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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306157

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306157

jeudi 29 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306157
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantHENRY-WEISSGERBER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 juin 2023, M. A se disant E D, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de vingt-quatre mois.

M. A se disant D soutient que :

- sa requête est recevable au regard des articles 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 16 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées ;

* sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

* sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

* sont entachées d'une erreur de droit ;

* méconnaissent l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

* violent l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* violent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

* ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La requête a été communiquée au préfet de la Seine-Saint-Denis qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées les19 et 27 juin 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga ;

- les observations de Me Henry-Weissgerber, représentant M. A se disant D assisté de M. B, interprète assermenté en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et M. A se disant D, de M. B, interprète assermenté en langue arabe, qui indique être prêt à repartir mais qu'il reviendra.;

Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 14h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A se disant D, ressortissant libyen, né le 19 novembre 1995 à Zanzour ou Tripoli (État de Libye), est entré en France en 2020 selon ses déclarations. L'intéressé a été interpellé le 15 juin 2023 et placé le jour même en garde à vue pour des faits de trafic de stupéfiants. Par arrêté du 4 mai 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. M. A se disant D demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 4 mai 2023.

2. Aux termes de l'article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne dont les droits et libertés reconnus dans la présente convention ont été violés, a droit à l'octroi d'un recours effectif devant une instance nationale, alors même que la violation aurait été commise par des personnes agissant dans l'exercice de leurs fonctions officielles. ". Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". Selon l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. / Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de l'article R. 421-5 du code de justice administrative : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ". Il résulte de ces dispositions que, pour être recevables, les requêtes tendant à l'annulation de telles décisions doivent être présentées au greffe du tribunal administratif, pour y être enregistrées, dans un délai de 48 heures suivant la notification de l'arrêté comportant ces décisions et que ce délai spécial de 48 heures, qui n'est pas un délai franc et n'obéit pas aux règles définies à l'article 642 du code de procédure civile, se décompte d'heure à heure et ne saurait recevoir aucune prorogation.

3. Il ressort des pièces du dossier et il n'est pas contesté que les décisions obligeant M. A se disant D à quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'interdisant de retour pour une durée de vingt-quatre mois contenues dans l'arrêté susvisé du préfet de la Seine-Saint-Denis du 4 mai 2023 ont été notifiées simultanément à l'intéressé par voie administrative le 4 mai 2023 à 11 heures 40 et comportaient la mention des voies et délais de recours ouverts à leur encontre dont il est réputé avoir compris le sens en apposant sa signature sans réserve au bas de l'exemplaire de notification. Toutefois, M. A se disant D soutient explicitement la recevabilité de sa requête en faisant valoir que lors de son interpellation le 4 mai 2023, des agents de police lui ont fait signer un document sans lui donner la moindre explication sur sa nature et sans l'assistance d'un interprète alors qu'il n'est pas francophone, insistant que la circonstance que les initiales " M.O. " portées en bas de chaque page n'ont pas été écrites par lui mais par quelqu'un d'autre. Il ajoute que si la date et l'heure figurent sur la dernière page, elles ne sont pas indiquées sur chaque page comme cela doit être le cas. Il conclut en indiquant avoir été relâché le jour même de son interpellation sans qu'une copie l'arrêté pris par le préfet ne lui soit donnée et que ce n'est qu'une fois arrivé au centre de rétention administrative qu'il a compris sa situation et qu'il faisait donc l'objet d'une obligation de quitter le territoire français qu'il n'a donc pu contester qu'à ce moment-là. Toutefois, premièrement, aucune règle de droit n'impose d'apposer la date et l'heure de la notification sur chaque page de la mesure notifiée. Deuxièmement, la signature portée en bas de la page relative aux voies et délais de recours est la même que celle figurant sur la requête même si elle diffère de celle figurant sur le procès-verbal d'audition du 26 mai 2023 postérieur à la mesure en litige. Ainsi, il ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit à un recours effectif garanti par l'article 13 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Dans ces conditions, M. A se disant D doit être considéré comme ayant reçu notification de cet arrêté ainsi que celle des voies et délais de recours. Cette notification régulière a fait courir à son encontre les délais de recours contentieux à l'égard de ces décisions. La requête susvisée de M. A se disant D, tendant à l'annulation de l'arrêté du 4 mai 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans, n'a été enregistrée au greffe du tribunal administratif que le 17 juin 2023, soit après l'expiration du délai de quarante-huit heures qui lui était imparti à cette fin. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de sa requête étaient tardives et, par suite, irrecevables.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A se disant E D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant E D et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Lu en audience publique le 29 juin 2023 à 15h01.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Signé : M. C

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