jeudi 13 juillet 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2306720 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | BONAGLIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 juin 2023, M. A B et M. D C, représentés par Me Bonaglia, demandent au juge des référés, statuant pas application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative :
1°) de mettre fin à l'injonction qui leur est faite d'évacuer le bâtiment sis 30 rue de Baudemons à Thiais (94), prononcée par l'ordonnance du juge des référés n°2111434 du 5 janvier 2022 ;
2°) de rejeter les conclusions du centre communal d'action sociale de la ville de Paris ;
3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de la ville de Paris la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête n°2111434 ne leur a pas été communiquée et ils n'ont donc pas été en mesure de présenter leurs observations en défense au cours de cette instance ;
- le juge administratif est incompétent pour connaître des conclusions du centre communal d'action sociale de la ville de Paris dès lors que le bâtiment ne relève plus du domaine public de la collectivité : en effet, la résidence des Baudemons a été fermée, le bâtiment a été désaffecté de sa destination, la maire de Paris a procédé au retrait de l'autorisation d'exploitation d'un service social et médico-social au sens de l'article L. 313-1 du code de l'action sociale et des familles et le centre communal d'action sociale de la ville de Paris poursuit le projet de vendre ce bâtiment ;
- la condition d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative n'est pas remplie dès lors que près de dix-huit mois se sont écoulés depuis la notification de l'ordonnance, qu'aucun élément ne permet de caractériser une menace à l'ordre public justifiant l'expulsion et que les conditions d'occupation des lieux ne sont plus les mêmes ;
- il existe une contestation sérieuse dès lors qu'aucune solution de relogement n'a été proposée aux occupants du bâtiment et que l'expulsion porte une atteinte grave et manifestement illégale au droit au respect de la vie privée et familiale des intéressés au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2023, présenté par Me Seban, le centre communal d'action sociale de la ville de Paris, représentée par sa présidente, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable dès lors que les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure initialement introduite devant le juge des référés ne sont pas recevables au soutien d'une demande de réexamen présentée sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative ;
- à titre subsidiaire, les requérants ne font valoir aucun élément nouveau justifiant le réexamen de la mesure ordonnée par le juge des référés hormis celui, irrecevable, tiré de l'irrégularité de la procédure initiale ;
- à titre infiniment subsidiaire, aucun des moyens invoqués n'est fondé.
La procédure a été communiquée à la commune de Thiais qui n'a pas produit d'observations.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- l'ordonnance du juge des référés n°2111434 du 5 janvier 2022.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme Billandon, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Aubret, greffière d'audience, Mme Billandon a lu son rapport et entendu :
- les observations de Me Bonaglia pour MM. B et C, présents, qui persistent dans leurs conclusions ; ils déclarent expressément abandonner le moyen tiré de l'incompétence du juge administratif, reconnaissant que le bâtiment en cause relève du domaine public ; ils soutiennent en outre que si le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure initiale devant le juge des référés n'est pas recevable devant le juge des référés statuant par application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, en revanche, ils font bien état d'éléments nouveaux au sens de ces dispositions, à savoir : la mesure d'expulsion du domaine public ne présente pas d'urgence dès lors que le centre communal d'action sociale de la ville de Paris n'a toujours pas procédé à leur évacuation nonobstant la garantie de sécurité des occupants qu'il avait alléguée devant le juge des référés ; aucune solution de relogement n'a été proposée aux occupants ; malgré une visite des lieux par la commission d'hygiène et de sécurité de la ville de Thiais, aucun arrêté municipal n'a interdit l'accès au bâtiment ; en tout état de cause, les risques que présentait ce bâtiment ont été corrigés depuis l'édiction de l'ordonnance du juge des référés ; le centre communal d'action sociale de la ville de Paris ne fait état d'aucun projet d'utilisation de bâtiment ni d'aucun acquéreur potentiel ; l'évacuation des occupants, qui sont des personnes vulnérables, mettra un terme à leur accompagnement par les associations qui les soutiennent ;
- les observations de Me Collin pour le centre communal d'action sociale de la ville de Paris, qui persiste à conclure au rejet de la requête par les mêmes observations ; il fait en outre valoir : que la requête est bien irrecevable dès lors qu'elle se fonde seulement sur l'irrégularité de la procédure initiale devant le juge des référés ; les conditions d'application de l'article L. 521-3 du code de justice administrative demeurent réunies dès lors que le bâtiment, qui relève du domaine public, est occupé par des personnes sans droit ni titre, qu'il est urgent de les évacuer des lieux compte tenu du danger présenté par les locaux, les travaux qu'il a entrepris n'ayant pas porté sur la résorption pérenne de ce danger ; le délai de dix-huit mois écoulé depuis l'édiction de l'ordonnance du juge des référés traduit ses difficultés pour trouver des solutions pérennes de relogement ;
- la commune de Thiais n'était ni présente ni représentée.
