vendredi 29 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305760 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère chambre |
| Avocat requérant | LEANDRI ET ASSOCIES |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 9 juin 2023, le 12 mars 2024, le 31 mai 2024 et le 26 juin 2024, M. A B, représenté par Me Muntlak, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 avril 2023 par laquelle l'inspecteur du travail a autorisé la société Sanofi Chimie à le licencier pour motif disciplinaire ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente, dès lors que le signataire ne justifie pas d'une délégation et que l'enquête contradictoire a été menée par un autre inspecteur du travail ;
- la décision est insuffisamment motivée, dès lors qu'elle ne mentionne pas les raisons pour lesquelles le licenciement ne présente pas de lien avec son mandat et l'ensemble des mandats qu'il a détenus ;
- la décision a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière, dès lors que la demande de licenciement présentée par la société Sanofi Chimie ne mentionne pas le motif du licenciement et l'ensemble des mandats détenus par le salarié ;
- c'est à tort que l'inspecteur du travail a considéré que la matérialité des griefs reprochés au salarié était établie ;
- la demande de licenciement présente un lien avec son mandat.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 septembre 2023, le 29 mai 2024, le 17 juin 2024 et le 8 juillet 2024, la société Sanofi Winthrop Industrie, venant aux droits et obligations de la société Sanofi Chimie et représentée par Me Borten, conclut au rejet de la requête et à que soit mise à la charge du requérant la somme de 5 000 euros au titre de l'article
L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Héloïse Mathon, conseillère,
- les conclusions de Mme Félicie Bouchet, rapporteure publique,
- et les observations de Me Borten, avocat de la société Sanofi Winthrop Industrie.
Considérant ce qui suit :
1. Le 9 février 2023, la société Sanofi Chimie a sollicité auprès de l'administration l'autorisation de licencier pour motif disciplinaire M. A B, salarié protégé. Par une décision du 12 avril 2023, dont M. B demande l'annulation, l'inspecteur du travail a autorisé son licenciement.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En vertu des dispositions du code du travail, le licenciement des salariés légalement investis de fonctions représentatives ou de fonctions de conseiller prud'homme, qui bénéficient d'une protection exceptionnelle dans l'intérêt de l'ensemble des travailleurs qu'ils représentent, ne peut intervenir que sur autorisation de l'inspecteur du travail. Lorsque leur licenciement est envisagé, celui-ci ne doit pas être en rapport avec les fonctions représentatives normalement exercées ou avec leur appartenance syndicale. Dans le cas où la demande de licenciement est motivée par un comportement fautif, il appartient à l'inspecteur du travail saisi et, le cas échéant, au ministre compétent, de rechercher, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, si les faits reprochés au salarié sont d'une gravité suffisante pour justifier le licenciement, compte tenu de l'ensemble des règles applicables au contrat de travail de l'intéressé et des exigences propres à l'exécution normale du mandat dont il est investi. Un agissement du salarié intervenu en-dehors de l'exécution de son contrat de travail ne peut motiver un licenciement pour faute, sauf s'il traduit la méconnaissance par l'intéressé d'une obligation découlant de ce contrat de travail.
En ce qui concerne la légalité externe de la décision attaquée :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 2421-3 du code du travail : " La demande d'autorisation de licenciement est adressée à l'inspecteur du travail dont dépend l'établissement dans lequel le salarié est employé. Si la demande d'autorisation de licenciement repose sur un motif personnel, l'établissement s'entend comme le lieu de travail principal du salarié () " Aux termes de l'article R. 8122-3 du même code : " Sans préjudice des dispositions de l'article R. 8121-15, les inspecteurs () du travail exercent leur mission : / 1° Soit dans une unité de contrôle départementale ou infra-départementale ; () ", et aux termes de l'article R. 8122-4 du même code : " Les unités de contrôle de niveau infra-départemental () rattachées à une unité départementale () sont composées de sections, dans lesquelles un inspecteur () du travail exerce ses compétences. / () ".
