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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305653

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305653

lundi 17 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305653
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantROQUES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2023, Madame D B, représentée par Me Roques, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté en date du 7 février 2023 par laquelle le préfet de Seine-et-Marne a refusé de renouveler son titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français et a fixé la Côte d'Ivoire comme pays de destination de la reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de Seine et Marne de réexaminer sa demande de titre de séjour été de prendre une nouvelle décision dans un délai de quinze jours et, dans l'attente, de lui délivrer un récépissé l'autorisant à travailler ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat (préfet de Seine-et-Marne) une somme de 1.500 euros, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle indique que, de nationalité ivoirienne, elle est entrée en France le 10 mars 2018 pour y solliciter l'asile, que sa demande a été rejetée par la Cour nationale du droit d'asile le

19 septembre 2019, qu'elle a été diagnostiquée en novembre 2019 du VIH, qu'elle s'est vue prescrire une trithérapie, qu'elle a sollicité un titre de séjour en qualité de malade qui lui a été attribué le

5 janvier 2022 pour un an, qu'elle a ainsi pu travailler et a été engagée en contrat à durée indéterminée comme auxiliaire de vie, qu'elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour mais que, par une décision du 7 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande.

Elle soutient que la condition d'urgence est satisfaite car est en cause une décision de refus de renouvellement d'une titre de séjour, et, sur le doute sérieux, que la décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'un défaut de motivation tant en fait qu'en droit, car elle ne mentionne pas son intégration professionnelle, que l'avis du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas été produit, et qu'elle méconnait les dispositions des articles L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droit de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 13 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.

Vu

- la décision contestée,

- les autres pièces du dossier.

Vu

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.

Par une requête enregistrée le 9 mars 2023 sous le numéro 2302324, Madame B a demandé l'annulation de la décision contestée du préfet de Seine-et-Marne.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 30 juin 2023, tenue en présence de Madame Vantieghem, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de

Me Matiatou, représentant Madame B, requérante, présente, qui rappelle qu'est en cause un défaut de renouvellement d'un titre de séjour et qui indique qu'elle travaille en contrat à durée indéterminée comme auxiliaire de vie depuis janvier 2023, que son traitement contre le VIH n'est pas disponible en Côte d'Ivoire, qu'elle ne pourra pas bénéficier d'un suivi médical dans son pays d'origine et qu'elle travaille dans un secteur en tension

Le préfet de Seine-et-Marne, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1 Madame D B, ressortissante ivoirienne née le 5 mars 1995 à Bangolo (Région du Guémon), entrée en France le 10 mai 2018 pour y solliciter l'asile a vu sa demande rejetée le 19 septembre 2019 par la Cour nationale du droit d'asile. En novembre 2019, elle a été diagnostiquée atteinte du virus du VIH. Le préfet de Seine-et-Marne lui a alors délivré, le

5 janvier 2022, pour un an, un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité de malade. Elle en a sollicité le renouvellement et, par une décision du 7 février 2023, le préfet de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande et lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Par une requête enregistrée le 9 mars 2023, Madame B a demandé au présent tribunal l'annulation de cette décision et sollicite du juge des référés, par sa requête enregistrée le 6juin 2023, la suspension de son exécution.

2 Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : "Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision".

3 En premier lieu, par un arrêté n° 22/BC/107 du 2 janvier 2023, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Seine-et-Marne du même jour, le préfet de Seine-et-Marne a donné délégation à Madame C A, cheffe du bureau de l'accueil et du séjour des étrangers à la direction de l'immigration et de l'intégration, à l'effet de signer les décisions au nombre desquelles figurent celles mentionnées dans la décision en litige. Le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte attaqué n'est donc pas de nature à créer un doute sérieux sur sa légalité.

4 En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : () 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; () 7° Refusent une autorisation, sauf lorsque la communication des motifs pourrait être de nature à porter atteinte à l'un des secrets ou intérêts protégés par les dispositions du a au f du 2° de l'article L. 311-5 ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

5 En l'espèce, la décision en litige est motivée par le fait que le collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, avait estimé, dans son avis, du 23 janvier 2023, que si l'état de santé de l'intéressée nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une extrême gravité, elle pouvait effectivement bénéficier d'un traitement dans son pays d'origine et qu'elle pouvait voyager. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision du 7 février 2023 n'est pas de nature, en l'état de l'instruction, à créer un doute sérieux quant à sa légalité, la circonstance qu'elle n'aurait pas mentionné son intégration professionnelle alléguée étant sans incidence, l'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressée, laquelle au demeurant n'établit pas avoir le renouvellement de son titre de séjour sur le un autre fondement que celui de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mais seulement ceux sur lesquels elle fonde sa décision.

