mardi 27 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305707 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | FALALA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2023 sous le n° 2305707, MM. Gérard, Jean et C B, demeurant respectivement 7 rue des Wallons à Paris (75013), 17 rue de Cerçau à Brunoy (91800), 21 rue Lavoisier au Mans (72000), Mme A B, demeurant 307 boulevard de la Vanne à Cachan (94230) et la société par actions simplifiée (SAS) Heir Development, dont le siège social est 15, rue de la Faisanderie à Paris (75116), tous représentés par Me Falala, demandent au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision du 7 mars 2023, signifiée le 9 mars 2023, par laquelle le directeur général de l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) a, en sa qualité de délégataire de l'État (représenté par la préfète du Val-de-Marne), préempté pour le compte de l'État le bien immobilier sis 10-12 avenue Gallieni à Saint-Maur-des-Fossés (94100) et cadastré section J n° 45 ;
2°) de mettre à la charge de l'EPFIF la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
MM. et Mme B et la SAS Heir Development soutiennent que :
* la condition d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative est satisfaite dès lors que :
- en matière de décision de préemption, l'urgence est présumée pour l'acquéreur évincé, en l'espèce la société Heir Development ; de plus, l'EPFIF ne peut justifier d'aucune façon la nécessité de réaliser rapidement le projet objet de la décision de préemption litigieuse ;
- l'urgence est avérée pour les consorts B, propriétaires du bien objet de la décision de préemption litigieuse, qui n'ont pas renoncé à céder leur bien ;
* il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée dès lors que :
- elle est entachée d'incompétence de son auteur dès lors que, d'une part, il n'a pas été possible de retrouver trace de la publication de l'arrêté de délégation n° 2023/00820 par lequel la préfète du Val-de-Marne a délégué à l'EPFIF le droit de préemption et que, d'autre part, à supposer que cette publication soit intervenue avant le 7 mars 2023, et donc que l'EPFIF ait compétence à cette date pour prendre sa décision, il lui appartiendra d'établir la compétence de son directeur général ; en effet, au sein de l'EPFIF, le pouvoir de préemption appartient au conseil d'administration en vertu de l'article 11 du décret n° 2006-1140 du 13 septembre 2006 portant création de l'établissement ;
- la décision querellée est entachée d'un vice de procédure tiré de l'absence de saisine, dès réception de la déclaration d'intention d'aliéner, du directeur départemental des finances publiques en violation des articles L. 213-2 et R. 213-6 du code de l'urbanisme, et donc de l'absence d'avis du service des domaines ;
- la décision attaquée est tardive compte tenu de la renonciation préalable de l'État à préempter en application de l'article L. 213-2 alinéa 4 du code de l'urbanisme intervenue le 28 février 2023 et de l'impossibilité pour l'EPFIF de retirer cette décision ;
- la décision contestée est entachée d'un détournement de pouvoir compte tenu de l'offre anormalement basse de l'EPFIF.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés le 21 juin 2023, l'EPFIF, pris en la personne de son directeur général en exercice et représenté par Me Salaün, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative en faisant valoir que :
- s'il existe une présomption d'urgence pour l'acquéreur évincé, présomption qui n'est d'ailleurs pas irréfragable, les vendeurs ne bénéficient d'aucune présomption d'urgence ; or, MM. et Mme B n'exposent en réalité aucun argument tenant à leur situation et au préjudice qui résulterait pour eux de l'exécution de la décision de préemption du 7 mars 2023 ; au contraire, l'EPFIF justifie pour sa part de circonstances particulières tenant à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption, à savoir l'acquisition de l'ensemble immobilier sis 10-12 avenue Gallieni à Saint-Maur-des-Fossés afin d'y réaliser un programme de logement et d'y créer des logements sociaux conformément aux obligations légales pesant sur la commune ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision litigieuse puisque le moyen tiré de l'incompétence de son signataire sera écarté en toutes ses branches, qu'il s'agisse de la délégation de l'État à l'EPFIF ou de la compétence du directeur général de l'EPFIF ; le vice de procédure sera écarté comme manquant en fait compte tenu de l'obtention de l'avis des domaines préalablement à la décision de préemption du 7 mars 2023 ; le prétendu caractère tardif de la décision de préemption sera écarté comme infondé et comme manquant en fait ; enfin, aucun détournement de pouvoir ne saurait être retenu en l'espèce.
