mercredi 28 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2306477 |
| Type | Ordonnance |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | LECLERCQ |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 juin 2023, complétée le 26 juin 2023, M. B C, représentée par Me Leclercq, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, après l'avoir admis à l'aide juridictionnelle provisoire :
1°) de suspendre l'exécution de la décision en date du 21 juin 2023 par laquelle le chef de poste de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly lui a refusé l'entrée sur le territoire français ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de mettre fin à son placement en zone d'attente ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat (ministre de l'intérieur et des outre-mer) une somme de 2.000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il indique qu'il est de nationalité marocaine, originaire du Sahara Occidental, qu'il est entré sur le territoire en fin d'année 2022 et a sollicité l'asile politique en Guyane, qu'il lui a été remis une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 3 septembre 2023, que sa demande a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 11 janvier 2023, qu'il a été admis à l'aide juridictionnelle par le bureau compétent de la Cour nationale du droit d'asile le 24 février 2023 et qu'il a formé un recours devant cette Cour le 23 mars 2023, qu'il est alors venu en métropole pour y rejoindre son oncle, qu'il a toutefois été placé en zone d'attente le 21 juin 2023, et que le ministre de l'intérieur et des outre-mer a considéré à tort qu'il formulait une demande de réexamen de sa demande d'asile et l'a placé en zone d'attente.
Il soutient que la condition d'urgence est satisfaite car il a formé une demande d'asile toujours pendante, et que la décision contestée porte atteinte à une liberté fondamentale soit celle de voir sa demande d'asile examinée et qu'elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 juin 2023, le ministre de l'intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il oppose une fin de non-recevoir tiré de l'irrecevabilité des conclusions dirigées contre l'arrêté du 21 juin 2023 dès lors que la prolongation du placement en zone d'attente a été accordée par le juge des libertés et de la détention le 25 juin 2023.
Il soutient que les moyens ne sont pas fondés.
Vu la décision attaquée,
Les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 modifiée relative à l'aide juridique et le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 modifié pris pour son application ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Melun a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer en tant que juge des référés en application de l'article L. 511-2 du code de justice administrative.
Après avoir, au cours de l'audience publique du 27 juin 2023, en présence de Madame Do Novo, greffière d'audience, présenté son rapport et entendu les observations de Me Leclercq, représentant M. C, requérant, présent, qui rappelle qu'il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile, qu'il dispose d'une attestation de demande d'asile en cours de validité et que son oncle, de nationalité française, vit en France et est en mesure de l'héberger.
Le ministre de l'intérieur et des outre-mer, dûment convoqué, n'était ni présent ni représenté.
Considérant ce qui suit :
1. M. B C, ressortissant marocain né le 14 mars 1992 à Guelmin s'est présenté le 4 novembre 2022 au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de la Guyane pour y solliciter l'asile. Sa demande d'asile a été rejetée le 11 janvier 2023 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides. Il a formé un recours devant la Cour nationale du droit d'asile le 22 mars 2023, après attribution de l'aide juridictionnelle. Le 21 juin 2023, il a pris un vol au départ de Cayenne (Guyane) pour se rendre en métropole et a atterri à l'aéroport d'Orly (Val-de-Marne). Il venait rejoindre en France son oncle, de nationalité française, susceptible de l'héberger. Il a présenté aux forces de police son passeport marocain valide et son attestation de demande d'asile valable jusqu'au 3 septembre 2023. Il a été placé en zone d'attente le 21 mai 2023, en application d'une décision de refus d'entrée du même jour prononcée par le chef de poste de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly. Il a fait l'objet, le 22 juin 2023, d'une décision de refus d'entrée au titre de l'asile par le ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par une ordonnance du 25 juin 2022, le juge des libertés et de la détention du tribunal judiciaire de Créteil a prolongé son placement en zone d'attente pour une durée de huit jours pour " s'assurer de son maintien à la disposition des autorités " pour permettre le bon déroulement de la présente instance. En effet, par sa requête enregistrée le 23 juin 2023, il demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer de l'autoriser à entrer sur le territoire français.
Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".