6 En troisième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable.

La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. Sous réserve de l'accord de l'étranger et dans le respect des règles de déontologie médicale, les médecins de l'office peuvent demander aux professionnels de santé qui en disposent les informations médicales nécessaires à l'accomplissement de cette mission. Les médecins de l'office accomplissent cette mission dans le respect des orientations générales fixées par le ministre chargé de la santé. Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. 5 () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ".

7 Ces dispositions ont institué une procédure particulière aux termes de laquelle le préfet statue sur la demande de titre de séjour présentée par l'étranger malade au vu de l'avis rendu par trois médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, au vu d'un rapport médical relatif à l'état de santé du demandeur établi par un autre médecin de l'Office, lequel peut le convoquer pour l'examiner et faire procéder aux examens estimés nécessaires. Cet avis commun, rendu par trois médecins et non plus un seul, au vu du rapport établi par un quatrième médecin, le cas échéant après examen du demandeur, constitue une garantie pour celui-ci. Les médecins signataires de l'avis ne sont pas tenus, pour répondre aux questions posées, de procéder à des échanges entre eux, l'avis résultant de la réponse apportée par chacun à des questions auxquelles la réponse ne peut être qu'affirmative ou négative. Par suite, la circonstance que, dans certains cas, ces réponses n'aient pas fait l'objet de tels échanges, oraux ou écrits, est sans incidence sur la légalité de la décision prise par le préfet au vu de cet avis.

8 En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que l'avis du 23 janvier 2023 du collège des médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a été rendu en l'absence du médecin-rapporteur. Par suite, le moyen tiré de l'irrégularité de cet avis comme d'ailleurs de son inexistence, ne pourra être écarté comme manquant en fait et n'est donc pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du 7 février 2023.

9 En quatrième lieu, si la requérante soutient que le traitement dont elle besoin n'est pas disponible dans son pays d'origine, au contraire de ce qui a été retenu par l'avis du 23 janvier 2023 cité au point précédent, elle n'établit pas pour autant qu'un autre traitement de même efficacité pourrait lui être administré en Côte d'Ivoire, pays qui dispose d'un efficace et gratuit, alimenté par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme.

10 En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ", et de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1.". Pour l'application de ces stipulations et dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tous éléments permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11 En l'espèce, la requérante fait valoir son intégration professionnelle depuis 2020 d'abord comme coiffeuse puis comme auxiliaire de vie auprès de la société " Vitalliance " de Courbevoie (Hauts-de-Seine). Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le dernier contrat de travail de l'intéressée, par ailleurs célibataire et sans enfants, comme d'ailleurs le précédent, n'est qu'à temps partiel et n'est ainsi pas de nature à lui assurer un niveau de vie suffisant. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations et dispositions rappelées au point précédent n'est pas de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision du

7 février 2023 refusant de renouveler le titre de séjour de Madame B.

12 En dernier lieu, aux termes de l'article L. 722-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'éloignement effectif de l'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut intervenir avant l'expiration du délai ouvert pour contester, devant le tribunal administratif, cette décision et la décision fixant le pays de renvoi qui l'accompagne, ni avant que ce même tribunal n'ait statué sur ces décisions s'il a été saisi. () ".

13 Il est constant que Madame B a contesté le 9 mars 2023 devant le présent tribunal la légalité de l'arrêté du 7 février 2023, y compris en ce qu'il lui fait obligation de quitter le territoire français, dont les effets se trouvent suspendus du fait de ce recours. Par suite, les conclusions tendant à leur suspension sur le fondement de l'article L.521-1 du code de justice administrative ne pourront qu'être écartées comme étant sans objet.

14 Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de Madame B ne pourra qu'être rejetée, aucun des moyens soulevés n'étant de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée du 7 février 2023, sans qu'il soit besoin de statuer sur l'urgence.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de Madame B est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à Madame D B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie sera communiquée au préfet de Seine-et-Marne.

Le juge des référés,

Signé : M. Aymard

La greffière,

Signé : G. Vanthiegem

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2305653

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