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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305398

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305398

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305398
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère chambre
Avocat requérantOUEDRAOGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 31 mai 2023, Mme B, représentée par Me Ouedraogo, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 juin 2022 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a refusé de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle susceptible d'être éloignée ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

La décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision portant obligation de quitter le territoire français :

- doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

La décision fixant le pays de destination doit être annulée en raison de l'illégalité de la décision portant refus de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 mai 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision n°2023/000826 du 19 avril 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Dominique Binet, premier conseiller,

- les observations de Me Ouedraogo, représentant Mme B,

- et les observations de Mme B.

Une note en délibéré présentée par Mme B a été enregistrée le 28 juin 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante congolaise qui s'est vu délivrer à plusieurs reprises des autorisations provisoires de séjour compte tenu de son état de santé, a sollicité la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " sur le fondement des dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 juin 2022, le préfet de Seine-et-Marne a rejeté sa demande, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, aux termes aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / () / Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée ".

3. Pour refuser à Mme B la délivrance du titre de séjour qu'elle a sollicité, le préfet de Seine-et-Marne a relevé, en se fondant sur l'avis du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) du 11 octobre 2021, qu'il avait recueilli préalablement, que son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut ne devrait pas entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité et lui permet de voyager sans risque vers son pays d'origine. Pour contester cet avis, Mme B produit deux certificats médicaux du 3 avril 2023, l'un établi par un chirurgien orthopédiste qui indique que son état de de santé nécessite une prise en charge antalgique associé à de la rééducation par kinésithérapie pour renforcement musculaire afin d'optimiser ses possibilités de compensation, et l'autre établi par un médecin généraliste qui indique qu'elle présente un état poly-pathologique chronique et une fragilité organique nécessitant des soins en continu et une prise en charge globale par différentes spécialités médicales et paramédicales et que son état de santé sera fluctuant et a tendance à s'aggraver si la prise en charge n'est pas adaptée. Toutefois, ces certificats ne sont pas de nature à remettre en cause l'appréciation du collège de médecins de l'OFII quant aux conséquences qu'emporteraient pour l'intéressée l'absence de la prise en charge médicale dont elle est l'objet et à remettre ainsi en cause le bien-fondé de l'appréciation du préfet. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

4. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. Mme B se prévaut de ce qu'elle est présente sur le territoire français depuis 2018 et de ce que ses quatre enfants vivent régulièrement en France et en Italie et qu'elle est veuve depuis plusieurs années. Cependant, elle ne démontre pas être dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine où elle a vécu jusqu'à l'âge de 66 ans. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'aucun membre de la famille de la requérante ne pourrait lui apporter une assistance au regard de son état de santé en cas de retour dans ce pays. Enfin, la décision de refus de séjour en litige ne fait pas, par elle-même, obstacle à ce qu'elle soit empêchée de maintenir des liens avec les membres de sa familles installés en Europe. Dans ces conditions, le refus d'autoriser son séjour ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels cette décision a été prise. Par suite, cette décision ne méconnaît pas les stipulations précitées. Pour les mêmes raisons que celles qui viennent d'être exposées, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire usage de son pouvoir de régularisation à l'endroit de la requérante.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour en litige n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

7. En second lieu, pour les mêmes raisons que celles qui ont été exposées au point 5, il n'apparaît pas davantage que le préfet de Seine-et-Marne ait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences que comporte la mesure d'éloignement en litige sur la situation personnelle et familiale de la requérante.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Il résulte de ce qui a été dit ci-dessus que la décision de refus de titre de séjour n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, Mme B ne saurait se prévaloir, par voie d'exception, de l'illégalité de cette décision pour demander l'annulation de la décision fixant le pays à destination duquel elle susceptible d'être éloignée.

9. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Copie en sera transmise au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Timothée Gallaud, président,

Mme Félicie Bouchet, première conseillère,

M. Dominique Binet, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le rapporteur,

D. Binet

Le président,

T. GallaudLa greffière,

L. Potin

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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