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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305476

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305476

jeudi 22 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2023 sous le n° 2305476, Mme A C, demeurant 11 rue de la Croix Saint-Jean à Lescherolles (77320), représentée par

Me Stephan, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de l'arrêté en date du 26 avril 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne :

- lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour " étudiant " ;

- l'a obligée à quitter le territoire français ;

- a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, avec autorisation de travail, dans l'attente de la décision au fond, dans un délai de 15 jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

4°) de mettre à la charge du préfet de Seine-et-Marne la somme de 800 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Mme C soutient que :

* l'urgence est présumée dans la mesure où elle résidait régulièrement en France depuis le 23 aout 2021 ; en tout état de cause, l'urgence est également caractérisée par le fait que le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire l'empêchent de poursuivre sa scolarité ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre dès lors que :

- elle est entachée d'un défaut de motivation en violation de l'article 3 de la loi du 11 juillet 1979 ;

- de plus, elle est entachée d'erreur de fait dès lors que le préfet a considéré que la rupture de son contrat d'apprentissage avait mis fin à son inscription en BTS ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de l'obligation de quitter le territoire français dès lors que :

- de plus, elle est entachée d'erreur de fait dès lors que le préfet a considéré que la rupture de son contrat d'apprentissage avait mis fin à son inscription en BTS ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses

- elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision fixant le pays de renvoi dès lors qu'elle est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de titre et de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête en faisant valoir que :

- la présomption d'urgence en cas de non-renouvellement n'est pas irréfragable et elle n'est au cas d'espèce pas remplie puisque la requérante ne remplit pas les conditions prévues aux articles L. 422-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour " étudiant " ; quant à l'obligation de quitter le territoire français, elle ne peut être exécutée compte tenu de l'existence d'une requête au fond ;

- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté contesté qui est suffisamment motivé en droit comme en fait, n'est pas entaché d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante, ne comporte aucune erreur de fait ni aucune erreur manifeste d'appréciation dans la mesure où Mme C n'a pas justifié du caractère réel et sérieux de ses études ; enfin, l'arrêté ne viole pas les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Vu :

- l'arrêté litigieux du préfet de Seine-et-Marne en date du 26 avril 2023 ;

- la requête à fin d'annulation enregistrée sous le n° 2305257 le 26 mai 2023 ;

- la pièce complémentaire, enregistrée le 15 juin 2023, présentée pour Mme C ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et le décret n° 91-1266 du

19 décembre 1991 portant application de cette loi ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 22 juin 2023 en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, ont été entendus :

- M. Freydefont a lu son rapport ;

- les observations Me Stephan, représentant Mme C, requérante absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, qu'elle a bénéficié d'un visa long séjour valant titre de séjour étudiant au titre de l'année 2021-2022 pour une première année de médecine ; si elle n'a pas validé cette première année, elle s'est inscrite au titre de l'année 2023 en première année de brevet de technicien supérieur (BTS) commerce international ; le préfet a refusé sa demande de renouvellement de titre au motif, d'une part, de l'absence de caractère réel et sérieux de ses études et, d'autre part, de l'absence de nouveau contrat d'apprentissage ; l'urgence est présumée en cas de refus de renouvellement de titre ; de plus, il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision querellée qui est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation car il a considéré que, du fait qu'elle n'avait plus de contrat d'apprentissage, elle ne poursuivait pas ses études ; or, elle est inscrite en BTS ; pour la même raison, la décision est entachée d'erreur de fait car il n'y a pas de rupture de scolarité ; enfin, elle est entachée d'erreur d'appréciation quant au caractère réel et sérieux de ses études puisque son année est actuellement en cours de validation et qu'elle est même première de sa promotion.

Le préfet de Seine-et-Marne, défendeur, n'est ni présent, ni représenté.

L'instruction a été close à l'issue de l'audience à 11 heures 05.

Considérant ce qui suit :

1. Il résulte de l'instruction que, par arrêté du 26 avril 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé à Mme A C, ressortissante gabonaise née le 10 décembre 2003 à Libreville, la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " étudiant ", l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de l'arrêté et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme C demande, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution des décisions contenues dans cet arrêté préfectoral.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ". Aux termes de l'article 62 du décret n°91-1266 du 19 décembre 1991 pris pour l'application de ces dispositions : " L'admission provisoire est demandée sans forme au président du bureau ou de la section ou au président de la juridiction saisie () / L'admission provisoire peut être prononcée d'office si l'intéressé a formé une demande d'aide juridictionnelle sur laquelle il n'a pas encore été définitivement statué. " Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'admettre Mme C au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire, compte tenu du caractère non fondé de sa requête, ainsi qu'il sera démontré ci-dessous.

