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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306372

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306372

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306372
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14
Avocat requérantSAOUDI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 juin et 28 novembre 2023, Mme B A, représentée par Me Saoudi, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 2 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir.

Elle soutient que :

- elle est hébergée au CCAS de Lieusaint par le 115 ;

- son hébergement est précaire dès lors qu'elle doit contacter, chaque début de mois, le 115 afin de rester dans son hébergement ;

- son hébergement est indécent dès lors qu'il ne comporte pas de cuisine ;

- son hébergement de 11 m2 dans lequel elle vit avec ses deux enfants est insalubre dès lors qu'il est suroccupé et infecté de cafards.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juin 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut, à titre principal, à l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation et, à titre subsidiaire, au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête de Mme A sont infondés.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 20 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n°2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R. 222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L. 732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique le rapport de M. Delmas, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 9 septembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 9 janvier 2023, cette commission de médiation a rejeté son recours amiable. Mme A a introduit un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par une décision du 2 mai 2023, ce recours gracieux a été rejeté. Par le présent recours, Mme A doit être regardée comme demandant l'annulation de ces deux décisions.

Sur le cadre juridique applicable :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /(). ".

3. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

4. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne :

5. Le préfet de Seine-et-Marne fait valoir que la requête de Mme A est irrecevable en raison de ce qu'elle serait dépourvue de conclusions à fin d'annulation dirigées contre la décision de la commission de médiation de Seine-et-Marne. Toutefois, si Mme A demande au tribunal d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui attribuer un logement répondant à ses besoins et capacités, en application de l'article L. 441-2-3-1 du code de la construction et de l'habitation, il ressort également de sa requête que la requérante, non représentée par un avocat à la date de l'introduction de son recours, doit être regardée comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 9 janvier 2023 ainsi que celle du 2 mai 2023. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par le préfet doit être écartée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Il ressort de la décision du 9 janvier 2023 que pour rejeter le recours amiable de Mme A, la commission de médiation de Seine-et-Marne a estimé que les éléments fournis à l'appui de son recours amiable ne permettent pas de caractériser la situation d'urgence invoquée dès lors que le dossier de l'intéressé était incomplet faute de contenir les pièces nécessaires à l'examen de sa situation (attestation 115 ou attestation d'élection de domicile). Mme A a formé un recours gracieux contre cette décision. Il ressort de la décision du 2 mai 2023 que pour rejeter le recours gracieux de Mme A, la commission de médiation a estimé qu'une offre de logement n'étant pas adaptée à la situation particulière de l'intéressée, elle devra se voir proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale. La décision du 2 mai 2023 a, en outre, retiré la décision du 9 janvier 2023.

7. Toutefois, d'une part, il ressort des pièces du dossier que par une lettre du

12 septembre 2022, le service instructeur de la commission de médiation de Seine-et-Marne a invité Mme A à compléter son dossier en produisant les pièces obligatoires suivantes : attestation d'enregistrement de la demande de logement social ou de son renouvellement, copie recto verso d'une pièce d'identité ou acte de naissance pour chacune des personnes à loger, pièces-justificatives de ses ressources mensuelles pour les trois derniers mois, copie recto verso du dernier avis d'imposition ou de non-imposition, et justificatif délivré par la caisse des allocations familiales mentionnant le détail des prestations perçues. Cependant, il ne ressort pas de cette lettre que Mme A devait compléter son dossier en produisant une attestation 115 ou attestation d'élection de domicile. Ainsi, la commission de médiation ne pouvait légalement se fonder sur l'absence de ces deux pièces pour rejeter le recours amiable de Mme A.

8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, notamment de l'attestation de prise en charge à l'hôtel par la plateforme 115 du service intégré de l'accueil et de l'orientation de Seine-et-Marne, que Mme A est hébergée dans une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis le 24 août 2022. Par suite, la requérante était hébergée dans une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois au sens de

l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. Si l'administration fait valoir que Mme A justifiait de trop faibles ressources, elle ne démontre pas que la requérante était dans l'incapacité financière à accéder au logement social. En conséquence, la requérante doit être regardée comme établissant par des éléments suffisamment probants qu'à la date de la décision de la commission de médiation rejetant son recours gracieux, elle se trouvait dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation pour être reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence. Dès lors, le moyen tiré de ce que la décision du 2 mai 2023 était entachée d'erreur manifeste d'appréciation doit être accueilli.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation des décisions du

9 janvier 2023 et du 2 mai 2023 par lesquelles la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable et son recours gracieux.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

10. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. La juridiction peut également prescrire d'office l'intervention de cette nouvelle décision. ".

11. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de Mme A implique nécessairement que la commission se prononce de nouveau sur cette demande, en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a donc lieu d'enjoindre à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de l'intéressée et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er: Les décisions du 9 janvier 2023 et du 2 mai 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne de réexaminer la demande de logement de Mme A et de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

Le greffier,

S. BONINE

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2306372

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