lundi 24 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2306570 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | STEPHAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 26 juin 2023, M. E B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, représenté par Me Stéphan, demande au tribunal :
1°) d'annuler les décisions du 24 juin 2023 par lesquelles le préfet de la Seine-Saint-Denis lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre à l'administration de produire son entier dossier.
Il soutient que :
- les décisions litigieuses ont été signées par une autorité incompétente ;
- elles sont insuffisamment motivées ;
- elles sont entachées d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;
- elles ont été prises en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- elles sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit ;
- elles méconnaissent les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense et des pièces, enregistrés respectivement les 12 juillet et 28 juin 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis, représenté par le cabinet Centaure Avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
La Cimade a communiqué des pièces enregistrées les 29 juin et 1er juillet 2023.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées les 6 et 12 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Luneau pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Luneau, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen ;
- les observations de Me Stéphan, représentant M. B, assisté de M. C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens et soutient, en outre, d'une part, que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur de fait en ce qu'il mentionne que l'intéressé n'aurait engagé aucune démarche pour régulariser sa situation administrative alors qu'il a adressé un courrier en juillet 2022 à la préfecture de la Seine-Saint-Denis, figurant au dossier, dont il produit devant nous l'accusé réception supportant le tampon de la préfecture daté du 25 juillet 2022 et, d'autre part, que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant compte tenu du lien qu'il entretient avec ses enfants, prouvant ainsi les circonstances humanitaires permettant de ne pas prononcer une telle mesure. Il demande également qu'il soit enjoint au préfet de la Seine-Saint-Denis de réexaminer la situation de M. B ;
- M. B, assisté de M. C, interprète en langue arabe ;
- et de Me Dussault, représentant le préfet de la Seine-Saint-Denis, absent, qui conclut au rejet de la requête, le moyen tiré de l'erreur de fait étant à tout le moins infondé tout comme les autres moyens soulevés.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. E B, ressortissant égyptien né le 28 janvier 1986, est entré en France en 2005, selon ses déclarations. Il a été interpellé par les services de police le 23 juin 2023 pour des faits de port sans motif légitime d'arme blanche ou incapacitante de catégorie B et placé en garde à vue le même jour. Par un arrêté du 24 juin 2023, notifié le même jour, le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. En vue de l'exécution de cette mesure, le préfet a décidé d'un placement au local de rétention administrative de Bobigny le 24 juin 2023 puis au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2 à compter du 26 juin suivant. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de l'arrêté du 24 juin 2023.
Sur les conclusions tendant à la production de l'entier dossier :
2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".
3. L'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier du requérant détenu par l'administration.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne les moyens communs aux décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'un délai de départ volontaire et fixant le pays de destination :
4. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-0538 du 10 mars 2023 publié au bulletin d'informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, le préfet de la Seine-Saint-Denis a donné délégation de signature à M. D F, attaché d'administration de l'Etat, adjoint au chef de la plateforme interrégionale de la main d'œuvre étrangère, à l'effet de signer les arrêtés portant obligation de quitter le territoire français, les décisions fixant le délai de départ et les décisions fixant le pays vers lequel sera éloigné un étranger faisant l'objet d'une mesure d'éloignement. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur des décisions attaquées manque en fait et doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté contesté mentionne notamment que M. B ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français et qu'il n'est pas titulaire d'un titre de séjour en cours de validité, qu'il s'est soustrait à l'exécution de trois précédentes mesures d'éloignement prononcées à son encontre et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Il ne ressort ainsi ni des termes de cet arrêté ni des autres pièces versées au dossier que le préfet de la Seine-Saint- Denis n'aurait pas a procédé à l'examen particulier de la situation du requérant. Par suite, le moyen doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
7. Ainsi que la Cour de justice de l'Union européenne l'a jugé dans ses arrêts C-166/13 et C-249/13 des 5 novembre et 11 décembre 2014, le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de retour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une décision de retour. Il n'implique toutefois pas que l'administration ait l'obligation de mettre l'intéressé à même de présenter ses observations de façon spécifique sur la décision l'obligeant à quitter le territoire français ni sur chacune des décisions qui l'assortissent dès lors qu'il a pu être entendu sur l'irrégularité du séjour ou la perspective de l'éloignement. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été entendu à plusieurs reprises par les services de police tout au long des procédures dont il fait l'objet et notamment lors de l'audition du 24 juin 2023 à 16h55 alors qu'il était encore placé en garde à vue. Il résulte du procès-verbal de cette audition, qu'il a signé sans réserve, que l'intéressé a été entendu sur sa situation familiale, l'irrégularité de sa situation administrative et les perspectives de son éloignement. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé aurait sollicité en vain un entretien avec les services préfectoraux ni qu'il ait été empêché de s'exprimer avant que ne soit pris l'arrêté litigieux. Il n'est par ailleurs ni établi, ni même allégué, que M. B aurait disposé d'autres informations pertinentes à cet égard qui auraient été de nature à faire obstacle à l'édiction de cette décision. Dès lors, d'une part, M. B ne saurait être regardé comme ayant été privé du droit d'être entendu qu'il tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne. D'autre part, pour les mêmes motifs, l'intéressé n'est pas davantage fondé à soutenir que le principe du contradictoire aurait été méconnu.