3. Aux termes de l'article 61 du décret du 20 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions sur le fondement de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :
4. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. / Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures ".
5. Il résulte de la combinaison des dispositions des articles L. 511-1, L. 521-2 et L. 521-4 du code de justice administrative qu'il appartient au juge des référés, lorsqu'il est saisi sur le fondement de l'article L. 521-2 de ce code et qu'il constate une atteinte grave et manifestement illégale portée par une personne morale de droit public à une liberté fondamentale, de prendre les mesures qui sont de nature à faire disparaître les effets de cette atteinte. Ces mesures doivent en principe présenter un caractère provisoire, sauf lorsqu'aucune mesure de cette nature n'est susceptible de sauvegarder l'exercice effectif de la liberté fondamentale à laquelle il est porté atteinte.
6. En l'espèce, M. C justifie d'une condition d'urgence, dès lorsqu'il est maintenu à l'aéroport d'Orly en vue d'un éloignement imminent vers la Guyane alors qu'il a déposé une demande d'asile, toujours pendante devant les instances compétentes en la matière et qu'il est titulaire d'une attestation de demande d'asile qui l'autorise à se maintenir sur le territoire français.
7. Aux termes de l'article L. 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux terme de l'article L. 541-2 du même code : " L'attestation délivrée en application de l'article L. 521-7, dès lors que la demande d'asile a été introduite auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, vaut autorisation provisoire de séjour et est renouvelable jusqu'à ce que l'office et, le cas échéant, la Cour nationale du droit d'asile statuent. ". Enfin, aux termes de l'article L. 542-1 du même code : " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la notification de celle-ci ".
8. Il ressort des pièces du dossier que la demande d'asile de M. C a été rejetée le 11 janvier 2023 par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et que le requérant bénéficie d'une attestation de demande d'asile délivrée par le préfet de la Guyane et valable jusqu'au 3 septembre 2023. A la date où il s'est présenté au poste de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly, il avait présenté un recours devant la Cour nationale du droit d'asile depuis trois mois.
9. Dans ces conditions, à la date du 21 juin 2023, et nonobstant le fait que le ministre de l'intérieur et des outre-mer ait pu prendre à son encontre le 22 juin 2023 une décision de refus d'admission au titre de l'asile, qui n'avait pas lieu d'être eu égard au recours formé le 22 mars 2023 devant la Cour nationale du droit d'asile par M. C, ce dernier disposait du droit de se maintenir sur le territoire français et donc d'y circuler librement au moins jusqu'à la décision de cette juridiction, et est donc fondé à soutenir qu'en lui en refusant l'entrée sur le territoire métropolitain, le directeur de la police aux frontières de l'aéroport d'Orly a porté une atteinte grave et manifestement illégale à sa liberté personnelle.
10. Par suite, il y a lieu d'enjoindre au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'autoriser l'entrée sur le territoire de M. C.
Sur les frais du litige :
11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat du bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, partielle ou totale, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. Si l'avocat du bénéficiaire de l'aide recouvre cette somme, il renonce à percevoir la part contributive de l'État. S'il n'en recouvre qu'une partie, la fraction recouvrée vient en déduction de la part contributive de l'État. Si, à l'issue du délai de douze mois à compter du jour où la décision est passée en force de chose jugée, l'avocat n'a pas demandé le versement de tout ou partie de la part contributive de l'État, il est réputé avoir renoncé à celle-ci () ".
12. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (ministre de l'intérieur et des outre-mer) une somme de 1 500 euros qui sera versée à Me Leclercq, conseil de M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressé, cette somme lui sera versée directement.
O R D O N N E :
Article 1er : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer d'autoriser l'entrée sur le territoire métropolitain de la France de M. B C.
Article 2 : L'Etat (ministre de l'intérieur et des outre-mer) versera une somme de 1 500 euros à Me Leclercq, conseil de M. C, en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour celle-ci de renoncer à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État à la mission d'aide juridictionnelle qui lui aura été confiée. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas attribuée à l'intéressée, cette somme lui sera versée directement.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C, au préfet de la Guyane et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Le juge des référés,La greffière,
A : M. AymardA : M. Do Novo
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2306477
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026