Par un mémoire en réplique enregistré le 22 juin 2023, les requérants concluent aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que si l'urgence n'est pas présumée pour MM. et Mme B, elle l'est en revanche pour la société Heir Development, acquéreur évincé ; de plus, l'EPFIF ne sera pas à même de réaliser rapidement les 10 logements sociaux projetés puisqu'il est en litige devant le tribunal judiciaire avec les propriétaires à propos de la fixation du prix ; il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision querellée compte tenu de l'existence d'une renonciation certaine de la préfète du Val-de-Marne, faute de décision de préemption prise au plus tard le 28 janvier 2023 ; en effet, deux des quatre courriers adressés aux propriétaires et au mandataire désigné dans la décision d'intention d'aliéner ont été notifiés après le 28 janvier 2023 et il en est de même de la demande de visite adressée au mandataire qui ne l'a reçue que le 30 janvier 2023.
Vu :
- la décision litigieuse de l'EPFIF n° 2300062 du 7 mars 2023 ;
- la requête à fin d'annulation de cet arrêté enregistrée sous le n° 2304630 ;
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la construction et de l'habitation ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné M. Freydefont, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 22 juin 2023 en présence de Mme Keli, greffière d'audience, M. Freydefont a lu son rapport et entendu :
* les observations de Me Falala, représentant MM. et Mme B et la SAS Heir Development, requérants absents, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens en soutenant, de plus, que :
- certes, l'urgence n'est pas présumée pour MM. et Mme B, propriétaires du bien, qui doivent donc la démontrer, mais ce n'est pas nécessaire car l'urgence est présumée pour la société Heir Development, l'acquéreur évincé ; il s'agit d'une présomption simple qui peut être renversée notamment s'il y a un intérêt à la réalisation rapide du projet objet de la préemption, ce qui n'est pas le cas en l'espèce puisque la situation est bloquée à cause d'un contentieux sur le prix pendant devant la juridiction judiciaire et qui prendra au minimum deux ans avant d'être jugé ;
- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée ; eu égard aux pièces fournies par la défense en cours d'instruction, les moyens tirés de l'incompétence du signataire de la décision attaquée et du vice de procédure en l'absence d'avis de la direction des domaines sont abandonnés ; en revanche, les deux autres moyens sont maintenus ; il en est ainsi, d'une part, du moyen tiré de la tardiveté de la décision de préemption comme le démontrent les documents produits en défense ; en effet, la déclaration d'intention d'aliéner (DIA) a été reçue le 28 novembre 2022 ; la renonciation préfectorale à préempter intervenait donc deux mois plus tard, soit le 28 janvier 2023, mais ce délai pouvait être suspendu par l'envoi d'une demande de visite ou d'une demande de pièces complémentaires ; or, la demande de pièces complémentaires n'a été reçue par l'un des propriétaires, M. C B, que le 30 janvier 2023, donc hors délai et elle n'avait donc pas d'effet suspensif ; quant à la demande de visite, adressée au mandataire, elle n'a été réceptionnée par ce dernier que le 30 janvier 2023, donc également hors délai ; c'est en vain que l'EPFIF se prévaut d'un document de la Poste indiquant le 28 janvier 2023 qu' " une seconde présentation est programmée ", et que donc, selon le défendeur, une première présentation a nécessairement eu lieu auparavant ; en effet, l'accusé de réception dont les mentions font foi n'indique aucune première présentation ; d'autre part, la décision querellée est également entachée d'un détournement de pouvoir tiré de l'écart entre le prix de cession indiqué dans la DIA, soit 4 080 000 euros, et le prix que propose l'EPFIF à 2 927 000 euros, soit une différence de près de 30% ; si c'est le juge judiciaire de l'expropriation et non le juge administratif qui est juge de la valeur du bien, cela n'interdit pas au juge administratif de censurer une préemption pour détournement de pouvoir ; le détournement de pouvoir peut en effet être révélé par une offre anormalement basse, comme l'a récemment jugé le tribunal administratif de Montreuil pour une offre inférieure de 25% au prix mentionné dans la DIA ; or, au cas présent, la différence est de près de 30% ; si le prix est normalement déterminé par l'évaluation domaniale, celle-ci n'est pas communiquée en défense, l'EPFIF se contentant juste de produire l'avis des domaines mais en noircissant l'évaluation domaniale pour masquer sans doute l'écart entre son offre et cette évaluation ;
