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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306343

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306343

mercredi 31 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306343
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantCABINET ASLOR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2313035 du 13 juin 2023, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal administratif de Melun le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 2 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris et le 13 juin 2023 au greffe du tribunal administratif de Melun sous le n° 2306343, M. B A, représenté par cabinet Aslor, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de police de paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 juin 2023 par lequel le préfet de police de paris a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les deux arrêtés en litige méconnaissent les stipulations de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que celles de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- ils méconnaissent les stipulations de l'article 12 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; plusieurs demandes de visa pour rejoindre son épouse française ont été refusées pour des motifs fallacieux ;

- ils sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation ; l'intéressé a reçu une convocation par les services de la préfecture du Val-de-Marne pour le 13 mai 2024 ; il a exercé divers emplois depuis son entrée en France ; son casier judiciaire est vierge.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juin 2023, le préfet de police de Paris représenté par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Delmas pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique, M. Delmas a lu son rapport en l'absence des parties qui n'étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Une note en délibéré a été enregistrée le 8 décembre 2023 pour M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant algérien né le 6 juillet 1994 à Oran (Algérie), est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en août 2021. M. A a été interpellé le 1er juin 2023 pour des faits de violences sur personne dépositaire de l'autorité publique sans incapacité temporaire totale et de rébellion à Paris (16ème arrondissement). Par un premier arrêté du 2 juin 2023, le préfet de police de paris lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un second arrêté du même jour, le préfet de police de Paris a prononcé à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Par la requête susvisée, M. A demande l'annulation des deux arrêtés préfectoraux.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté du 2 juin 2023 contenant la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public ; 6° L'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois a méconnu les dispositions de l'article L. 5221-5 du code du travail. (). ".

3. En premier lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de ses communications. ".

4. M. A fait valoir que sa vie privée et familiale se trouve en France. A cette fin, le requérant se prévaut de ce qu'il est marié avec une ressortissante française depuis la célébration de son mariage le 27 avril 2017 à Ain Temouchent (Algérie) et que son acte de mariage a été transcrit au registre tenu par le service central d'état civil du ministère des affaires étrangères. M. A ajoute qu'il a été fait obstacle à son entrée en France par le consulat général de France à Oran pour des motifs fallacieux. Toutefois, s'il ressort de la décision du 23 juillet 2019 que le consul général lui a refusé la délivrance d'un visa en qualité de conjoint de français au motif que l'intéressé n'avait pas apporté la preuve de son intention de mener une vie commune avec sa conjointe française, et s'il ressort de la décision du 13 juin 2021 que cette même autorité lui a également refusé la délivrance d'un tel visa au motif que son projet d'installation en France revêt un caractère frauduleux, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait contesté ces décisions devant le juge. En outre, si la communauté de vie des époux ne saurait être assimilée à la seule situation de cohabitation, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en l'espèce elle aurait débuté avant l'entrée du requérant sur le territoire français en août 2021. Ainsi, la communauté de vie entretenue entre M. A et son épouse présente un caractère récent. En outre, si M. A fait état de la présence en France d'attaches familiales fortes en les personnes de son frère qui l'héberge, de sa belle-sœur qui est au demeurant la sœur de son épouse, et son neveu auquel il est particulièrement lié, il n'est pas contesté que le requérant est dépourvu de charge de famille sur le territoire français, et qu'il n'établit ni même n'allègue être dépourvu de toute attache familiale dans son pays d'origine où il n'est pas contesté qu'il a vécu jusqu'à son arrivée en France à l'âge de 27 ans. Enfin, si M. A fait état de ce qu'il a été embauché en qualité de préparateur de commandes par la société Inside Staffing Vitry sur Sein de novembre 2022 à avril 2023, il n'établit pas par ces seuls éléments qu'il bénéficierait en France d'une bonne insertion professionnelle et d'une intégration sociale complète. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police de Paris aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français a été prise. Par suite, les moyens tirés de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et des stipulations de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent qu'être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 12 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " A partir de l'âge nubile, l'homme et la femme ont le droit de se marier et de fonder une famille selon les lois nationales régissant l'exercice de ce droit. ".

6. La décision portant obligation de quitter le territoire français opposée à M. A n'est pas susceptible de faire obstacle à son droit de se marier. En outre, eu égard aux considérations énoncées au point 4 du présent jugement, cette décision n'a pas davantage pour objet ou pour effet de lui interdire de fonder une famille. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 12 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être accueilli.

7. En troisième lieu, si M. A a obtenu un entretien le 13 mai 2024 en préfecture du Val-de-Marne dans le cadre de l'instruction de sa demande d'admission exceptionnelle au séjour, cette seule convocation n'implique pas qu'il dispose d'un droit au séjour sur le territoire français. En outre, eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée de la communauté de vie des époux, sur les conditions de séjour et de travail en France de M. A, en lui faisant obligation de quitter le territoire français le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de sa décision sur la vie privée et familiale de l'intéressé.

8. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'arrêté du 2 juin 2023 contenant la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-7 du même code : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

10. En premier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, de l'article 12 de cette convention et de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ne peuvent qu'être écartés pour les mêmes motifs de fait que ceux retenus aux points 4 et 6 du présent jugement.

11. En second lieu, eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. A, le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation. En outre, M. A fait état de ce que les faits qui lui sont reprochés le 1er juin 2023 n'ont eu pour toute suite judiciaire qu'une simple convocation devant le délégué du Procureur de la République en vue d'un rappel à la loi. Toutefois, cette considération ne suffit pas à établir que le préfet de police de Paris aurait commis une erreur d'appréciation en fixant la durée de son interdiction de retour sur le territoire français à trois ans compte tenu de la durée de sa présence en France, des conditions de son séjour, et de ses attaches familiales sur le territoire français.

12. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juin 2023 lui faisant interdiction de retourner sur le territoire français pendant trois ans.

Sur les frais d'instance :

13. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

14. Il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme que demande M. A au titre des frais qu'il a exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

S. Delmas

La greffière,

L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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