vendredi 22 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2305773 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | CABINET LEBON |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance n° 2303843 du 26 mai 2023, la présidente du tribunal administratif de Versailles a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. A.
Par cette requête, enregistrée le 12 mai 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 7 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun sous le 2305773, M. B A, représenté par Me Lebon, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait, quant à la réalité de la menace à l'ordre public, sa vie privée et familiale et sa vie professionnelle ;
- l'infraction de conduite d'un véhicule sans permis qui lui est reprochée le 10 mai 2023 est insuffisamment caractérisée ; cette infraction n'est imputable qu'à l'étranger en situation régulière ou à l'étranger sollicitant l'asile après un certain délai ;
- elle est entachée d'un défaut de base légale ; la supposée menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en droit et en fait, quant à la réalité de la menace à l'ordre public, sa vie privée et familiale et sa vie professionnelle ;
- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait et d'erreur sur la qualification juridique des faits ; l'infraction de conduite d'un véhicule sans permis qui lui est reprochée le 10 mai 2023 est insuffisamment caractérisée ; cette infraction n'est imputable qu'à l'étranger en situation régulière ou à l'étranger sollicitant l'asile après un certain délai ; la supposée menace à l'ordre public n'est pas caractérisée ;
- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'elle méconnait la présomption d'innocence ; de simples signalements sur une fiche de police ne sauraient valoir autant qu'une condamnation prononcée par une juridiction pénale ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne l'interdiction de retourner sur le territoire français :
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation, dès lors que la menace à l'ordre public n'est pas suffisamment caractérisée.
La requête a été communiquée au préfet de l'Essonne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 20 novembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport, et a informé en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement est susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'inexistence matérielle du refus de séjour au titre de l'asile, en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant tunisien né le 23 mai 1998 à Zarzis (Tunisie), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2020. M. A a été interpellé le 9 mai 2023 à Paray-Vieille-Poste pour des faits de conduite d'un véhicule sans permis de conduire et de séjour irrégulier et a été placé en garde à vue. Par un arrêté du 10 mai 2023, le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. Il ne ressort ni des motifs ni du dispositif de l'arrêté en litige que le préfet de l'Essonne se serait prononcé sur une demande de titre de séjour présentée par M. A. Par suite, les conclusions à fin d'annulation dirigé contre un refus d'admission au séjour doivent être regardées comme étant dirigées contre une décision inexistante. Dès lors, de telles conclusions sont irrecevables.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
3. En premier lieu, l'arrêté en litige visa les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et énonce que M. A déclare être entré en France en 2020 sans être en possession des documents et visa exigés par les dispositions de l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. En outre, cet arrêté ajoute que le comportement de M. A constitue un trouble récurrent à l'ordre public dès lors qu'il a été interpellé le 9 mai 2023 pour des faits tirés de son défaut de permis de conduire alors même que l'intéressé a fait l'objet de cinq signalements pour des faits relatifs à des troubles à l'ordre public. Ainsi, l'arrêté en litige comporte les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision faisant obligation à M. A de quitter le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit et en fait de la décision en litige ne peut qu'être écarté.
4. En deuxième lieu, M. A soutient que la décision attaquée est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation dès lors qu'il ne représente pas une menace à l'ordre public. Le requérant fait valoir que l'infraction est insuffisamment caractérisée, que les faits de conduite qui lui sont reprochés ne peuvent légalement l'être qu'à un étranger en situation régulière et que l'action publique a fait l'objet d'un classement sans suite. Or, compte tenu des dénégations de l'intéressé et en l'absence de condamnations judiciaires, les seuls signalements de la personne de M. A par les forces de l'ordre dans un fichier de police ne sauraient établir la récurrence des agissements qui lui sont reprochés. Ainsi, en retenant que son comportement constituait un trouble à l'ordre public, le préfet de l'Essonne doit être regardé en l'espèce comme ayant entaché sa décision d'une erreur de fait, de droit et d'appréciation.
5. Toutefois, d'une part, il n'est pas contesté que M. A est entré en France de manière irrégulière. Il n'est pas davantage contesté qu'il s'est maintenu sur le territoire français de manière irrégulière. Par suite, pour ces seuls motifs, le préfet de l'Essonne pouvait faire obligation à M. A de quitter le territoire français. D'autre part, il ne ressort pas des pièces du dossier que s'il n'avait retenu que ces deux derniers motifs, le préfet n'aurait pas pris la même décision. Dès lors, les moyens tirés de ce que la décision en litige serait entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ne peuvent qu'être écartés.
6. En troisième lieu, l'article 6 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales stipule que toute personne accusée d'une infraction est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie. Toutefois, la seule circonstance que M. A soit entré irrégulièrement sur le territoire français et qu'il s'y soit maintenu irrégulièrement permet au préfet de l'Essonne de prononcer à son égard une obligation de quitter le territoire français. Par suite, si l'arrêté en litige fait référence à des signalements sur une fiche de police sans condamnation prononcée par une juridiction pénale, cette considération est sans incidence sur la légalité de la décision en litige. Dès lors, les moyens tirés de la méconnaissance de la présomption d'innocence tirée des stipulations de l'article 6 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne sauraient être accueillies.
7. En quatrième lieu, M. A verse au débat un certificat de vie commune établi le 9 août 2021 par le maire de la commune de Villejuif, indiquant qu'il déclare sur l'honneur entretenir une relation avec Mme C depuis le 7 mai 2021. Toutefois, cette pièce, à elle-seule, ne suffit pas à établir la stabilité et l'intensité de cette relation. En outre, si M. A fait valoir qu'il a travaillé comme livreur de produits alimentaires du 10 novembre 2021 au 1er août 2022 et qu'il occupe un emploi de plombier chauffagiste depuis le 15 novembre 2022 au sein de la société Mac Baticlim, cette double circonstance ne permet pas d'établir qu'il dispose en France d'une insertion professionnelle suffisante et d'une bonne insertion dans la société française. Enfin, si M. A produit les titres de séjour de deux personnes portant le même patronyme que lui et qu'il présente comme des membres de sa famille, le requérant n'établit ni même n'allègue qu'il serait dépourvu de toute attache privée ou familiale dans son pays d'origine, où il n'est pas contesté qu'il a vécu jusqu'à l'âge de 21 ans. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut qu'être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
9. Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. A est tout au plus présent en France que depuis 2020. S'il est entré irrégulièrement sur le territoire français, il n'est pas contesté qu'à la date de son interpellation, il n'avait pas saisi l'autorité administrative d'une demande de régularisation. En outre, M. A est sans enfant à charge sur le territoire français. Si M. A se prévaut d'une relation de concubinage, il n'apporte aucune précision sur le droit au séjour de sa compagne et il ne ressort pas des pièces du dossier que cette relation serait ancienne. Enfin, il n'est pas contesté que M. A a fait l'objet de deux précédentes mesures d'éloignement assorties de mesures d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans en vertu d'un arrêté de la préfète du Val-de-Marne du 24 novembre 2020 et pour une durée de trois en vertu d'un arrêté de cette même autorité du 9 février 2022. Dans ces conditions, à supposer même que le comportement de M. A ne représenterait pas une menace pour l'ordre public au sens de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de l'Essonne a pu lui faire interdiction de retourner sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 10 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant trois ans.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 10 mai 2023 par lequel le préfet de l'Essonne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de l'Essonne.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.
Le magistrat désigné,
Signé : S. DELMASLa greffière,
Signé : L. DARNAL
La République mande et ordonne au préfet de l'Essonne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N° 2305773
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026