* les observations de Me Montagne, substituant Me Salaün, représentant l'EPFIF, défendeur, qui reprend les conclusions de son mémoire en défense par les mêmes moyens en faisant valoir, en outre, que :
- la présomption d'urgence dont bénéficie l'acquéreur évincé ne peut être renversée qu'en cas de circonstances exceptionnelles tirées de l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet objet de la décision de préemption, ce qui est bien le cas en l'espèce puisque la commune de Saint-Maur-des-Fossés est extrêmement carencée en logements sociaux et a d'ailleurs fait l'objet d'un arrêté de carence de la préfète du 30 décembre 2020 qui a majoré de 300% le prélèvement sur les ressources fiscales prévu par l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, lequel représente 25% du potentiel fiscal par habitant ;
- il n'existe aucun doute sérieux quant à la légalité de la décision querellée dès lors que, d'une part, le moyen tiré de la tardiveté de la décision de préemption est infondé puisque la demande de visite n'a été réceptionnée par le mandataire que le 30 janvier 2023 après seconde présentation programmée le 28 ; or, la jurisprudence précise bien que c'est la date de la première présentation qui compte, et celle-ci n'a pu intervenir au plus tard que le 28 janvier, date à laquelle a été programmée une seconde présentation ; donc, cette demande de visite a suspendu le délai de deux mois à partir duquel l'autorité administrative, ici la préfète, est réputée avoir renoncé à l'exercice de son droit de préemption ; d'autre part, le moyen tiré d'un prétendu détournement de pouvoir pour cause d'offre anormalement basse sera écarté comme infondé ; en effet, ce que demandent par un tel moyen les requérants au juge administratif c'est de se prononcer sur la valeur du bien, qui ne relève que de l'office du juge de l'expropriation et non du juge administratif ; de plus, la transmission de l'avis des domaines ne se fait normalement que lorsque la transaction a été conclue, ce qui n'est pas le cas en l'espèce ; si l'EPFIF a effectivement produit l'avis du service des domaines, c'était pour répondre au moyen tiré du vice de procédure, qui a d'ailleurs été abandonné par les requérants ; mais l'évaluation proprement dite n'a pas à être communiquée à un juge qui n'est pas compétent pour en juger ; de plus, l'EPFIF ne fait aucun bénéfice sur ses achats de biens immobiliers qu'il revend pour des opérations d'intérêt général ; il n'use donc pas de ses pouvoirs dans un but autre que celui pour lequel ils lui ont été conférés, ce qui est la définition même du détournement de pouvoir.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience à 15 heures.
Considérant ce qui suit :
1. Il résulte de l'instruction que par décision n° 2300062 du 7 mars 2023, l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF) a décidé de préempter pour le compte de l'État le bien immobilier sis 10-12 avenue Gallieni à Saint-Maur des Fossés (94100) et cadastré section J n° 45 dans le but de réaliser une opération de logements composée d'un minimum de 50% de logements locatifs sociaux. Par la requête susvisée, MM. Gérard, Jean et C B et Mme A B, en leur qualité de propriétaires du bien objet de la décision de préemption litigieuse, et la société par actions simplifiée (SAS) Heir Development, en sa qualité d'acquéreur évincé, demandent, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision de l'EPFIF.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
2. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision " ; aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () " ; aux termes de l'article R. 522-1 de ce code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit contenir l'exposé au moins sommaire des faits et moyens et justifier de l'urgence de l'affaire ".
En ce qui concerne l'urgence :
3. D'une part, il résulte des dispositions précitées que la condition d'urgence à laquelle est subordonné le prononcé d'une mesure de suspension doit être regardée comme remplie lorsque la décision contestée préjudicie de manière suffisamment grave et immédiate à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit s'apprécier objectivement et globalement. Enfin, la condition d'urgence s'apprécie à la date de la présente ordonnance.
4. D'autre part, eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement au cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise ; il doit notamment apprécier, en cas de blocage empêchant la réalisation rapide du projet d'intérêt général, au vu des prix proposés de part et d'autre, qui en est à l'origine.
