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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307038

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307038

vendredi 13 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307038
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation8ème chambre
Avocat requérantSELARL NEGREVERGNE-FONTAINE-DESENLIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n°2305793, enregistrée le 9 juin 2023, M. B, représenté par Me Desenlis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé le 22 mai 2023 qui confirme la décision du 24 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui assurer une solution d'hébergement comprenant le logement dans une structure adaptée à sa situation et la prise en charge de ses besoins alimentaires quotidiens, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard, et de mettre en place une prise en charge éducative lui permettant d'accéder à un emploi ou une formation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer son dossier dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle le prive d'hébergement, d'emploi et de formation, de subsides et de la possibilité de régulariser sa situation administrative sur le territoire français ;

- elle est contraire aux dispositions des articles 375 du code civil, des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 1er du décret du 18 février 1975, applicables aux majeurs âgés de moins de vingt-et-un ans ;

- elle porte atteinte au droit à l'éducation et à la protection de la santé des jeunes majeurs, en méconnaissance des dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L. 122-4 du code de l'éducation.

La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

II. Par une requête n°2307038, enregistrée le 7 juillet 2023, M. B, représenté par Me Desenlis, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé le 6 juillet 2023 qui confirme la décision du même jour par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur ;

2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui assurer une solution d'hébergement comprenant le logement dans une structure adaptée à sa situation et la prise en charge de ses besoins alimentaires quotidiens, dans un délai de vingt-quatre heures à compter de la notification du jugement à intervenir et sous une astreinte de 200 euros par jour de retard, et de mettre en place une prise en charge éducative lui permettant d'accéder à un emploi ou une formation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de réexaminer son dossier dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

4°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Desenlis, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle le prive d'hébergement, d'emploi et de formation, de subsides et de la possibilité de régulariser sa situation administrative sur le territoire français ;

- elle est contraire aux dispositions des articles 375 du code civil, des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et de l'article 1er du décret du 18 février 1975, applicables aux majeurs âgés de moins de vingt-et-un ans ;

- elle porte atteinte au droit à l'éducation et à la protection de la santé des jeunes majeurs, en méconnaissance des dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et de l'article L. 122-4 du code de l'éducation.

La requête a été communiquée au département de Seine-et-Marne qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. Liboudi a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'action sociale et des familles ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de Mme Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère.

Les parties n'étant ni présentes, ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée après l'appel de l'affaire, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C, ressortissant tunisien, né le 10 juillet 2005, a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à compte du 10 octobre 2022 dans le cadre d'une mesure de garde jusqu'au 10 juillet 2023, date de sa majorité. Par un courrier du 23 mars 2023, il a sollicité le bénéfice d'un contrat jeune majeur. Par un courrier du 24 mars 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de faire droit à sa demande. M. Liboudi a formé, 17 mai 2023, un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Par un courrier du 4 juillet 2023, M. Liboudi a sollicité une nouvelle fois le bénéfice d'un contrat jeune majeur. Par un courrier du 6 juillet 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a de nouveau refusé de faire droit à sa demande. M. Liboudi a formé, le 6 juillet 2023, un recours administratif préalable obligatoire contre cette décision. Par ses deux requêtes, M. Liboudi doit être regardé comme demandant l'annulation des décisions implicites de rejet prises sur ses deux recours préalables obligatoires qui se sont substituées aux décisions initiales du 24 mars 2023 et du 6 juillet 2023.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2307038 et n° 2309078, présentées par M. Liboudi, concernent la situation d'une même personne. Par suite, il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande de prise en charge au titre du contrat jeune majeur :

3. Aux termes de l'article L. 112-3 du code de l'action sociale et des familles : " La protection de l'enfance vise à garantir la prise en compte des besoins fondamentaux de l'enfant, à soutenir son développement physique, affectif, intellectuel et social et à préserver sa santé, sa sécurité, sa moralité et son éducation, dans le respect de ses droits. () Ces interventions peuvent également être destinées à des majeurs de moins de vingt et un ans connaissant des difficultés susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : / / 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité (). / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui éprouvent des difficultés d'insertion sociale faute de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée ". Il résulte de ces dispositions que, depuis l'entrée en vigueur de celles du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants, dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants.

4. Lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision refusant une prise en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner la situation de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative. Au vu de ces éléments, il lui appartient d'annuler, s'il y a lieu, cette décision en accueillant lui-même la demande de l'intéressé s'il apparaît, à la date à laquelle il statue, eu égard à la marge d'appréciation dont dispose le président du conseil départemental dans leur mise en œuvre, qu'un défaut de prise en charge conduirait à une méconnaissance des dispositions du code de l'action sociale et des familles relatives à la protection de l'enfance et en renvoyant l'intéressé devant l'administration afin qu'elle précise les modalités de cette prise en charge sur la base des motifs de son jugement.

5. Pour rejeter les demandes de prise en charge présentées par M. Liboudi, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne s'est fondé sur le fait qu'il a effectué une formation rémunérée qui lui a permis de procédé à une épargne, qu'il dispose d'environ 800 euros d'économie qui lui permettent de prendre en charge de manière autonome les frais inhérents à un hébergement, qu'il est éligible à l'accession aux dispositifs d'hébergement de droit commun tels que les centres d'hébergement d'urgence, concluant ainsi que sa situation ne relève pas d'un accompagnement éducatif par les services de l'aide sociale à l'enfance mais des dispositifs de droit commun pour les majeurs

6. Il résulte de l'instruction que M. Liboudi a conclu un contrat de formation professionnelle intitulé " Parcours Entrée dans l'Emploi 2022 " pour une formation du 21 novembre 2022 au 26 mai 2023 dans le cadre de laquelle il a effectué un stage pour lequel il a touché une rémunération totale de 734,93 euro. Il soutient qu'il est sans emploi, sans formation, en situation irrégulière, sans aucune solution d'hébergement, même d'urgence, dépourvu de ressources et qu'il ne connaît personne sur le territoire français. Le département de Seine-et-Marne, qui n'a pas produit de mémoire en défense dans la présente instance, ne conteste pas ces allégations. En outre, la seule circonstance qu'il aurait une épargne de 800 euros compte tenu de la rémunération qu'il a touché lors de son stage, une telle somme ne permet pas de le regarder comme bénéficiant de ressources suffisantes au regard des dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles. Ainsi, en refusant de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a méconnu les dispositions de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles et a entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner expressément les autres moyens des deux requêtes, que les décisions implicites de rejet de ses recours administratifs préalables obligatoires formés le 17 mai 2023 et 6 juillet 2023 par M. Liboudi qui confirme les décisions initiales du 24 mars 2023 et du 6 juillet 2023 par lesquelles le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur doivent être annulées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Les annulations prononcées impliquent nécessairement qu'il soit enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de proposer à M. Liboudi un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en tenant compte de l'ensemble de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

9. D'une part, dans le cadre de l'instance n°2305793, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 800 euros à verser à M. Liboudi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative dès lors qu'il ne ressort d'aucune pièce du dossier qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle.

10. D'autre part, dans le cadre de l'instance n°2307038, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme à verser au conseil de M. Liboudi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé le 22 mai 2023 par M. Liboudi qui confirme la décision du 24 avril 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur est annulée.

Article 2 : La décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire formé le 6 juillet 2023 qui confirme la décision du même jour par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé de lui accorder le bénéfice d'un contrat jeune majeur est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de proposer à M. Liboudi un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en tenant compte de l'ensemble de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Il est mis à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 800 euros à verser à M. Liboudi en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 5 : Le surplus des conclusions des requêtes nos 2305793 et 2307038 est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. B, au département de Seine-et-Marne et à Me Desenlis.

Délibéré après l'audience du 26 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Xavier Pottier, président,

Mme Jeanne Darracq-Ghitalla-Ciock, conseillère,

Mme Lina Bousnane, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 décembre 2024.

La rapporteure,

J. DARRACQ-GHITALLA-CIOCK

Le président,

X. POTTIER La greffière,

A. STARZYNSKI

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N° 2305793,2307038

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