4. La demande d'autorisation de licenciement formée le 9 février 2023 par la société Sanofi Chimie portait sur une faute de nature à justifier un licenciement disciplinaire et par conséquent sur un motif inhérent à la personne du salarié. Il ressort des pièces du dossier que le lieu de travail du requérant était le centre de production de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Par suite, en application de la décision du DRIEETS d'Ile-de-France n° 2021-29 du 1er avril 2021, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs spécial de la région Ile-de-France du même jour, la demande de licenciement relevait de la compétence de la section 7 de l'unité de contrôle n° 1 du Val-de-Marne. La décision contestée a été signée par M. D C, inspecteur du travail affecté par intérim à la section 7 de l'unité de contrôle n° 1 du Val-de-Marne en vertu de la décision du DRIEETS d'Ile-de-France n° 2023-045 du 3 avril 2023, régulièrement publiée le 4 avril 2023 au recueil des actes administratifs spécial de la région Ile-de-France. La seule circonstance que l'enquête contradictoire ait été menée par un autre inspecteur du travail est, par elle-même, sans incidence sur la compétence de l'inspecteur qui a pris la décision en litige. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'incompétence.
5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes des articles R. 2421-5 et R. 2421-12 du code du travail : " La décision de l'inspecteur du travail est motivée ". D'autre part, pour opérer les contrôles auxquels elle est tenue de procéder lorsqu'elle statue sur une demande d'autorisation de licenciement, l'autorité administrative doit prendre en compte chacune des fonctions représentatives du salarié. Lorsque l'administration a eu connaissance de chacun des mandats détenus par l'intéressé, la circonstance que la demande d'autorisation de licenciement ou la décision autorisant le licenciement ne fasse pas mention de l'un de ces mandats ne suffit pas, à elle seule, à établir que l'administration n'a pas, comme elle le doit, exercé son contrôle en tenant compte de chacun des mandats détenus par le salarié protégé.
6. La décision du 12 avril 2023 comporte le visa des textes dont il a été fait application et expose les raisons pour lesquelles l'inspecteur du travail a estimé que les faits imputables au salarié étaient établis et constituaient un manquement de nature à justifier un licenciement disciplinaire. Si les visas de la décision mentionnent uniquement le mandat exercé par M. B à la date de la demande d'autorisation de licenciement, il ressort de la lettre que le salarié a adressée le 7 mars 2023 à l'administration et du rapport du 11 avril 2023 adressé à l'inspecteur du travail, que l'administration a eu connaissance des mandats précédemment exercés par le salarié et du mandat acquis le 3 mars 2023, postérieurement à la demande d'autorisation de licenciement. En outre et contrairement à ce que soutient le requérant, il ne résulte pas des dispositions précitées, ni d'aucune disposition législative ou réglementaire, ni d'aucun principe qu'il appartenait à l'administration de développer les raisons pour lesquelles l'inspecteur du travail a considéré qu'aucun lien entre le licenciement et le mandat n'était établi. Par suite, la décision en litige est suffisamment motivée au sens des dispositions précitées.
7. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux qui ont été exposés aux points 5 et 6, la circonstance que la demande d'autorisation de licenciement du 9 février 2023 ne mentionne pas l'ensemble des mandats détenus par M. B n'est pas de nature à entacher d'illégalité la décision attaquée.
8. En quatrième et dernier lieu, si M. B soutient que la demande d'autorisation de licenciement du 9 février 2023, adressée par la société Sanofi Chimie à l'inspecteur du travail ne précise pas la nature du licenciement sollicité, il ressort sans ambigüité de cette même demande que la société a entendu licencier l'intéressé pour faute, dès lors qu'il lui est reproché d'avoir commis " une fraude massive, délibérée et incontestable qui caractérise un manquement caractérisé et d'une particulière gravité ". Par suite, ce moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la légalité interne de la décision attaquée :
9. En premier lieu, pour contester la matérialité des faits retenus par l'inspecteur du travail, M. B soutient qu'il n'était pas présent à Lyon les soirs du 30 novembre et du 8 décembre 2022, qu'il a omis d'annuler les réservations d'hôtel effectuées à ces deux dates à Lyon et par conséquent qu'il a bien pu effectuer des allers-retours en mototaxi le 30 novembre 2022 et le 1er, le 8 et le 9 décembre 2022 entre la gare de Lyon à Paris et son domicile. En outre, il allègue qu'il n'avait pas connaissance de la liquidation de la société de mototaxi aux services de laquelle il déclare avoir recouru à 126 reprises, après le 31 décembre 2021. Enfin, il conteste la valeur probante de l'étude graphologique, commandée par la société Sanofi Chimie, au motif qu'elle a été effectuée à partir de copies numériques et non des factures originales.
10. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, notamment des factures payées sur place et d'un ticket de caisse imprimé le 8 décembre 2022 à 22h11 dans un restaurant situé à 120 mètres de l'hôtel réservé et fourni par le requérant à son employeur, que M. B était à Lyon les soirs du 30 novembre et du 8 décembre 2022. Il ressort également des pièces du dossier que M. B a demandé à son employeur le remboursement d'allers-retours effectués en mototaxi le 30 novembre 2022, le 1er, le 8 et le 9 décembre 2022, entre la gare de Lyon à Paris et son domicile, alors même qu'il était à Lyon ces mêmes jours. En outre, il ressort de l'extrait Kbis de la société de mototaxi utilisée par le requérant que celle-ci a été liquidée le 31 décembre 2021 et n'a donc pas pu établir les 126 factures dont M. B a demandé le remboursement à son employeur en 2022 et en 2023. Enfin, il ressort de l'étude graphologique, non sérieusement contestée par le requérant, que les quarante-quatre factures étudiées par l'experte et établies au nom de la société de mototaxi entre le 8 novembre 2022 et le 5 janvier 2023 ont été écrites par le requérant, ladite experte précisant que son appréciation exprime le plus haut degré de certitude dans la hiérarchie des avis rendus par les experts graphologues. Le requérant ne produit aucun élément matériel de nature à remettre sérieusement en cause les éléments produits par la société Sanofi Chimie. Dans ces conditions, l'inspecteur du travail, a pu, à bon droit, considérer que les faits de remboursements indus de notes de frais reprochés à M. B étaient établis.
11. En second lieu, M. B soutient qu'il existe un lien entre ses mandats représentatifs et la procédure de licenciement en litige, au motif qu'une différence de traitement aurait été pratiquée entre lui et ses collègues en matière de remboursement de notes de frais, qu'il a été particulièrement actif dans un mouvement de grève engagé à compter du 15 novembre 2022 et que son employeur a été récemment condamné pour des faits de discrimination syndicale en rapport avec deux sanctions disciplinaires infligées en 2014 et en 2017. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'inspecteur du travail a étudié 413 notes de frais émises par des salariés de la société Sanofi Chimie au titre de l'année 2022 et a exclu toute discrimination à l'égard de M. B dans le remboursement des notes de frais. En outre, s'il est constant que les relations étaient conflictuelles entre le requérant et son employeur depuis plusieurs années et que la cour d'appel de Paris a reconnu l'existence d'une discrimination syndicale le concernant pour des faits survenus en 2014 et 2017, le requérant n'apporte aucun élément matériel permettant d'établir l'actualité de la discrimination dont il soutient faire l'objet du fait du contrôle de ses notes de frais. Enfin, si le déclenchement des poursuites disciplinaires est intervenu après la participation de M. B au mouvement de grève du 15 novembre 2022, il ressort des pièces du dossier que ce déclenchement correspond à la découverte en décembre 2022 par la société de l'existence et de l'ampleur de la fraude reprochée à M. B et à l'intervention d'une enquête menée par le service juridique de la société, sans qu'il apparaisse que l'intéressé ait fait l'objet d'un contrôle inhabituel de ses notes de frais au regard de la pratique de l'employeur en la matière. Par suite, M. B n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'inspecteur du travail a retenu que la demande d'autorisation de licenciement était sans lien avec son mandat.
12. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision de l'inspecteur du travail du 12 avril 2023.
Sur les frais liés au litige :
13. D'une part, les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que M. B demande au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. D'autre part, dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de M. B une somme de 500 euros au titre des frais exposés par la société Sanofi Winthrop Industrie et non compris dans les dépens.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : M. B versera une somme de 500 euros à la société Sanofi Winthrop Industrie sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la société Sanofi Winthrop Industrie au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative est rejetée.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à la ministre du travail et de l'emploi et à la société Sanofi Winthrop Industrie.
Copie en sera transmise au directeur régional et interdépartemental de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Timothée Gallaud, président,
Mme Marine Robin, conseillère,
Mme Héloïse Mathon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2024.
La rapporteure,
H. MathonLe président,
T. GallaudLa greffière,
L. Potin
La République mande et ordonne à la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026