Sur les conclusions à fin de suspension présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. " ; aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. " ; enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

En ce qui la décision de refus de titre de séjour :

S'agissant de l'urgence :

4. D'une part, il résulte des dispositions précitées des articles L. 521-1 et R. 522-1 du code de justice administrative que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.

5. D'autre part, la condition d'urgence de l'article L. 521-1 précité du code de justice administrative sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci mais, dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision.

6. Le refus de régularisation opposé à la requérante par l'arrêté contesté concerne non une première demande de titre de séjour mais une demande de renouvellement de son titre de séjour portant la mention " étudiant " ; par suite, en application de ce qui a été développé au point précédent, l'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est présumée.

S'agissant du doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée de refus de titre :

7. Pour démontrer l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de titre, Mme C soutient qu'elle est entachée d'un défaut de motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, d'erreur de fait dès lors que le préfet a considéré que la rupture de son contrat d'apprentissage avait mis fin à son inscription en BTS, d'erreur manifeste d'appréciation du caractère réel et sérieux de ses études puisqu'elle valide son année en cours et est même première de sa promotion, et enfin que la décision litigieuse viole l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. Toutefois, en l'état de l'instruction, aucun de ces moyens n'est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision de refus de renouvellement du titre de séjour " étudiant " de Mme B qui est suffisamment motivée en droit comme en fait en

8 considérants sur deux pages. De plus, il résulte des termes de l'arrêté attaqué que le préfet a refusé la demande de renouvellement de titre de séjour " étudiant " de la requérante au motif de l'absence de caractère réel et sérieux de ses études, ce qui est fondé compte tenu de l'interruption de son cursus médical en fin de première année non validée ; si le droit à redoublement est admis par la jurisprudence, c'est dans le cadre d'un cursus unique et non dans le cadre d'un changement total d'orientation comme c'est le cas en l'espèce, la requérante étant passée d'une première année de médecine en 2021-2022 à une première année de BTS commerce international en 2022-2023, sans aucun rapport entre les deux ; par suite, c'est sans erreur d'appréciation que le préfet a pu constater l'absence de caractère réel et sérieux des études de Mme B. Pour les mêmes raisons, la décision n'est pas davantage entachée d'un défaut d'examen de la situation de la requérante ni d'erreur de fait. Enfin, si le moyen tiré d'une violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant pour contester le refus de renouveler un titre de séjour en qualité d'étudiant, qui résulte seulement d'une appréciation de la réalité et du sérieux des études poursuivies, c'est à la condition que le préfet n'ait pas lui-même opposé au demandeur l'absence d'atteinte à cet article 8, ce qui est le cas en l'espèce ; toutefois, même si le moyen redevient opérant, il n'en est pas plus fondé pour autant compte tenu de l'absence d'attaches familiales de la requérante en France.

9. Il résulte de ce qui précède que, quand bien même la condition d'urgence est présumée ainsi qu'il a été dit au point 6, les conclusions à fin de suspension de la décision de refus doivent être rejetées pour absence de doute sérieux quant à sa légalité.

En ce qui l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination :

10. Aux termes de l'article L. 722-7 du code cde l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur depuis le 1er mai 2021 : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. " Il résulte de ces dispositions que la mesure d'éloignement prise à l'encontre de Mme C ne peut faire l'objet d'une exécution d'office avant que le tribunal administratif n'ait statué sur sa requête à fin d'annulation enregistrée sous le n° 2305257. Par suite, l'urgence qu'il y aurait à suspendre l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ayant assorti le refus de titre de séjour opposé à Mme C n'est pas établie. Il en résulte que, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de cette mesure d'éloignement, il convient de rejeter les conclusions à fin de suspension de son exécution. Il en est de même, par voie de conséquence, de la décision fixant le pas de destination.

11. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin de suspension des décisions contenues dans l'arrêté préfectoral litigieux du 26 avril 2023 doivent être rejetées ; par voie de conséquence, il convient également de rejeter les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Me Stephan et au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer.

Copie dématérialisée en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 22 juin 2023.

La juge des référés,

Signé : C. FreydefontLa greffière,

Signé : S. Aubret

La République mande et ordonne au ministre de l'Intérieur et des Outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305476

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