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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2305978

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2305978

mercredi 6 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2305978
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBERTAUX

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juin 2023, Mme A D B, représentée par Me Bertaux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer un certificat de résidence algérien à compter de la notification du jugement à intervenir et ce, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ou, à défaut, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de réexaminer sa situation dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision de refus de titre de séjour est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen ;

- la procédure concernant son fils devant C est irrégulière en l'absence de communication de son dossier médical, dès lors que la collégialité des débats entre les médecins et leur compétence ne peut être examinée ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elle est entachée d'une erreur de droit, dès lors que la préfète s'est estimée en situation de compétence liée par l'avis du collège des médecins de C ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien et les dispositions des articles L. 425-9 et L. 425-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile du fait de sa résidence habituelle en France depuis 2019, de l'état de santé de son fils nécessitant une prise en charge médicale dont le défaut ou l'interruption entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité et de l'impossibilité pour lui de bénéficier d'une prise en charge médicale effective en Algérie ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la préfète dans l'exercice de son pouvoir général de régularisation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son fils ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et celles de l'article 6-5 de l'accord franco-algérien ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle et celle de son fils ;

- la décision fixant à trente jours le délai de départ volontaire est illégale du fait de l'illégalité du refus de titre de séjour et de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2023, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la requête est tardive ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 17 mai 2023.

Par ordonnance du 16 janvier 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 février 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jean,

- et les observations de Me Bertaux, représentant Mme B.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante algérienne née en 1983, est entrée en France le 9 septembre 2019 sous couvert d'un visa de court séjour avec son fils, atteint d'un trouble du spectre autistique, afin qu'il puisse être pris en charge médicalement. Elle a bénéficié de trois autorisations provisoires de séjour du 14 octobre 2021 au 15 octobre 2022. Le 26 avril 2022, elle a déposé une demande de titre de séjour en qualité de parent d'enfant étranger malade. Par arrêté du 23 février 2023, la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire dans le délai trente jours et a fixé le pays de destination. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur la fin de non-recevoir opposée par la préfète du Val-de-Marne :

2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".

3. Si la préfète du Val-de-Marne soutient que la requête est tardive, elle n'établit pas que l'arrêté attaqué du 23 février 2023 aurait été notifié à la requérante, comme elle le soutient, le 3 mars 2023 avec la mention des voies et délais de recours. Par suite, et en tout état de cause, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention "vie privée et familiale" est délivré de plein droit : / () 7. Au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays () ". Aux termes de l'article R. 425-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicable aux ressortissants algériens en l'absence de stipulations particulières de l'accord franco-algérien relatives à l'instruction d'une demande de certificat de résidence pour raisons de santé : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Les orientations générales mentionnées au troisième alinéa de l'article L. 425-9 sont fixées par arrêté du ministre chargé de la santé ". L'article R. 425-13 du même code prévoit que : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège () ".

5. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

6. L'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer le titre de séjour sollicité par Mme B sur le fondement des stipulations précitées de l'article 6-7 de l'accord franco-algérien est explicitement fondé sur un avis relatif à l'état de santé du fils de la requérante, émis par le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (C) en date du 21 juin 2022, et dont la préfète du Val-de-Marne s'est appropriée la teneur. Toutefois, malgré une mesure d'instruction diligentée par le tribunal, l'autorité administrative n'a pas produit à l'instance cet avis alors que l'intéressée soutient que, faute d'avoir eu connaissance de cet avis, elle n'est pas en mesure de vérifier la régularité de la procédure suivie et notamment de s'assurer de la collégialité des débats entre les médecins membres du collège, ni de leur compétence. Dans ces conditions, en l'absence de production de cet avis qu'il appartenait à la préfète de communiquer, l'administration n'établit pas que la procédure a été régulièrement suivie. Il suit de là qu'en l'absence de tout élément de nature à établir la régularité de cette procédure, la requérante doit être regardée comme ayant été privée d'une garantie tendant à ce que sa demande soit régulièrement examinée par le collège de médecins de l'OFFI. Par suite, et en l'état du dossier, la requérante est fondée à soutenir que la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour est entachée d'un vice de procédure l'entachant d'illégalité.

7. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 23 février 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté la demande de titre de séjour de Mme B doit être annulée. L'annulation de cette décision emporte, par voie de conséquence, l'annulation des décisions du même jour par lesquelles la préfète du Val-de-Marne l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle est susceptible d'être éloignée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

8. L'exécution du présent jugement implique seulement que la préfète du Val-de-Marne procède au réexamen de la demande de Mme B. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement et de délivrer à l'intéressée, dans cette attente, une autorisation provisoire de séjour. Il n'y a pas lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Bertaux, avocat de Mme B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Bertaux de la somme de 1 000 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 23 février 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a refusé de délivrer un titre de séjour à Mme B, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de sa reconduite à la frontière est annulé.

Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne de procéder au réexamen de la demande Mme B dans le délai de trois mois à compter de la mise à disposition au greffe du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente de ce réexamen une autorisation provisoire de séjour.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 000 euros à Me Bertaux, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Bertaux renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A D B, à Me Bertaux et à la préfète du Val-de-Marne.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 16 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Le Broussois, président,

M. Meyrignac, premier conseiller,

Mme Jean, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 novembre 2024.

La rapporteure,

Signé : A. Jean Le président,

Signé : N. Le Broussois

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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