doit être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué du 27 mai 2023 par lequel le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français.

D E C I D E

Article 1er : M. A est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : S. Delmas

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2305349

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