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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2306898

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2306898

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2306898
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSCHWILDEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 3 et 19 juillet 2023, Mme A B, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2, représentée par Me De Sa-Pallix, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de police de Paris de lui délivrer une carte de séjour de dix ans portant la mention " citoyen UE EE Suisse, séjour permanent, toutes activités professionnelles " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- les décisions attaquées ont été prises par une autorité incompétente ;

- la procédure contradictoire d'expulsion, précisée à l'article L. 632-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, n'a pas été respectée ;

- les décisions attaquées sont entachées d'un défaut de motivation ;

- elles ont été prises en méconnaissance du droit à être entendu et du caractère contradictoire de la procédure préalable garantie par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- elles méconnaissent les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire méconnait les dispositions de l'article L. 233-1 et L. 251-1 1° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'un défaut d'examen sérieux, a été prise en méconnaissance des articles 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, est entachée d'erreur de droit, méconnait le champ d'application de la loi et à tout le moins méconnait les dispositions de l'article L. 234-1 et L. 252-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, méconnait les dispositions de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'erreur de fait, d'un défaut d'examen et d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français, méconnait les dispositions de l'article L. 251-4 et L. 251-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle, d'une erreur de fait, d'une erreur manifeste d'appréciation, et méconnait les stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'article 7 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La requête a été communiquée au préfet de police de Paris, représenté par Me Schwilden, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées les 12 et 19 juillet 2023.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 17 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Aurore Perrin, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Aurore Perrin, première conseillère ;

- et les observations de Me De Sa-Pallix représentant Mme B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre que la décision attaquée est entachée à tout le moins d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que la requérante dispose de ressources suffisantes à hauteur de 1 200 euros mensuels, qu'elle ne constitue pas une menace à l'ordre public n'ayant jamais été condamnée, que le procureur de la République a décidé de ne pas la déférer, et qu'elle est parfaitement insérée dans la société française dès lors qu'elle travaille, loue un appartement avec son compagnon et dispose de toute sa famille en France où elle réside depuis l'âge de trois ans ;

- et Me Blondel, substituant Me Schwilden, représentant le préfet de police de Paris, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, ressortissante roumaine, née le 22 septembre 2002, est entrée en France en 2006 selon ses déclarations. L'intéressée a été interpellée le 2 juillet 2023 par les services de police et a été placée le jour même en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par arrêté du 2 juillet 2023, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de deux ans. Mme B demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 2 juillet 2023.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : / () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société ; (). ". En application de ces dispositions, il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence d'un citoyen de l'Union européenne autre que la France sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B a été interpelée par les services de police le 2 juillet 2023 et a été placée en garde à vue pour des faits d'outrage sur personne dépositaire de l'autorité publique le même jour à OOH45 dans le 8ème arrondissement de Paris. Toutefois, l'audition de l'intéressée retranscrite dans le procès-verbal du 2 juillet 2023 à 10 heures 50 alors qu'elle était encore en garde à vue mentionne que Mme B, si elle ne conteste pas avoir proféré des injures au passage de policiers sur la voie publique, ne visait pas directement, par ses propos outrageux, les policiers présents, qu'elle était alors en état d'ivresse, qu'elle avait fumé et qu'elle n'avait pas conscience de ce qu'elle faisait. Elle ajoute lors de son audition du même jour par les services de police qu'elle reconnait les faits qui lui sont reprochés et les regrette. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier que ces faits auraient eu une suite judiciaire. En outre, Mme B, qui soutient sans être contestée qu'elle réside en France depuis l'âge de trois ans, démontre être insérée dans la société française dès lors qu'elle travaille comme animatrice pour enfants à la mairie de Fontenay-sous-Bois depuis septembre 2022 et qu'elle vit en concubinage avec un ressortissant français avec qui elle loue un appartement situé à Vitry-sur-Seine. Dans ces conditions, les faits reprochés à la requérante, certes graves, ne peuvent permettre d'établir, compte tenu des éléments sur la situation personnelle de l'intéressée rappelés ci-dessus, un comportement personnel constituant, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, le caractère de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental. Par suite, en l'état du dossier, en obligeant Mme B à quitter le territoire sur le fondement des dispositions précitées du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police de Paris a commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'appréciation du caractère de menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société du comportement personnel de l'intéressée et a donc méconnu les dispositions précitées dont le moyen tiré de leur violation doit être accueilli.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 2 juillet 2023 par laquelle le préfet de police de Paris l'a obligée à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de circulation pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ". Aux termes de l'article L. 911-3 de ce code : " La juridiction peut assortir, dans la même décision, l'injonction prescrite en application des articles L. 911-1 et L. 911-2 d'une astreinte qu'elle prononce dans les conditions prévues au présent livre et dont elle fixe la date d'effet. ". Aux termes de l'article L. 251-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les décisions portant obligation de quitter le territoire français et les interdictions de circulation sur le territoire français prises en application du présent chapitre peuvent être contestées devant le tribunal administratif dans les conditions prévues au chapitre IV du titre I du livre VI. L'article L. 614-5 n'est toutefois pas applicable. " et selon l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ". Il appartient au juge, saisi de conclusions sur le fondement des dispositions précitées, de statuer sur ces conclusions, en tenant compte, le cas échéant après une mesure d'instruction, de la situation de droit et de fait existant à la date de sa décision.

6. Mme B demande à ce qu'il soit enjoint au préfet de police de Paris ou à tout préfet territorialement compétent de lui délivrer une carte de séjour de dix ans portant la mention " citoyen UE EE Suisse ". Toutefois, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français n'implique pas qu'il soit enjoint à l'administration de délivrer un titre de séjour dès lors que les pièces du dossier ne permettent pas d'apprécier si Mme B bénéficie à ce jour d'un droit au séjour. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

7. Enfin, eu égard aux termes de l'article L. 614-16 précité du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français implique nécessairement qu'il soit mis fin aux mesures de surveillance dont Mme B fait l'objet à la date de la notification du dispositif c'est-à-dire à la date de l'audience.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est, dans la présente instance, la partie perdante, une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 2 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris a obligé Mme B à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a interdite de retour pour une durée de deux ans est annulé.

Article 2 : Il est mis fin aux mesures de surveillance dont fait l'objet Mme B.

Article 3 : L'État versera à Mme B une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 19 juillet 2023

La magistrate désignée,

Signé : A. Perrin

La greffière,

Signé : S. Ait Moussa

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. Ait Moussa

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