8. En quatrième lieu, le requérant soulève à l'audience publique, par l'intermédiaire de son conseil, que les décisions attaquées seraient entachées d'une erreur de fait en ce que le préfet mentionne que M. B n'a effectué aucune démarche administrative en vue de régulariser sa situation au regard du droit au séjour. Il fait valoir qu'il a adressé en 2022 au préfet de la Seine-Saint-Denis une demande d'abrogation de l'obligation de quitter le territoire français prononcée en 2018 accompagnée d'une demande de titre de séjour et il produit l'accusé réception de son courrier supportant le tampon de la préfecture de la Seine-Saint-Denis daté du 25 juillet 2022. Il ressort de son procès-verbal d'audition mentionné au point précédent que s'il a déclaré avoir effectué des démarches en vue d'obtenir un titre de séjour, il a ajouté que la préfecture y avait répondu en lui adressant un courrier en recommandé mais qu'il n'avait pas voulu aller chercher à la Poste. Le moyen tiré de ce que le préfet aurait commis une inexactitude matérielle, qui n'est pas suffisamment établie par l'intéressé, doit être écarté.
9. En cinquième lieu et dernier lieu, si M. B soulève le moyen tiré de l'erreur de droit, il n'assortit ce moyen d'aucune précision permettant d'en apprécier le bien-fondé.
Sur le moyen commun aux décisions portant obligation de quitter le territoire français et refus d'un délai de départ volontaire :
10. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire et refus d'un délai de départ volontaire qui n'ont pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel M. B pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
11. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; / (). ". Le premier alinéa de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile prévoit que " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. ".
12. En l'espèce, la décision attaquée du 24 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et cite notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. B et indique que la décision prise ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
13. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Si M. B soutient résider en France depuis 2005, il n'apporte que des éléments parcellaires et peu probants pour les années 2011 à 2016, des attestations de visite médiatisée auprès de ses filles pour les six premiers mois de l'année 2017 et les mêmes attestations pour les années 2018, 2019 et 2021 à 2023. Au demeurant, il ne justifie de l'engagement d'aucune démarche visant à régulariser sa situation administrative, à l'exception d'un courrier daté du 11 juillet 2022 par lequel il demande au préfet de Seine-Saint-Denis d'abroger l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour qu'il a prononcés le 21 septembre 2018 à son encontre, ne démontrant que récemment sa volonté de régulariser sa situation au regard du droit au séjour malgré l'ancienneté déclarée de sa présence en France. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier qu'il s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français en dépit de trois obligations de quitter le territoire français définitives qu'il n'a pas exécutées, la première en date du 27 mai 2015 assortie d'un délai de départ volontaire de trente jours, la deuxième en date du 24 août 2016 assortie également d'un délai de départ volontaire de trente jours et la dernière, sans délai de départ volontaire, en date du 21 août 2018, prononcée par le préfet de la Seine-Saint-Denis en raison de la menace à l'ordre public qu'il représentait suite à son interpellation pour des faits d'outrage à personne dépositaire de l'autorité publique et qu'il a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d' une durée de trois ans. Au surplus, l'intéressé, qui a été condamné le 13 juillet 2010 par le tribunal judiciaire de Pontoise à dix-huit mois d'emprisonnement délictuel pour des faits de détention et transport de stupéfiants, entrée et séjour irrégulier, recel de bien provenant d'un vol et mise en circulation de véhicule à moteur ou remorque muni de plaque ou d'inscription inexacte, a fait l'objet d'une interdiction judiciaire du territoire français qui assortissait cette condamnation. De plus, si l'intéressé déclare dans son audition par les services de police être marié, il n'en justifie pas. Par ailleurs, si le requérant apporte la preuve qu'il est le père de deux filles de nationalité roumaines, nées le 20 février 2012 et le 1er juillet 2013, qu'elles sont placées au service de l'aide sociale à l'enfance depuis février 2015 et qu'il leur rend visite régulièrement depuis 2017, cette circonstance est insuffisante au regard des précédentes mesures d'éloignement précitées, de sa condamnation à une peine d'emprisonnement délictuel assortie d'une mesure d'interdiction judiciaire du territoire et au regard de la menace à l'ordre public qu'il constitue. Enfin, M. B, qui déclare travailler irrégulièrement sur les marchés, ne justifie ni d'une adresse fixe et stable ni d'une intégration professionnelle ni d'une insertion particulière dans la société française. Il ne démontre pas davantage être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de dix-neuf ans. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Compte tenu de l'ensemble de la situation de M. B, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.
15. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées.
Sur la décision refusant le délai de départ volontaire :
16. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". L'article L. 612-2 de ce code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Selon l'article L. 612-3 du même code " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; / () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, () il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale (). ". Enfin, l'article L. 613-2 du même code dispose " Les décisions relatives au refus et à la fin du délai de départ volontaire prévues aux articles L. 612-2 et L. 612-5 et les décisions d'interdiction de retour () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées. ".
