mercredi 4 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305350 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | TOMASI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés le 30 mai 2023 et le 7 septembre 2023, M. B A, représenté par Me Pierrot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
A titre principal :
1°) d'annuler la décision du 29 mai 2023 par laquelle le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français ;
2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour le temps du réexamen, sous une astreinte de 150 euros par jour de retard ;
A titre subsidiaire :
3°) d'annuler la décision du 29 mai 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire ;
A titre infiniment subsidiaire :
4°) d'annuler la décision du 29 mai 2023 par laquelle le préfet de police de Paris portant interdiction de retour sur le territoire français ;
5°) d'annuler la décision du 29 mai 2023 par laquelle le préfet de police de Paris a signalé son profil au système d'informations Schengen ;
En tout état de cause :
6°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;
- elle n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen personnalisé de la situation du requérant, dès lors qu'il n'est pas tenu compte de l'ancienneté de sa résidence, ni de son insertion professionnelle en France ; il y a eu une incompréhension pendant son audition ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de sa durée de présence en France, et de son insertion professionnelle en qualité de plongeur ; il peut prétendre à son admission exceptionnelle au séjour en vertu de la circulaire du 28 novembre 2012 ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire :
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :
- l'auteur de cette décision n'a pas justifié de sa compétence ;
- cette décision n'est pas suffisamment motivée ;
- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;
- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen de la situation personnelle du requérant ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Par un mémoire en défense, enregistré le 12 juin 2023, le préfet de police de Paris, représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Delmas, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'inexistence matérielle de la décision portant signalement au système d'informations Schengen du profil de M. A dès lors que cette mesure purement informatique ne constitue par un acte décisoire qui fait grief.
Le Magistrat désigné relève également d'office en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de supprimer le signalement de M. A aux fins de non admission au système d'informations Schengen ;
- et les observations de Me Lejeune substituant Me Pierrot, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens.
Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant guinéen, né le 22 mars 1993 à Conakry (Guinée), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, le 30 juin 2014, pour y solliciter l'asile. Par une décision du 22 décembre 2014, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Cette décision a été confirmée par une décision de la Cour nationale du droit d'asile du 23 septembre 2015. M. A a présenté une demande de réexamen de sa demande d'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté cette demande par une décision du 12 janvier 2018, confirmée par une ordonnance du 31 octobre 2018 par une présidente de chambre de la Cour nationale du droit d'asile. M. A a été interpellé le 28 mai 2023 dans le cadre d'un contrôle d'identité et a été placé en retenue administrative. Par un premier arrêté du 29 mai 2023, le préfet de police de Paris lui a fait obligation de quitter le territoire français sur le fondement des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un second arrêté du 29 mai 2023, le préfet de police de Paris a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; (). ".
3. Pour faire obligation à M. A de quitter le territoire français, le préfet de police de Paris s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé est dépourvu de document de voyage et ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et a fait application des dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, pour faire interdiction à M. A de retourner sur le territoire français pendant un an, le préfet de police de Paris s'est fondé sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai qu'il a prise le 29 mai 2023.
4. M. A soutient que lors de l'audition du 28 mai 2023 sur sa situation administrative, il aurait répondu à l'agent conduisant l'audition en lui indiquant qu'il avait " une demande de titre de séjour en cours ". Toutefois, il ressort du procès-verbal d'audition, établi le 28 mai 2023 à 23h32 par un agent de la force publique et signé par le requérant en la présence d'un interprète, qu'interrogé sur la perspective d'une mesure d'éloignement, l'intéressé aurait répondu " J'ai une demande d'asile en cours ". Si M. A conteste avoir délivré une telle réponse, il n'apporte aucun élément permettant d'invalider les énonciations du procès-verbal.
5. En revanche, M. A verse au débat un message électronique émis le 13 avril 2023 à 10h23 par lequel son conseil a demandé à la préfète du Val-de-Marne de convoquer son client afin qu'il puisse déposer son " entier dossier " d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail. Il ajoute un message par lequel l'administration a accusé automatiquement réception le 13 avril 2023 à 10h27 de cette demande. M. A se prévaut enfin de ce qu'il travaille à temps complet pour le compte de la société Sarl Etienne en qualité de plongeur sans interruption depuis le mois de février 2019 et verse au débat de nombreux bulletins de salaire ainsi qu'une demande d'autorisation de travail établie le 3 mars 2023 par le gérant de la société qui l'emploie. Or, il ne ressort ni des motifs ni du dispositif de chacun des deux arrêtés en litige en date du 29 mai 2023 que le préfet de police de Paris aurait explicitement rejeté la demande de convocation en préfecture de l'intéressé. En outre, à la date d'édiction de ces deux arrêtés, aucune décision implicite de rejet d'une telle demande n'était intervenue. Par suite, le préfet de police de Paris doit être regardé comme ayant prononcé l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour sur le territoire français frappant M. A le 29 mai 2023 sans avoir pris en considération le fait qu'une demande de convocation tendant au dépôt d'une demande d'admission exceptionnelle au séjour au titre du travail était en cours d'instruction au sein des services de la préfecture du Val-de-Marne. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision en litige faisant obligation à M. A de quitter le territoire français et celle lui faisant interdiction de retour sur le territoire français sont entachées d'un défaut d'examen de sa situation doit être accueilli.
6. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français 29 mai 2023 et de celle lui faisant interdiction de retour sur le territoire français du même jour. Par voie de conséquence, M. A est également fondé à demander l'annulation des décisions lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire et lui fixant son pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, qui sont privées de leur base légale.
Sur les conclusions à fin d'injonction relevés d'office :
7. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
8. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. A, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de police de Paris de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
Sur les frais d'instance :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État (préfet de police de Paris), qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par et non compris dans les dépens.
D E C I D E
Article 1er : L'arrêté du 29 mai 2023, par lequel le préfet de police de Paris a fait obligation à M. A de quitter le territoire français, a refusé de lui octroyer un délai de départ volontaire, et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné, est annulé.
Article 2 : L'arrêté du 29 mai 2023, par lequel le préfet de police de Paris a interdit à M. A de retourner sur le territoire français pour une durée d'un an, est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. A dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 29 mai 2023 ci-dessus annulée.
Article 4 : L'Etat (préfet de police de Paris) versera à M. A, une somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de police.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : S. Delmas
La greffière,
Signé : L. Darnal
La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026