La clôture de l'instruction a été différée au jeudi 13 juillet 2023 à midi.
Par un mémoire en défense enregistré le 13 juillet 2023 à 11h29, présenté par Me Seban, le centre communal d'action sociale de la ville de Paris, représenté par sa présidente, persiste à conclure au rejet de la requête. Ce mémoire, assorti de pièces, a été communiqué.
Il fait valoir en outre qu'au vu des pièces qu'il produit, la situation du bâtiment est à ce jour sans doute plus grave qu'elle ne l'était il y a dix-huit mois alors même qu'il a été dans l'intervalle procédé à des mesures de sécurisation qui ont été rapidement réduites à néant ; il est très urgent d'évacuer les occupants de l'immeuble compte tenu des risques d'incendie et d'électrocution et des bagarres qui y sont de plus en plus fréquentes ; tous les acteurs impliqués s'accordent en l'état pour qu'une opération de relogement puisse être réalisée de manière imminente, au terme d'une réunion de crise à la préfecture du Val-de-Marne.
Le 13 juillet 2023 à 11h45, MM. B et C ont produit des pièces complémentaires qui ont été communiquées. Le CAS a aussi envoyé des pièces.
Considérant ce qui suit :
1. Par une ordonnance rendue le 5 janvier 2022 dans l'instance n°2111434, le juge des référés, statuant par application des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a enjoint aux occupants sans droit ni titre du bâtiment sis 30 rue de Baudemons à Thiais (94), relevant du domaine public du centre communal d'action sociale de la ville de Paris, d'évacuer les lieux sans délai à compter de la notification de ladite ordonnance. Un commandement de quitter les lieux d'ici le 3 juillet 2023 a été signifié par voie d'huissier aux dits occupants le 29 juin 2023. Par la présente requête, MM. B et C, qui se disent occupants de ce bâtiment et délégués des autres occupants, demandent au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative, de mettre fin à l'expulsion du domaine publique prononcée par cette ordonnance.
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative. ". Saisi sur ce fondement d'une demande qui n'est pas manifestement insusceptible de se rattacher à un litige relevant de la compétence du juge administratif, le juge des référés peut prescrire, à des fins conservatoires ou à titre provisoire, toutes mesures que l'urgence justifie, dont l'expulsion d'occupants sans titre du domaine public, à la condition que ces mesures soient utiles et ne se heurtent à aucune contestation sérieuse.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-4 du même code : " Saisi par toute personne intéressée, le juge des référés peut, à tout moment, au vu d'un élément nouveau, modifier les mesures qu'il avait ordonnées ou y mettre fin. ". La seule circonstance que les éléments produits par une partie auraient déjà été à sa disposition lors de l'instruction de la demande initiale et qu'ils n'auraient pas été invoqués en temps utile ne fait pas obstacle à ce qu'ils soient invoqués au soutien d'une demande présentée sur le fondement de l'article L. 521-4 du code de justice administrative tendant à ce que le juge des référés mette fin aux mesures ordonnées antérieurement.
4. Si les requérants ne peuvent utilement invoquer devant le juge des référés statuant par application de l'article L. 521-4 du code de justice administrative l'irrégularité de la procédure suivie devant le juge des référés initialement saisi, ils présentent dans leurs écritures et leurs observations orales à la barre des éléments nouveaux au sens de ces dispositions tirés de l'absence de caractère d'utilité et d'urgence et l'existence d'une contestation sérieuse, au sens de l'article L. 521-3 du même code, concernant la mesure d'expulsion du domaine public ordonnée par le juge des référés dans son ordonnance du 5 janvier 2022.
