lundi 28 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305475 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LE BRUSQ STEPHANE |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 472142 du 12 mai 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Melun la requête de M. A.
Par une requête enregistrée le 7 décembre 2022, M. B A, représenté par Me Lebrusq, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 3 octobre 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au bénéfice de sa fille D A ;
2°) d'enjoindre au préfet des Yvelines de lui délivrer les documents sollicités dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 septembre 2024, le préfet des Yvelines conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 relatif aux passeports ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Avirvarei, conseillère,
- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A a sollicité, le 4 mars 2022, du préfet des Yvelines la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au bénéfice de sa fille, D A, née le 16 février 2021 à Clamart. Par une décision du 3 octobre 2022, le préfet des Yvelines a rejeté cette demande. Par la présente requête, M. A demande l'annulation de la décision du 3 octobre 2022.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". L'article 310-3 du code civil prévoit que : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état. / () ". Aux termes de l'article 321 du même code : " Sauf lorsqu'elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l'état qu'elle réclame, ou a commencé à jouir de l'état qui lui est contesté. A l'égard de l'enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité. ". L'article 335 de ce code précise : " La filiation établie par la possession d'état constatée par un acte de notoriété peut être contestée par toute personne qui y a intérêt en rapportant la preuve contraire, dans le délai de dix ans à compter de la délivrance de l'acte ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques : " Le passeport électronique est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, si la délivrance d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport est un droit pour tout Français qui en fait la demande, il appartient aux autorités administratives compétentes, qui ne sauraient être considérées comme en situation de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur ou, pour le cas d'un enfant mineur, de ses parents. Seul un doute suffisamment justifié à cet égard peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte nationale d'identité ou de passeport.
4. En outre, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité ou de passeport. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité pour le compte d'un enfant mineur, que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité ou du passeport.
5. Pour prendre la décision attaquée, le préfet des Yvelines s'est fondé sur le contenu de l'entretien de M. A avec la référente fraude du département du Val-de-Marne du 5 septembre 2022 et a estimé que plusieurs éléments étaient de nature à faire apparaître une suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité à l'égard de D A, à savoir les circonstances que M. A a reconnu être le père de quatre autres enfants de deux mères différentes, qu'il ne démontre pas avoir eu de communauté de vie avec Mme C depuis août 2019 et ne compte pas en avoir, qu'il connaît peu la vie privée de cette dernière, qu'il a indiqué que la fille avait deux ans alors qu'elle était âgée d'un an et demi environ, que sa participation effective et régulière à l'entretien et à l'éducation de l'enfant n'est pas avérée, que Mme C est actuellement en situation irrégulière sur le territoire français et que M. A a déposé une demande de titre précoce pour l'enfant le 4 mars 2022 soit dix mois après sa naissance.
6. Si, dans le cadre de la présente instance M. A n'apporte aucune précision sur la relation qu'il soutient entretenir avec Mme C depuis son entrée en France en 2019, ni aucune pièce permettant d'établir qu'il entretient des liens avec l'enfant, les deux factures Auchan d'un montant de 45,37 euros et 9,36 euros n'étant pas suffisantes à cet égard, et qu'il ressort des pièces du dossier qu'ils ne résident pas ensemble et n'ont pas de projet de créer un foyer, il ressort des éléments circonstanciés fournis par l'intéressé lors de son entretien du 5 septembre 2022 sur les conditions de vie de Mme C et sur les modalités de leur relation avant et après la naissance de l'enfant, dont le compte-rendu a été produit par le préfet des Yvelines en défense, qu'il entretient bien une liaison avec celle-ci depuis son arrivée en France en 2019, même s'ils ne résident pas ensemble et ne forment pas un couple. Par ailleurs, il ressort également de ce compte rendu d'entretien que si la relation de M. A avec l'enfant est distante et s'il a admis qu'il était possible qu'il n'en soit pas le père biologique, l'intéressé n'a pas non plus exclu sa paternité. Enfin, il ressort de l'acte de naissance de l'enfant que c'est M. A qui a déclaré sa naissance intervenue le 16 février 2021 et l'a reconnue quelques jours après soit plus précisément le 22 février 2021. M. A soutient également qu'il a rendu visite à la mère à la maternité, affirmation dont la réalité n'est pas remise en cause par le préfet des Yvelines.
7. Au regard de ces circonstances, il n'est pas exclu que la reconnaissance de paternité par M. A réponde à une véritable intention de filiation, et notamment le préfet des Yvelines n'établit pas qu'elle a été souscrite dans le but de faciliter l'obtention de la nationalité française ou d'un titre de séjour.
8. La circonstance que M. A ait eu quatre autres enfants de deux femmes différentes qu'il a reconnus en 2014, que la demande de titre a été déposée de façon précoce ou que la mère de l'enfant soit une ressortissante étrangère est insuffisante pour établir une fraude.
9. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet des Yvelines a commis une erreur d'appréciation en retenant l'existence d'une reconnaissance de paternité frauduleuse. Ainsi, et sans qu'il soit besoin de se prononcer expressément sur l'autre moyen de la requête, il y a lieu d'annuler la décision du 3 octobre 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté sa demande tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au bénéfice de sa fille D A.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. L'exécution du présent jugement implique que le préfet des Yvelines délivre la carte nationale d'identité et le passeport à Mme D A, fille de M. A. Il y a dès lors lieu d'enjoindre au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de procéder à cette délivrance, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à M. A de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 3 octobre 2022 par laquelle le préfet des Yvelines a rejeté la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au bénéfice de sa fille, D A, est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au préfet des Yvelines, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de délivrer la carte nationale d'identité et le passeport à Mme D A, fille de M. A, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet des Yvelines.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 octobre 2024.
La rapporteure,
A. Avirvarei
Le président,
X. PottierLa greffière,
A. Starzynski
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026