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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306340

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306340

vendredi 22 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306340
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantORTEGO SAMPEDRO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 473592 du 6 juin 2023 enregistrée le jour même au greffe du tribunal administratif de Melun le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Melun la requête présentée par Mme A.

Par cette requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Melun le 3 avril 2023 et un mémoire enregistré le 22 juin 2023, Mme B A, représentée par Me Ortego Sampedro, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 mars 2023 par lequel le préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de procéder à l'effacement de son signalement au système d'informations Schengen à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle a été prise au terme d'une procédure méconnaissant son droit d'être entendue tirée du principe général du droit de l'Union européenne ; elle aurait pu informer l'autorité de ce qu'elle était détentrice d'un récépissé l'autorisant à séjourner et à travailler sur le territoire français ;

- la décision attaquée méconnaît les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de droit révélée par un défaut d'examen du droit au séjour de la requérante, dès lors qu'elle a déposé une demande de renouvellement de son titre de séjour et qu'un récépissé de sa demande lui a été remis ;

- elle est entachée d'une erreur de droit révélée par un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation quant à ses démarches, à sa situation de santé, et à son régime pénal ;

- elle est entachée d'une erreur de fait, dès lors qu'elle énonce que l'intéressée est en situation irrégulière depuis plus de trois mois, qu'elle a été condamnée à une peine d'emprisonnement de six mois pour trafic de stupéfiant et que la fin de sa peine a été fixée au 20 mai 2023 ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-23, L. 425-9 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée entraîne des conséquences disproportionnées à la situation familiale de l'intéressé ;

En ce qui concerne la décision portant refus de départ volontaire

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'illégalité par la voie de l'exception, en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation, dès lors que sa seule condamnation mentionnée au casier judiciaire ne saurait suffire à caractériser la menace pour l'ordre public au sens des dispositions de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays d'éloignement :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision d'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision attaquée est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français et de celle portant refus d'octroi ;

- elle est disproportionnée au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 4 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Delmas, qui a indiqué que, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'incompétence du magistrat désigné pour connaître des conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français en tant qu'elle trouve son fondement dans les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui relèvent d'une formation collégiale ;

- les observations de Me Cardoso subsituant Me Ortego Sampedro, représentant Mme A absente, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et Me Rahmouni, représentant la préfète du Val-de-Marne qui conclut au rejet de la requête, et soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas assortie d'un délai de départ volontaire, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de la mesure. Il est statué sur ce recours selon la procédure et dans les délais prévus, selon le fondement de la décision portant obligation de quitter le territoire français, aux articles L. 614-4 ou L. 614-5. ". Aux termes de l'article L. 614-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français prise en application des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 est assortie d'un délai de départ volontaire, le tribunal administratif est saisi dans le délai de trente jours suivant la notification de la décision. L'étranger peut demander le bénéfice de l'aide juridictionnelle au plus tard lors de l'introduction de sa requête en annulation. Le tribunal administratif statue dans un délai de trois mois à compter de sa saisine. ". Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; () ".

2. Mme B A, née en 1995 au Suriname, est entrée irrégulièrement en France en 2019 dans le département de Guyane. Mme A s'est vue délivrer, le 19 août 2021, un titre de séjour mention " vie privée et familiale ". Elle a demandé le renouvellement de ce titre et s'est vu remettre un récépissé valable jusqu'au 7 mars 2023, l'autorisant à travailler. Par un jugement du 1er février 2023, le tribunal judiciaire de Créteil a condamné Mme A à une peine d'emprisonnement de 18 mois, dont 11 mois avec sursis, pour des faits de transport, détention et acquisition non autorisés de stupéfiants, et de détention et transport non autorisés de produits dangereux pour la santé publique (stupéfiants) sans document justificatif régulier (faits réputés d'importation en contrebande) et a été incarcérée à la maison d'arrêt de Fresnes. Par un jugement du juge d'application des peines de cette même juridiction, du 27 mars 2023, elle a bénéficié d'un aménagement de peine sous la forme d'un placement extérieur auprès d'une structure d'insertion située à Tarnos (Landes). Par un arrêté du 30 mars 2023, la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Le tribunal administratif de Melun, puis le tribunal administratif de Pau, se sont successivement déclarés incompétents pour connaitre du recours formé contre cet arrêté par Mme A, de sorte que le Conseil d'État a été saisi afin d'attribuer ce recours à la juridiction qu'il déclarera compétente. Par une ordonnance n° 473592 du 6 juin 2023, le président de la section du contentieux du Conseil d'Etat a attribué au tribunal administratif de Melun le litige de Mme A.

3. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier, et en particulier du visa et des énonciations de l'arrêté du 30 mars 2023, que la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français a pour motif déterminant la circonstance que son comportement a été regardé par l'administration comme constituant une menace à l'ordre public en raison de ce qu'elle a fait l'objet d'une peine d'emprisonnement pour des faits de trafic de stupéfiant. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français opposée à la requérante a pour fondement les dispositions du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. D'autre part, si l'arrêté en litige vise également les dispositions du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il est constant que la requérante a été mise en possession le 19 août 2021 d'une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", puis d'un récépissé de demande de renouvellement de titre de séjour jusqu'au 7 mars 2023. Ainsi, Mme A doit être regardée comme s'étant vue opposer un refus le renouvellement de son titre de séjour. Par suite, l'obligation de quitter le territoire français trouve également son fondement au sein des dispositions du 3° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dans ces conditions, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision faisant obligation à Mme A de quitter le territoire français relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal administratif. Par voie de conséquences, les conclusions à fin d'annulation dirigées contre les décisions portant refus d'octroi d'un délai de départ volontaire, fixation du pays à destination et interdiction de retour sur le territoire français relèvent également de la compétence de la formation collégiale de ce tribunal. Dès lors, les conclusions de la requête de Mme A présentées aux fins d'annulation de l'arrêté du 30 mars 2023 de la préfète du Val-de-Marne, ainsi que ses conclusions présentées à fin d'injonction et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, doivent être renvoyées devant la formation collégiale du tribunal.

DECIDE :

Article 1er : Les conclusions de la requête de Mme A sont renvoyées en formation collégiale.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 décembre 2023.

Le magistrat désigné,

S. Delmas

La greffière,

L. Darnal

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2306340

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