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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307071

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307071

lundi 24 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307071
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantSTEPHAN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 juillet 2023, Mme C F, retenue au centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n°2, représentée par Me Stéphan, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 7 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a maintenue en rétention administrative ;

2°) de procéder sans délai et sans astreinte à la délivrance d'une attestation de demande d'asile au titre de l'article L. 521-1 et L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile jusqu'à la décision de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) et de lui fournir les droits prévus par la directive n° 2013/33/UE du 26 juin 2013 et un lieu susceptible de l'accueillir ainsi qu'une allocation journalière ;

3°) d'enjoindre à l'administration de produire son entier dossier.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il est insuffisamment motivé ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux et particulier ;

- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle ;

- il est entaché d'une erreur de droit ;

- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il a été pris en méconnaissance du principe du contradictoire garanti par le paragraphe 2 de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne.

La requête a été communiquée au préfet de police de Paris qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces, enregistrées le 18 juillet 2023.

Le centre de rétention administrative du Mesnil-Amelot n° 2 a communiqué des pièces enregistrées le 18 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Luneau pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Luneau ;

- les observations de Me Stéphan, représentant Mme F assistée de Mme A E, interprète en langue espagnole, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et qui soutient, en outre, que le préfet a commis une erreur de fait en retenant que la demande d'asile a été déposée pour faire échec à la mesure d'éloignement alors qu'elle avait sollicité l'asile dès son arrivée en zone d'attente en raison de menaces proférées à son encontre par un gang en lien avec le trafic de stupéfiants ;

- de Mme F, assistée de Mme A E, interprète en langue espagnole, qui déclare avoir des preuves des menaces dont elle est la cible dans son pays d'origine et qu'elle ne veut pas y retourner ;

- de Me Dussault, représentant le préfet de police de Paris, absent, qui conclut au rejet de la requête, aucun moyen n'étant fondé et qui ajoute que si la requérante a effectivement demandé l'asile dès le 22 juin 2023 à son arrivée en zone d'attente, celle-ci a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du lendemain, confirmée par un jugement de rejet du tribunal administratif de Paris. Aussi, en retenant que la nouvelle demande d'asile de Mme F était manifestement dilatoire, le préfet de police de Paris n'a pas commis d'erreur de fait.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme F, ressortissante colombienne née le 15 juillet 1980 à Medellin (Colombie) est arrivée à l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle le 20 juin 2023 en provenance de Lima (Pérou), où elle a fait l'objet d'un refus d'entrée au titre d'une mesure de non admission prise par les autorités italiennes valable du 12 juin 2001 au 23 février 2025 ainsi que d'un placement en zone d'attente. Mme F a refusé de se présenter à l'embarquement pour un vol à destination de Lima les 22 et 30 juin 2023 puis de Bogota le 1er juillet 2023. Par arrêté du 2 juillet 2023, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressée à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays à destination duquel elle pourra être éloignée d'office et l'a placée en rétention administrative. Par un arrêté du même jour, la même autorité a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée de douze mois. Mme F a, alors qu'elle était en rétention administrative, déposé une demande d'asile le 7 juillet 2023, enregistrée le 11 juillet 2023, qui a été rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 12 juillet 2023. Par arrêté du 7 juillet 2023, le préfet de police de Paris a décidé de la maintenir dans les locaux du centre de rétention administrative pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de cette demande, jusqu'à son départ de France. Par la présente requête, Mme F demande au tribunal d'annuler cet arrêté du 7 juillet 2023.

Sur les conclusions tendant à la communication de l'entier dossier :

2. Aux termes de l'article L. 614-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif ou au magistrat désigné à cette fin () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise. ".

3. L'affaire est en état d'être jugée, le principe du contradictoire a été respecté et il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner la communication de l'entier dossier de Mme F détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant maintien en rétention administrative :