5. Ainsi, s'agissant de la SAS Heir Development, acquéreur évincé, l'urgence est présumée mais cette présomption, qui n'est pas irréfragable, peut être renversée s'il existe un intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. L'EPFIF en défense argue de ce que cet intérêt est avéré en l'espèce puisque la commune de Saint-Maur-des-Fossés est extrêmement carencée en logements sociaux, son taux de logement sociaux étant inférieur à 10% pour un taux minimal fixé par la loi à 25% ; l'État avait d'ailleurs fixé à la commune de Saint-Maur-des-Fossés, pour la période triennale 2017-2019, la réalisation d'au minimum 1 956 logements locatifs sociaux, mais à peine 544 logements ont effectivement été construits, soit moins de 28% de l'objectif triennal fixé ; c'est la raison pour laquelle la commune a fait l'objet d'un arrêté de carence de la préfète du Val-de-Marne en date du 30 décembre 2020 qui a majoré de 300% le prélèvement sur les ressources fiscales prévu par l'article L. 302-7 du code de la construction et de l'habitation, lequel représente 25% du potentiel fiscal par habitant. Par suite, l'EPFIF en déduit que, par cet argumentaire, elle démontre bien l'intérêt qu'il y a à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption et que la présomption d'urgence de l'article L. 521-1 du code de justice administrative dont bénéficie la société Heir Development est ainsi renversée.
6. Toutefois, il est constant que l'EPFIF et MM. et Mme B, propriétaires du bien objet de la préemption, n'ont pu se mettre d'accord sur un prix de vente, les propriétaires s'en tenant au prix mentionné dans la décision d'intention d'aliéner fixé à 4 080 000 euros alors que l'EPFIF a plafonné son offre à 2 927 000 euros, de 28% inférieure au prix demandé par MM. et Mme B. De sorte que le litige a été porté devant le juge judiciaire de l'expropriation chargé de fixer le prix judiciairement, ce qui prendra au minimum deux ans. Ainsi, les requérants font valoir que l'EPFIF ne sera pas à même de réaliser rapidement les 10 logements sociaux projetés compte tenu de ce litige, et que la présomption d'urgence dont bénéficie l'acquéreur évincé n'est donc pas renversée.
7. Ainsi qu'il a été dit au point 4, le juge des référés doit, lorsqu'il existe un intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet objet de la décision de préemption, notamment apprécier, en cas de blocage empêchant cette réalisation rapide, au vu des prix proposés de part et d'autre, qui en est à l'origine. Au cas d'espèce, il résulte de ce qui a été développé au point 5 qu'il existe bien un intérêt général s'attachant à la réalisation de logements sociaux sur la commune de Saint-Maur-des-Fossés, extrêmement carencée en la matière et objet d'un arrêté préfectoral pénalisant fortement ses finances locales ; en revanche, il résulte de ce qui a été développé au point 6 que cette réalisation ne pourra avoir lieu rapidement compte tenu du litige sur le prix opposant les requérants à l'EPFIF et pendant devant le juge de l'expropriation. Il appartient donc au juge des référés de déterminer laquelle des parties en est à l'origine.
8. Or, à défaut pour l'EPFIF de démontrer que son offre n'est pas anormalement basse, faute notamment pour elle de produire devant le juge des référés l'évaluation domaniale du bien en cause et qui figure sur l'avis du service des domaines qu'elle a en sa possession, ou de tout élément pertinent permettant au juge des référés de se forger une opinion sur le prix, sans pour autant empiéter sur la compétence du juge de l'expropriation, l'établissement public ne démontre pas que son offre n'était pas anormalement basse ou que celle des propriétaires était anormalement élevée pour le bien considéré. Il s'en déduit que la situation de blocage empêchant la réalisation rapide du projet lui incombe, de telle sorte que la présomption d'urgence dont bénéficie l'acquéreur évincé n'est pas renversée en défense par l'EPFIF.
9. L'urgence à suspendre étant donc présumée pour la société Heir Development, il n'y a pas lieu pour les propriétaires de démontrer cette même urgence.
En ce qui concerne le doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée :
10. Il résulte de l'instruction que, pour démontrer le doute sérieux quant à la légalité de la décision de préemption litigieuse, les requérants soulèvent, d'une part, la tardiveté de la décision compte tenu de la renonciation préalable de l'État à préempter en application de l'article L. 213-2 alinéa 4 du code de l'urbanisme intervenue le 28 février 2023 et, d'autre part, le détournement de pouvoir révélé par l'offre anormalement basse de l'EPFIF d'un montant de 2 927 000 euros inférieure de 28% au prix figurant sur la déclaration d'intention d'aliéner fixé à 4 080 000.