5. En premier lieu, et d'une part, il résulte de l'instruction et notamment du rapport d'audit de sécurité incendie dressé le 8 février 2023 par un bureau d'études missionné par le centre communal d'action sociale de la ville de Paris que le bâtiment en R+3 sur rez-de-chaussée et
sous-sol présente de graves défauts concernant la sécurité incendie, mettant en péril la sécurité de ses occupants en cas d'évacuation, de feu et de propagation des fumées, dès lors que le désenfumage de l'escalier n'est plus fonctionnel et obsolète et constituera un frein à l'évacuation en cas de présence de fumée, que les serrures des portes des gaines électriques ont été arrachées et restent ouvertes en permanence si bien que le feu et la fumée se répandront rapidement en cas d'éclosion d'un feu électrique, qu'il existe un dérangement important sur la boucle des déclencheurs manuels rendant l'équipement inopérant et l'alarme incendie non fonctionnelle, et impliquant une évacuation personnelle des occupants, et que les extincteurs n'ont pas été vérifiés depuis plusieurs années. Ces conclusions, qui ne sont pas spécifiquement remises en cause par le compte rendu de visite établi le 12 juillet 2023 par un architecte habilité à la maîtrise d'œuvre en son nom propre, à la demande des requérants, qui n'était missionné que pour vérifier les conditions d'habitabilité et l'état général du bâtiment, sont corroborées en revanche par les constatations d'huissiers opérées le même jour à la demande de chacune des parties, et particulièrement l'huissier missionné par le centre communal d'action sociale de la ville de Paris qui ne s'est pas borné à recenser les noms figurant sur les portes des chambres mais a également relevé des dysfonctionnements au niveau des dispositifs d'incendie et secours (absence de blocs " issue de secours " ou blocs hors service, extincteurs dégoupillés ou inexistants, déclencheurs manuels percutés, centrale incendie positionnée en alarme feu, mécanisme d'ouverture d'une fenêtre de désenfumage et sirène hors service), des unités de passages encombrées, la persistance de couchages dans des pièces sans fenêtres au sous-sol, de nombreuses fuites d'eau, le stockage de bidons contenant un liquide jaunâtre non identifié, des armoires électriques ouvertes dans lesquelles divers matériaux sont stockés, un bloc de coupure électrique d'urgence dépourvu de son cache, une rallonge électrique traversant le local des douches, un four à micro-ondes branché sur une baie de brassage d'air, le défaut de report de la chaufferie, le mauvais état des escaliers, la présence de salpêtre et d'humidité dans les étages, et d'une manière générale un surpeuplement des locaux compte tenu de leur surface et la présence de nombreux enfants.
6. D'autre part, il résulte de cette même instruction que des tensions entre les occupants à l'origine de rixes nécessitent l'intervention des forces de police.
7. Il résulte des constatations opérées aux points 5 et 6, et alors qu'il est constant que le bâtiment abrite environ 150 personnes sans droit ni titre, dont une vingtaine d'enfants, que la mesure d'expulsion du domaine public présente toujours à la date de la présente ordonnance un caractère d'urgence au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative.
8. En second lieu, le centre communal d'action sociale de la ville de Paris établit par les pièces qu'il produit les difficultés auxquelles il a été confronté pour procéder au relogement d'environ 150 personnes vulnérables depuis le prononcé de l'ordonnance du 5 janvier 2022, et compte étant tenu de deux périodes de trêve hivernale faisant obstacle à toute expulsion, et justifie de l'imminence d'un relogement pour l'ensemble de ces personnes. Il s'ensuit que la mesure d'expulsion présente toujours un caractère d'utilité et ne se heurte à aucune contestation sérieuse au sens de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, le relogement des occupants en situation vulnérable ne faisant pas obstacle à la poursuite de leur accompagnement par les associations qui les soutiennent et l'atteinte portée à leur vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales n'étant pas assortie des précisions suffisantes pour en apprécier le bien-fondé.
9. Il résulte des constatations opérées aux points 7 et 8 et sans qu'il soit besoin d'examiner la question, non discutée à l'instance, de savoir si la mesure d'expulsion du domaine public fait obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative, ni en tout état de cause la fin de non-recevoir opposée par le centre communal d'action sociale de la ville de Paris, qu'il y a lieu de rejeter la requête dans son ensemble.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de MM. B et C est rejetée.
Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A B, M. D C, au centre communal d'action sociale de la ville de Paris et à la commune de Thiais.
Copie en sera adressée pour information à la préfète du Val-de-Marne.
Fait à Melun, le 13 juillet 2023.
Le juge des référés,
Signé : I. Billandon
La greffière,
Signé : S. AubretLa République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026