Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307041

vendredi 20 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307041
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre Reconduite à la frontière 12
Avocat requérantSCP DAGNEAU-BACHIMONT & DUQUESNE

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Melun a rejeté la requête de M. B, ressortissant sri-lankais, qui contestait un arrêté préfectoral du 25 mai 2023 lui faisant obligation de quitter le territoire français. La juridiction a d'abord jugé irrecevables les conclusions tendant à la reconnaissance du statut de réfugié, le juge de l'excès de pouvoir ne pouvant se substituer à l'administration. Sur le fond, le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme n'était pas fondé, les éléments produits par le requérant ne démontrant pas un risque réel de persécutions en cas de retour au Sri Lanka.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2313826 du 20 juin 2023, le président du tribunal administratif de Paris a renvoyé au tribunal, sur le fondement des articles R. 312-8 et R. 351-3 du code de justice administrative la requête de M. A B enregistrée au greffe de ce tribunal le 13 juin 2023.

Par une requête, enregistrée le 23 juin 2023, M. A B demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) de lui attribuer le statut de réfugié.

Il doit être regardé comme soutenant que l'arrêté contesté méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, la préfète du Val-de-Marne, représentée par Me Tomasi, conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que le moyen soulevé par le requérant n'est pas fondé.

Par un courrier du 11 septembre 2024, les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente du tribunal a désigné M. Bourgau en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bourgau, magistrat désigné ;

- les observations de Me Dagneau-Bachimont, représentant M. B, absent, qui conclut aux mêmes fins que la requête ; elle conclut en outre à ce qu'il soit enjoint à la préfète du Val-de-Marne de réexaminer la situation de M. B et, dans l'attente de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour ; elle reprend le moyen soulevé dans les écritures, qu'elle développe, et soutient en outre que l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé et qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur la situation personnelle de M. B ;

- la préfète du Val-de-Marne n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant sri-lankais né le 24 avril 1997 à Olumadu Vadi (Sri Lanka), demande l'annulation de l'arrêté du 25 mai 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur la recevabilité de la requête :

2. Si le juge de l'excès de pouvoir peut, en cas d'annulation d'une décision administrative, enjoindre à l'administration de prendre une nouvelle décision dans un délai qu'il fixe, il n'entre en revanche pas dans son office de faire œuvre d'administrateur en prenant lui-même ladite décision. Par suite, les conclusions tendant à la reconnaissance de la qualité de réfugié ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, la décision contestée, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments afférents à la situation personnelle du requérant, mentionne, avec une précision suffisante, les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement pour mettre utilement le requérant en mesure d'en discuter les motifs et le juge d'exercer son contrôle en pleine connaissance de cause. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

5. M. B soutient qu'il craint d'être exposé, en cas de retour dans son pays d'origine, à des persécutions ou à des traitements prohibés par les stipulations citées au point précédent par les autorités sri-lankaises en raison d'opinions politiques qui lui sont imputées du fait de l'engagement passé de son oncle et de son père au sein des Tigres Libérateurs de l'Ealam Tamoul (LTTE) et en raison de sa participation à plusieurs manifestations. Il indique que son père et son oncle ont été engagés auprès du service de renseignement des LTTE, que son père a été arrêté en décembre 2006 par les autorités sri-lankaises avant d'être porté disparu, qu'il a participé avec sa mère et son frère à des manifestations en faveur des personnes disparues, qu'il est parti vivre en Inde avec sa mère et son frère en 2007, qu'à leur retour au Sri Lanka, ils ont été accusés d'avoir aidé les LTTE depuis l'Inde et caché son oncle et ont été torturés, qu'il a été persécuté et battu pour avoir participé à plusieurs manifestations en faveur des populations tamoules tuées et disparues, qu'il a été arrêté, détenu et torturé par des agents du Comité d'investigation criminelle (CID) avant de fuir le Sri Lanka le 25 mai 2021. Il produit au soutien de ses allégations un justificatif d'enregistrement, auprès des autorités de police indiennes, de l'arrivée de son frère en Inde, le 5 avril 2023, mentionnant des " problèmes politiques au Sri Lanka " ainsi qu'une convocation et un courrier, respectivement datés du 25 juin et du 15 juillet 2015, adressés par la commission présidentielle chargée d'enquêter sur les plaintes relatives aux personnes disparues à sa mère en vue de l'instruction de la plainte déposée par cette dernière à la suite de la disparition de son mari. Toutefois, ni ces éléments, ni le récit de son parcours de vie ne suffisent à établir l'existence d'un risque réel et personnel de subir des traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine, étant par ailleurs relevé que ces éléments ont été écartés par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) puis la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) dans le cadre de l'examen de sa demande d'asile. Par suite, le moyen doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B, qui se déclare célibataire, est entré en France le 20 juin 2021. Sa demande d'asile, enregistrée le 9 août 2021, a été rejetée par l'OFPRA le 5 septembre suivant, puis par la CNDA le 20 avril 2023. De plus, il ne justifie sur le territoire français ni de liens privés et familiaux d'une particulière ancienneté, intensité et stabilité, ni d'une quelconque insertion professionnelle. Enfin, il ne justifie ni être isolé dans son pays d'origine, où réside a minima sa mère, ni, compte tenu de ce qui a été dit au point précédent, l'existence d'un risque réel et personnel qu'il subisse des traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en cas de retour dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences de l'arrêté attaqué sur sa situation personnelle doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2024.

Le magistrat,

Signé : T. BOURGAULa greffière,

Signé : S. AÏT MOUSSA

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne, en ce qui la concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

S. AÏT MOUSSA

No 2307041