11. Or, en ce qui concerne le premier moyen, il résulte de l'instruction que la déclaration d'intention d'aliéner (DIA) a été reçue le 28 novembre 2022 ; la renonciation préfectorale à préempter intervenait donc deux mois plus tard, soit le 28 janvier 2023, mais ce délai pouvait être suspendu par l'envoi soit d'une demande de visite, soit d'une demande de pièces complémentaires ; or, la demande de pièces complémentaires n'a été reçue par l'un des propriétaires, M. C B, que le 30 janvier 2023, donc hors délai et elle n'avait donc pas d'effet suspensif ; quant à la demande de visite, adressée au mandataire, elle n'a été réceptionnée par ce dernier que le 30 janvier 2023, donc également hors délai. L'EPFIF fait valoir en défense, en se prévalant d'un document de la Poste aux termes duquel une seconde présentation a été programmée le 28 janvier, qu'une première présentation a donc nécessairement eu lieu auparavant et que selon la jurisprudence du Conseil d'État, lorsqu'il y a deux présentations, c'est bien la date de la première qui doit être prise en compte ; ainsi, selon l'EPFIF, la demande de visite a bien été présentée au mandataire avant la date butoir du 28 janvier 2023.
12. Toutefois, il ressort de ce document de la Poste que la mention " seconde présentation " qu'elle indique est erronée, une seconde présentation au sens de la jurisprudence supposant que le pli a été présenté une première fois, est resté en souffrance à la Poste pendant le délai de quinze jours de la réglementation postale avant d'être retourné à l'expéditeur qui adresse un second pli présenté une seconde fois. Or, au cas d'espèce, le pli a été envoyé le 26 janvier, a été présenté au mandataire qui était absent le samedi 28 et a été distribué le lundi 30, sans qu'une seconde présentation au sens de la jurisprudence ait été organisée ; ainsi, c'est bien à la date de distribution, le lundi 30, que le mandataire a reçu la demande de visite, donc hors délai. Il s'ensuit que c'est à bon droit que les requérants soulèvent la tardiveté de la décision compte tenu de la renonciation préalable de l'État à préempter intervenue le 28 février 2023 et non suspendue par les demandes de pièces complémentaires ou de visite réceptionnées hors délai.
13. De plus, en ce qui concerne le détournement de pouvoir, l'EPFIF, qui, ainsi qu'il a été dit au point 8, dispose de l'évaluation domaniale mais n'a pas souhaité la communiquer au juge des référés, ne met pas celui-ci à même de contredire le moyen tiré du détournement de pouvoir, lequel doit donc, en l'absence d'éléments plus précis sur l'évaluation du bien, être accueilli compte tenu de l'écart important entre les prix proposés de part et d'autre qui s'élève à 28%. Ce moyen est bien de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision contestée.
14. Les deux conditions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative étant remplies, il convient donc d'ordonner sur le fondement de ces dispositions la suspension de l'exécution de la décision du 7 mars 2023 par laquelle le directeur général de l'EPFIF a préempté pour le compte de l'État le bien immobilier de MM. et Mme B.
Sur les frais de l'instance :
14. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". D'une part, ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande l'EPFIF au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 761-1 précité du code de justice administrative, de mettre à la charge de l'EPFIF la somme de 1 500 euros à verser aux requérants.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du 7 mars 2023 par laquelle le directeur général de l'EPFIF a préempté pour le compte de l'État le bien immobilier de MM. et Mme B, sis 10-12 avenue Gallieni à Saint-Maur des Fossés (94100) et cadastré section J n° 45, est suspendue.
Article 2 : Il est mis à la charge de l'EPFIF la somme de 1 500 euros à verser aux requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de l'EPFIF tendant au bénéfice de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à MM. Gérard, Jean et C B, à Mme A B, à la société par actions simplifiée (SAS) Heir Development et à l'établissement public foncier d'Ile-de-France (EPFIF).
Copie dématérialisée en sera adressée à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 27 juin 2023.
Le juge des référés,
C. FreydefontLa greffière,
H. Keli
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026