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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305763

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305763

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305763
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantZOUBKOVA-ALLIEIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2303736 du 26 mai 2023 la présidente du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. A.

Par cette requête, enregistrée le 10 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 7 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun sous le n° 2305763, M. B A, représenté par Me Zoubkova-Allieis, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Essonne de réexaminer sa situation administrative en vue de lui délivrer un titre de séjour.

Il soutient que :

- l'auteur de cet arrêté n'a pas justifié de sa compétence ;

- l'arrêté n'est pas suffisamment motivé en droit et en fait ;

- la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur de droit, dès lors qu'il a la double nationalité moldave et roumaine ; en qualité de ressortissant moldave, il peut entrer sur le territoire français sans visa et y résider pendant 90 jours, et ce de manière renouvelable ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français méconnaît le principe de la présomption d'innocence, dès lors qu'il n'a pas été condamné pour les faits de conduite qui lui sont reprochés ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté méconnaît les stipulations des articles 2 et 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation.

La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 20 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant moldave né le 30 septembre 1997 à Nisporeni (Moldavie), est entré sur le territoire français pour y solliciter l'asile. Le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile par une décision du 21 décembre 2020. Par un arrêté du 8 mars 2021, le préfet de Seine-et-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français avec un délai de départ volontaire de trente jours, en raison du rejet de sa demande d'asile. M. A a été interpellé le 8 mai 2023 par les services de police de Montgeron pour des faits de conduite d'un véhicule d'un véhicule non assuré et pour défaut de permis de conduire et placé en garde à vue le jour-même. Par un arrêté du 8 mai 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, eu égard au caractère réglementaire des arrêtés de délégation de signature, le juge peut, sans méconnaître le principe du caractère contradictoire de la procédure, se fonder sur l'existence de ces arrêtés alors même que ceux-ci ne sont pas versés au dossier. Or, par un arrêté n° 2023-PREF-DCPPAT-BCA-035 du 17 février 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de l'Etat dans le département de l'Essonne n° 23 spécial du même jour, le préfet de l'Essonne a donné à M. D C, signataire de l'arrêté attaqué, en sa qualité de sous-préfet de Palaiseau, délégation à l'effet de signer les décisions d'éloignement frappant les étrangers en situation irrégulières sur l'ensemble du département de l'Essonne pendant les permanences du corps préfectoral, les samedis, dimanches, jours fériés, et jours de fermeture exceptionnelle de la préfecture. En l'espèce, M. A a été interpellé et placé en garde à vue le 8 mai 2023, jour férié commémorant la victoire des Alliés sur l'Allemagne nazie, à Montgeron, commune appartenant à l'arrondissement d'Evry. Par suite, l'arrêté édicté par le sous-préfet de l'arrondissement de Palaiseau droit être regardé comme ayant été établi au cours de la permanence du corps préfectoral. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte, qui manque en fait, ne peut qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté en litige vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. A est un ressortissant moldave qui déclare être entré en France en mars 2023 sans être en possession des documents et visa exigés par les dispositions de l'article L. 311-1 du code précité. En outre, l'arrêté indique que M. A s'est soustrait à une précédente obligation de quitter le territoire français édictée le 8 mars 2021 par le préfet de Seine-et-Marne, qu'il n'a fait aucune démarche pour régulariser sa situation et qu'il ne présente pas de garantie de représentation. Enfin, l'arrêté précise que M. A est célibataire et sans charge de famille, que son comportement constitue un trouble à l'ordre public et qu'il déclare n'être arrivé en France qu'à la fin du mois de mars 2023. Par suite, l'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui constituent les fondements des décisions faisant à M. A obligation de quitter le territoire français, lui refusant l'octroi d'un délai de départ volontaire, lui fixant son pays de renvoi et prononçant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français d'un an. Dès lors, le moyen tiré de ce que les décisions contenues dans l'arrêté en litige seraient insuffisamment motivées ne peut qu'être écarté.

4. En troisième lieu, M. A, ressortissant moldave, fait valoir qu'il a été naturalisé roumain et qu'il bénéficie à ce titre d'un droit au séjour en France d'une durée de trois mois. Toutefois, le requérant n'apporte aucun élément de preuve lui permettant de se prévaloir de la nationalité roumaine. Par suite, le moyen tiré de que la mesure d'éloignement serait entachée d'erreur de droit ne peut qu'être écarté.

5. En quatrième lieu, M. A fait valoir qu'il n'a pas été condamné pour les faits de conduite qui lui sont reprochés. Toutefois, les mesures d'éloignement prises en application de l'article L. 611-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne constituent que des mesures de police administrative. Par suite, M. A ne saurait utilement se prévaloir à l'encontre de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français du principe de la présomption d'innocence qui s'applique aux mesures de sanction administrative.

6. En cinquième lieu, M. A n'apporte aucun élément quant à des craintes pour sa vie ou quant à des craintes de mauvais traitements qu'il pourrait encourir en cas d'éloignement dans un autre pays où il serait légalement admissible, notamment la Moldavie. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance des stipulations de l'article 2 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles de l'article 3 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales doivent être écarté.

7. En sixième lieu, si M. A se prévaut de la présence en France de sa sœur, de sa tante et de son oncle, il est constant qu'il est célibataire et qu'il n'a pas d'enfant à charge sur le territoire français. En outre, il n'établit pas, ni même n'allègue, être dépourvu de toute attache familiale ou privée dans son pays d'origine où il a vécu l'essentiel de son existence. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de l'Essonne aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. En sixième lieu, pour les mêmes motifs de fait que ceux cités au point précédent, le moyen tiré de ce que l'arrêté en litige serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter ses conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : S. DELMASLa greffière,

Signé : L. DARNAL

La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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