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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305829

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305829

jeudi 6 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305829
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantLA CIMADE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées les 9 et 15 juin 2023, M. B A, détenu au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers à la date de sa requête puis retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 juin 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée d'un an.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2023, le préfet de la Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. A B n'est fondé.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 15 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Henry-Weissgerber, représentant M. B, qui soutient à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français l'incompétence de l'auteur de la décision, l'insuffisance de motivation et l'erreur manifeste d'appréciation au regard à la menace à l'ordre public que constituerait le comportement de M. A et l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de M. A ;

- et M. B qui indique ne pas pouvoir vivre sans ses enfants et qu'il ferait tout pour eux. Il n'a fait qu'une seule erreur depuis son arrivée et il n'en fera plus.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 15h46.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant pakistanais, né le 5 juillet 2001 à Sialkot (République islamique du Pakistan), est entré en France, selon ses déclarations, le 1er décembre 2016 à l'âge de quinze ans puis a été placé auprès du service de l'aide sociale à l'enfance de Seine-et-Marne jusqu'à sa majorité par un jugement du tribunal pour enfants du tribunal judiciaire de Melun en date du 27 février 2017. M. B a été détenteur d'un titre de séjour valable du 20 mars 2020 au 19 mars 2021 dont le renouvellement a été refusé et a fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français du 27 décembre 2021. Il a été condamné le 16 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Meaux à une peine d'emprisonnement d'un an pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours et écroué au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers d'où il a été libéré pour fin de peine le 12 juin 2023. Par arrêté du 9 juin 2023, le préfet de Seine-et-Marne a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application des 1°, 4° et 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée d'un an. Par arrêté du 12 juin 2023, la même autorité l'a placé en rétention administrative en application de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, placement prolongé par une ordonnance du juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Meaux du 14 juin 2023. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 9 juin 2023.

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; / 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; ()°. ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 23/BC/046 du 27 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° D77-28-04-2023 du lendemain, le préfet de Seine-et-Marne a donné à Mme D C, cheffe du bureau de l'éloignement, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

4. En deuxième lieu, la décision querellée du 9 juin 2023 du préfet de Seine-et-Marne mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment cite la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. A et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision l'arrêté en litige doit être écarté comme manquant en fait.

5. En troisième lieu, il n'est pas contesté que M. A a été condamné le 16 novembre 2022 par le tribunal correctionnel de Meaux à une peine d'emprisonnement d'un an pour des faits d'usage illicite de stupéfiants et violences habituelles suivies d'incapacité supérieure à huit jours par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours et écroué au centre pénitentiaire de Meaux-Chauconin-Neufmontiers. S'il fait valoir à l'audience qu'il n'a été condamné qu'une seule fois et le préfet ne justifie d'aucun autre fait connu, les faits pour lesquels il a été condamné, dont la matérialité est établie par ladite condamnation, à une peine d'emprisonnement d'un an sont graves, notant que les violences sont qualifiées d'" habituelles " par le juge pénal, en sorte que, en estimant que le comportement de l'intéressé constituait une menace pour l'ordre public, le préfet de Seine-et-Marne n'a entaché son appréciation d'aucune erreur manifeste d'appréciation.

6. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier, premièrement, que M. A produit un livret de famille prouvant qu'il est le père de deux filles nées en 2020 et 2022. Toutefois, cette seule production concernant ses filles ne permet pas de considérer qu'il contribue à leur entretien et à leur éducation, ni qu'elles soient de nationalité françaises ainsi qu'il l'affirme, la mère des enfants ne figurant au demeurant même pas au dossier. Deuxièmement, s'il produit un contrat à durée déterminée d'un mois à compter du 2 février 2022 signé et le bulletin de paie y afférant, ces seuls documents ne permettent pas de le considérer comme insérer professionnellement. Troisièmement, il n'est pas contesté que l'intéressé a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement en date 27 décembre 2021 notifiée le 6 janvier 2022 à laquelle il n'a pas déférée. Quatrièmement, ainsi qu'il a été dit au point 5, le comportement de l'intéressé constitue une menace pour l'ordre public. Enfin, M. B ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 15 ans s'il est arrivé en France en 2015 comme mentionné dans ses récépissés de demande de titre de séjour. Par conséquent, en obligeant M. A a quitté le territoire français, et même si ce dernier a été scolarisé de 2016 à 2018 au collège et qu'il a fait des efforts d'intégration notamment jusqu'en 2018/2019, le préfet de Seine-et-Marne n'a entaché sa décision d'aucune erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Seine-et-Marne.

Lu en audience publique le 6 juillet 2023 à 16h04.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : S. Aït Moussa

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Aït Moussa

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