4. Aux termes de l'article L. 754-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'un étranger placé ou maintenu en rétention présente une demande d'asile, l'autorité administrative peut procéder, pendant la rétention, à la détermination de l'État responsable de l'examen de cette demande conformément à l'article L. 571-1 et, le cas échéant, à l'exécution d'office du transfert dans les conditions prévues à l'article L. 751-13. ". L'article L. 754-3 du même code précise que " Si la France est l'État responsable de l'examen de la demande d'asile et si l'autorité administrative estime, sur le fondement de critères objectifs, que cette demande est présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement, elle peut prendre une décision de maintien en rétention de l'étranger pendant le temps strictement nécessaire à l'examen de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides et, en cas de décision de rejet ou d'irrecevabilité de celle-ci, dans l'attente de son départ. / Cette décision de maintien en rétention n'affecte ni le contrôle ni la compétence du juge des libertés et de la détention exercé sur le placement et le maintien en rétention en application du chapitre III du titre IV. La décision de maintien en rétention est écrite et motivée. / A défaut d'une telle décision, il est immédiatement mis fin à la rétention et l'autorité administrative compétente délivre à l'intéressé l'attestation mentionnée à l'article L. 521-7. ". L'article L. 754-4 de ce code dispose que " L'étranger peut demander au président du tribunal administratif l'annulation de la décision de maintien en rétention prévue à l'article L. 754-3 dans les quarante-huit heures suivant sa notification afin de contester les motifs retenus par l'autorité administrative pour estimer que sa demande d'asile a été présentée dans le seul but de faire échec à l'exécution de la décision d'éloignement. / Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il désigne à cette fin parmi les membres de sa juridiction, ou les magistrats honoraires inscrits sur la liste mentionnée à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, statue après la notification de la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides relative au demandeur, dans un délai qui ne peut excéder quatre-vingt-seize heures à compter de l'expiration du délai de recours, dans les conditions prévues aux articles L. 614-7 à L. 614-13. (). ". Enfin, l'article L. 754-6 du même code indique que " La demande d'asile présentée en application du présent chapitre est examinée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides selon la procédure accélérée, conformément au 3° de l'article L. 531- 24. ".

5. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-00059 du 23 janvier 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 75-2023-056 du même jour, le préfet de police de Paris a donné à M. D B, attaché d'administration de l'État, délégation de signature aux fins de signer l'arrêté litigieux. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'arrêté attaqué doit être écarté.

6. En deuxième lieu, pour prononcer le maintien en rétention administrative de Mme F, le préfet de police de Paris a relevé que l'intéressée a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français et que sa demande d'asile, faite en rétention administrative, n'a été présentée que dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet. Dès lors, ces faits objectifs sont de nature à établir que la demande d'examen d'apatridie qu'elle a présentée au centre de rétention administrative l'a été dans le seul but de faire échec à l'exécution de la mesure d'éloignement dont elle fait l'objet au sens de l'article L. 754-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Au demeurant, si la requérante soutient à l'audience publique que le préfet de police de Paris aurait commis une erreur de fait en relevant que la demande d'asile n'avait été faite qu'après son placement en rétention administrative, alors qu'elle l'a déposée dès le 22 juin 2023 quand elle se trouvait en zone d'attente, il ressort des pièces du dossier que l'intéressée a, d'une part, déposé une demande d'asile le 22 juin 2023 mais que celle-ci a été rejetée par un arrêté du 23 juin 2023 du ministre de l'intérieur et des outre-mer. Par un jugement n°2314874 du 29 juin 2023, versé au dossier par le défendeur, le tribunal administratif de Paris a rejeté la demande d'annulation de cet arrêté. Elle a, d'autre part, tel que cela ressort des pièces du dossier, et en particulier du relevé d'informations de la base de données " TelemOfpra ", produit par le préfet de police de Paris, déposé une nouvelle demande d'asile, enregistrée le 11 juillet 2023 alors qu'elle était en rétention au centre de rétention administrative du Mesnil Amelot, qui a été rejetée par l'OFPRA, décision notifiée le 17 juillet 2023 à l'intéressée. Dans ces conditions, il résulte de ce qui précède que le préfet de police de Paris n'a entaché sa décision ni d'une insuffisance de motivation ni d'une erreur de fait. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que l'autorité préfectorale n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressée.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre (). ". Aux termes de l'article 51 de la Charte : " 1. Les dispositions de la présente Charte s'adressent aux institutions, organes et organismes de l'Union dans le respect du principe de subsidiarité, ainsi qu'aux États membres uniquement lorsqu'ils mettent en œuvre le droit de l'Union (). ".

8. La circonstance que Mme F n'aurait pas été de nouveau entendue, préalablement à l'édiction de l'arrêté attaqué la maintenant en rétention le temps nécessaire à l'examen de sa demande d'asile ne permet pas de regarder l'intéressée comme ayant été privée du droit d'être entendue qu'elle tient du principe général du droit de l'Union européenne tel qu'il est notamment énoncé au paragraphe 2 de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, en sorte que, en tout état de cause, le principe du contradictoire n'a pas davantage été méconnu.

9. En quatrième lieu, si Mme F soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle et d'une erreur de droit, elle n'assortit ces moyens d'aucune précision de nature à permettre au juge d'en apprécier le bien-fondé.

10. En cinquième et dernier lieu, si Mme F soutient qu'elle est menacée par un gang de trafiquants de stupéfiants dans son pays d'origine et qu'elle craint pour sa vie et celle des membres de sa famille, la décision contestée n'a ni pour objet, ni pour effet le retour de l'intéressée dans son pays d'origine. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté comme inopérant.

11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme F n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 2 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a maintenue en rétention administrative. Par conséquent, ses conclusions à fin d'injonction ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C F et au préfet de police de Paris.

Lu en audience publique le 24 juillet 2023 à 16h48.

La magistrate désignée,

Signé : Mme LUNEAU

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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