mercredi 2 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2306595 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduite à la frontière |
| Avocat requérant | ORMILLIEN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 27 juin 2023, M. A B, retenu au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représenté par Me Weinberg, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'État (préfecture du Val-de-Marne) une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
M. B soutient que :
- l'arrêté attaqué n'a pas été signé par une autorité compétente pour ce faire, faute de délégation de signature régulière ;
- il est insuffisamment motivé ;
- il méconnaît les dispositions figurant aux articles L. 423-7 et 5° du L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 1er août 2023.
Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 26 juillet 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente du Tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant, en cas d'annulation, à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation du requérant et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ainsi que de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de l'intéressé dans le système d'information Schengen ;
- les observations de Me Weinberg, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, à l'appui des moyens susvisés et, en outre, en soutenant que :
* L'arrêté attaqué a été édicté en violation de son droit d'être entendu, principe général du droit de l'Union européenne, dès lors qu'il n'a pas été mis à même de faire valoir la moindre observation en amont de l'édiction des décisions en litige ;
* Il n'a pas été procédé à un examen sérieux de sa situation, en particulier familiale, avant d'édicter les décisions contestées, notamment celles portant obligation de quitter le territoire français et lui refusant tout délai de départ volontaire, alors qu'en outre il présente des garanties de présentation suffisantes ;
* L'arrêté attaqué est entaché d'erreurs de fait, tenant tout particulièrement aux mentions qu'il serait célibataire et sans charge de famille ;
* Il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation, eu égard à sa vie familiale et à son ancienneté de séjour.
- les observations de M. B ;
- ainsi que celles de Me Jacquard, représentant la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.
Après avoir prononcé la clôture d'instruction, en application de l'article R.776-26 du code de justice administrative, à 15h34.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant camerounais né le 24 février 1995 à Douala (Cameroun), est entré en France le 10 octobre 2010, selon ses déclarations. Le 9 décembre 2020, M. B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en qualité de parent d'enfants français, demande rejetée par un arrêté du préfet du Val-d'Oise du 26 janvier 2022. Par un arrêté du 22 juin 2023, dont le requérant demande l'annulation, la préfète du Val-de-Marne l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci a été pris, sur le fondement du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au motif déterminant que le comportement de M. B constitue une menace à l'ordre public, eu égard aux faits de vol aggravé commis en récidive par celui-ci, pour lesquels il a été condamné, les 14 mai 2021 et 14 septembre 2022, à six ans puis un an d'emprisonnement.
3. Néanmoins, il est constant que M. B est père de deux enfants français, un fils et une fille respectivement âgés d'environ 5 ans et demi et 2 ans et demi. Il ressort notamment des pièces du dossier qu'en dépit de son incarcération pour les faits précités, M. B a, durant l'exécution de sa peine prononcée en mai 2021, maintenu une contribution financière au bénéfice de sa fille, quand bien même irrégulière. Pour la période postérieure, il atteste de trois versements entre janvier et mai 2022 au profit de celle-ci. Puis, écroué au centre pénitentiaire de Fresnes à compter du 5 août 2022, M. B justifie du maintien d'un lien affectif avec sa fille, quand bien même ses allégations de visites hebdomadaires ne sont pas étayées, dès lors qu'il produit plusieurs photographies où l'enfant figure à ses côtés, clichés dont il ne peut être sérieusement contesté qu'ils ont été pris lors de l'année de détention en question, eu égard à l'âge de l'enfant, présente à l'audience, et de la configuration des lieux représentés, comportant notamment une fenêtre munie de barreaux. Or, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'autorité préfectorale aurait tenu compte des éléments précités relatifs à la vie parentale du requérant, dès lors que ceux-ci sont en partie postérieurs à l'arrêté, du 26 janvier 2022, antérieurement édicté à l'encontre de celui-ci, un an et quatre mois avant celui en litige, et qu'il n'est pas contesté que M. B n'a pas été mis en mesure de présenter des observations avant l'édiction de l'arrêté en litige. A cet égard, ce dernier arrêté se borne aux mentions que " l'intéressé est () sans charge de famille " et que " ses liens personnels et familiaux en France ne sont pas intenses et stables ". Au surplus, il est également fait mention que " l'intéressé est célibataire ", situation contredite par des attestations sur l'honneur de la mère de la fille du requérant, quand bien même postérieures à l'arrêté attaqué, selon lesquelles elle est en couple avec M. B.
4. Il suit de ce qui précède que la décision attaquée, portant obligation de quitter le territoire français, est intervenue sans avoir été précédée d'un examen particulier de la situation personnelle et familiale du requérant. Par suite, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, M. B est fondé à en demander l'annulation. Par voie de conséquence, les décisions portant refus de départ volontaire, fixation du pays à destination et interdiction de retour sur le territoire français doivent également être annulées.
Sur les injonctions :
5. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. " Et, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".
6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que la préfète du Val-de-Marne réexamine la situation de M. B et qu'elle lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'elle ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.
7. En second lieu, aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Et, aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si l'obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1, L. 743-13 () ".
8. Le présent jugement, qui annule l'interdiction de retour sur le territoire français prise à l'encontre de M. B, implique nécessairement que l'administration efface le signalement dont il fait l'objet dans le système d'information Schengen aux fins de non-admission. Il y a donc lieu d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin à ce signalement.
Sur les frais liés au litige :
9. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " () Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. ".
10. En application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat (préfecture du Val-de-Marne) la somme de 1 200 euros en remboursement des frais exposés par M. B non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 22 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation de M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.
Article 3 : Il est enjoint à la préfète du Val-de-Marne, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen procédant de l'interdiction de retour du 22 juin 2023 ci-dessus annulée.
Article 4 : L'Etat (préfecture du Val-de-Marne) versera à M. B la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.
Lu en audience publique le 2 août 2023 à 17 heures.
La magistrate désignée,
Signé : S. C
La greffière,
Signé : N. RIELLANT
La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N. RIELLANT
2
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026