17. En premier lieu, pour refuser à M. B le bénéfice d'un délai de départ volontaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis, qui relève que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution de trois précédentes obligations de quitter le territoire dont il a fait l'objet les 21 septembre 2018, 24 août 2016 et 27 mai 2015 et d'une mesure d'éloignement prononcée par le tribunal judiciaire de Pontoise le 13 juillet 2010, s'est fondé sur les motifs tirés de ce que le requérant ne présentait pas de garanties de représentation suffisantes dès lors notamment qu'il est dépourvu de document de voyage en cours de validité et qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente. Par suite, la décision est suffisamment motivée.
18. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment du procès-verbal d'audition cité au point 8. du présent jugement, que M. B est entré irrégulièrement sur le territoire. Il ressort également des pièces du dossier que, à la date de la décision contestée, M. B ne pouvait justifier d'une adresse stable. Dès lors, et compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, le risque de fuite pouvant être regardé comme établi au sens des dispositions précitées de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Seine-Saint-Denis a pu légalement, donc sans erreur de droit, lui refuser l'octroi d'un délai de départ volontaire. En ne retenant pas de circonstances particulières de nature à renverser cette présomption, cette autorité n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas méconnu davantage les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
19. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision de refus de délai de départ volontaire doivent être rejetées.
Sur la décision fixant le pays de destination :
20. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français (). ". Le dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code prévoit qu'" Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " aux termes duquel : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".
21. En premier lieu, la décision contestée du 24 juin 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, la circonstance que la mesure envisagée ne contrevient pas à l'article 3 de cette convention et que l'intéressé pourra être reconduit dans le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays où il est légalement admissible. Par suite, la décision est suffisamment motivée.
22. En deuxième lieu, si M. B soutient que la décision attaquée méconnaît l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, il n'apporte aucun élément permettant de considérer qu'il encourt un risque personnel et actuel au sens de stipulations précitées de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par conséquent, le moyen ainsi soulevé doit être écarté, de même que celui tiré de ce que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
23. En troisième lieu et dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel l'étranger sera renvoyé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement.
24. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision fixant le pays de destination doivent être rejetées.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
25. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder trois ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français ".
26. Aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. () " . Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.
27. M. B soutient à l'audience publique, par l'intermédiaire de son avocat, qu'il entretient un lien régulier avec ses enfants et qu'il est présent à leurs côtés malgré ses difficultés sociales, ce qui est corroboré par les attestations des services sociaux versées au dossier, et que dans ces conditions, il justifie de circonstances humanitaires permettant à l'autorité administrative de ne pas prononcer d'interdiction de retour sur le territoire français. Il fait valoir également, dans sa requête, que bien que ses filles soient placées au service de l'aide sociale à l'enfance depuis février 2015, il conserve l'autorité parentale et bénéficie d'un droit de visite hebdomadaire qu'il exerce tous les mercredis. Il ressort des différentes attestations produites que le requérant a exercé avec sérieux son droit de visite médiatisé, dans un premier temps de janvier à juin 2017 à raison d'une à trois rencontres par mois, puis de façon assidue à compter en 2018, 2019, 2021 et 2022 et à treize reprises depuis le début de l'année en cours. L'attestation de suivi datée du 11 juillet 2022 précise également qu'il est très investi dans son rôle parental " ce qui bénéficie grandement au développement de ses enfants " et que " l'évolution de la situation est remarquable aussi bien en ce qui concerne les liens parents-enfants, l'équilibre des enfants et l'insertion sociale de Monsieur B ". Par ailleurs, la note sociale établie le 30 juin 2023 par l'unité d'accueil parents-enfants de Clichy chargée de mettre en œuvre les visites médiatisées entre le requérant et ses filles indique qu'il voit ses filles chaque semaine et qu'il " tient un rôle essentiel au bon développement psychique et émotionnel [de ses filles] ". A suit de là que la mesure d'interdiction de retour méconnaît, dans les circonstances très particulières de l'espèce et compte tenu en particulier du jeune âge des enfants du requérant, les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. Par suite, M. B est fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
28. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.
Sur les injonctions :
29. En premier lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 613-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger auquel est notifiée une interdiction de retour sur le territoire français est informé qu'il fait l'objet d'un signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen, conformément à l'article 24 du règlement (UE) n° 2018/1861 du Parlement européen et du Conseil du 28 novembre 2018 sur l'établissement, le fonctionnement et l'utilisation du système d'information Schengen (SIS) dans le domaine des vérifications aux frontières, modifiant la convention d'application de l'accord de Schengen et modifiant et abrogeant le règlement (CE) n° 1987/2006. (). ".
30. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
31. En second lieu, l'annulation prononcée n'implique aucune autre injonction. Il y a donc lieu de rejeter les conclusions aux fins d'injonction présentées par M. B à l'audience publique.
D E C I D E :
Article 1er : L'interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 24 juin 2023 par le préfet de la Seine-Saint-Denis est annulée.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E B et au préfet de la Seine-Saint-Denis.
Lu en audience publique le 24 juillet 2023 à 16h51.
La magistrate désignée,
Signé : Mme LUNEAU
La greffière,
Signé : N. RIELLANT
La République mande et ordonne au préfet de Seine-Saint-Denis, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026