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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307105

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307105

mardi 5 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307105
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation6ème chambre
Avocat requérantGALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 juillet 2023, Mme A B, représentée par Me Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 juin 2023 de la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de Créteil portant cessation des conditions matérielles d'accueil dont elle bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de la rétablir dans ses droits à bénéficier des conditions matérielles d'accueil et de lui verser l'allocation de demandeur d'asile à titre rétroactif à compter du 17 mai 2023 ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 500 euros hors taxes en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un double vice de procédure dès lors que, d'une part, il n'a pas été procédé à un nouvel examen de sa vulnérabilité et que, d'autre part, le principe du contradictoire a été méconnu faute pour l'OFII de démontrer que son courrier d'intention de cessation des conditions matérielles lui a été régulièrement notifié ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que n'ayant jamais bénéficié des conditions matérielles d'accueil, aucune cessation ne pouvait lui être notifiée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles D. 553-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 1er août 2024, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 20 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 1er septembre 2024 à 12 heures.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 août 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

M. Rehman-Fawcett, a été entendu, en son rapport, au cours de l'audience publique, les parties n'étant ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante afghane née le 13 juin 2000 à Daykundi (Afghanistan), est entrée en France le 9 avril 2023 selon ses déclarations. Le 17 mai 2023, elle a accepté l'offre de prise en charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Par décision du 12 juin 2023, la directrice territoriale de l'OFII de Créteil a cessé le versement des conditions matérielles d'accueil à Mme B. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Par une décision du bureau d'aide juridictionnelle en date du 30 août 2023, postérieure à l'introduction de la requête, le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale a été accordé à Mme B. Par suite, cette demande est devenue sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

4. Aux termes de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version alors applicable : " Il peut être mis fin, partiellement ou totalement, aux conditions matérielles d'accueil dont bénéficie le demandeur dans les cas suivants :/ 1° Il quitte la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 551-3 ;/ 2° Il quitte le lieu d'hébergement dans lequel il a été admis en application de l'article L. 552-9 ;/ 3° Il ne respecte pas les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes ;/ 4° Il a dissimulé ses ressources financières ;/ 5° Il a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ;/ 6° Il a présenté plusieurs demandes d'asile sous des identités différentes./ Un décret en Conseil d'Etat prévoit les sanctions applicables en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement./ La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret () ". L'article D. 551-18 du même code, dans sa version alors en vigueur, dispose : " La décision mettant fin aux conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-16 est écrite, motivée et prise après que le demandeur a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans un délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Cette décision prend effet à compter de sa signature. "

5. En premier lieu, la décision attaquée rappelle la situation de Mme B et vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont l'OFII a fait application. Elle mentionne également que Mme B n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en s'abstenant de fournir les documents sollicités. La décision attaquée comporte ainsi les circonstances de droit et de fait sur lesquelles elle repose. En outre, la motivation d'une décision administrative ne dépend pas du bien-fondé de ses motifs. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que la directrice territoriale de l'OFII n'aurait pas procédé à un examen sérieux de la situation de la requérante. Dès lors, le moyen tiré du défaut d'examen sérieux doit être écarté.

7. En troisième lieu, d'une part, il ne résulte ni des dispositions précitées, ni d'aucune autre disposition applicable en l'espèce, que l'OFII soit tenu d'organiser un nouvel entretien de vulnérabilité avant l'édiction d'une décision de cessation des conditions matérielles d'accueil. Ainsi, le vice de procédure allégué doit être écarté comme inopérant. Au surplus, il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile, Mme B a fait l'objet d'une évaluation de sa vulnérabilité par les services de l'OFII. D'autre part, par un courrier du 17 mai 2023, qui a été retourné à l'administration avec la mention " pli avisé et non réclamé ", l'OFII informait la requérante de son intention de mettre fin à la prise en charge dont elle bénéficiait. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière ne peut qu'être écarté.

8. En quatrième lieu, si la requérante soutient que la décision attaquée était entachée d'une erreur de droit, il n'est pas contesté qu'elle n'a pas fourni à l'administration les informations nécessaires sur les justificatifs de ressources de son mari, malgré les demandes de l'administration. Dès lors, elle ne remplissait pas les conditions légales pour bénéficier des conditions matérielles d'accueil. Dans ces conditions, l'OFII n'a pas commis d'erreur de droit en édictant une décision de cessation de paiement des conditions matérielles d'accueil.

9. En dernier lieu, aux termes de l'article D. 553-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Pour bénéficier de l'allocation pour demandeur d'asile prévue à l'article L. 553-1, le demandeur d'asile doit être âgé de dix-huit ans révolus et justifier de ressources mensuelles inférieures au montant du revenu de solidarité active. Les ressources prises en considération pour l'application du premier alinéa comprennent celles de l'intéressé et, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin. (). " Aux termes de l'article L. 553-2 de ce code : " Un décret définit le barème de l'allocation pour demandeur d'asile, en prenant en compte les ressources de l'intéressé, son mode d'hébergement et, le cas échéant, les prestations offertes par son lieu d'hébergement. Ce barème prend en compte le nombre d'adultes et d'enfants composant la famille du demandeur d'asile et accompagnant celui-ci ". Aux termes de son article D. 553-7 : " Au sein du foyer, le bénéficiaire de l'allocation est celui qui a déposé la demande. () / Lorsqu'un même foyer compte plusieurs demandeurs d'asile, une seule allocation peut être versée au foyer, même si plusieurs demandes d'allocation sont déposées ". Aux termes de l'article D. 553-8 : " L'allocation pour demandeur d'asile est composée d'un montant forfaitaire, dont le niveau varie en fonction du nombre de personnes composant le foyer, et, le cas échéant, d'un montant additionnel destiné à couvrir les frais d'hébergement ou de logement du demandeur ". Aux termes de l'article D. 553-12 : " Pour la détermination du montant de l'allocation, les enfants non mariés sont pris en compte, à la date d'enregistrement de la demande, à la condition d'être à la charge de l'allocataire. "

10. Si la requérante soutient que son époux justifie de ressources mensuelles inférieures au montant du revenu de solidarité active (RSA) depuis le mois de mai 2022, toutes les pièces dont elle se prévaut pour établir cette affirmation n'ont pas été versées à l'administration préalablement à l'édiction de la décision attaquée. Ainsi, l'OFII a pu légalement estimer que la requérante n'a pas fourni les justificatifs nécessaires quant à ses ressources et mettre fin, en conséquence, à ses conditions matérielles d'accueil sur le fondement du 4° de l'article L. 551-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède, que la requête de Mme B doit être rejetée, y compris les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles qui tendent à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII).

Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Freydefont, président,

M. Rehman-Fawcett, conseiller,

Mme Iffli, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 novembre 2024.

Le rapporteur,

C. Rehman-Fawcett

Le président,

C. FreydefontLa greffière,

L. Sueur

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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