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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307192

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307192

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307192
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDEBAZAC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une ordonnance du 4 juillet 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par Mme G.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2023 et le 27 juillet 2023 sous le n° 2307192, Mme A, représentée par Me Debazac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de l'autoriser à solliciter l'asile en France en procédure normale, et de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans les quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ainsi que le dossier de saisine de l'OFPRA, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délais d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de cet examen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Debazac en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que le préfet de police ne justifie pas avoir saisi les autorités italiennes dans les délais ;

- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît le paragraphe 2 de l'article 3 ainsi que l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par Mme A n'est fondé.

II°) Par une ordonnance du 4 juillet 2023, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal la requête présentée par M. C E.

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 juillet 2023 et le 27 juillet 2023 sous le n° 2307193, M. E, représenté par Me Debazac, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le préfet de police de Paris a prononcé son transfert aux autorités italiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de l'autoriser à solliciter l'asile en France en procédure normale, et de lui délivrer un récépissé en qualité de demandeur d'asile dans les quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ainsi que le dossier de saisine de l'OFPRA, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, ou, à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délais d'un mois et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de cet examen, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) en cas d'admission définitive à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros à verser à Me Debazac en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 ;

5°) en cas de rejet de la demande d'aide juridictionnelle de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision est entachée de l'incompétence de son auteur ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 dès lors que le préfet de police ne justifie pas avoir saisi les autorités italiennes dans les délais ;

- elle méconnaît l'article 4 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 29 du règlement (UE) n 603/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 et l'article L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle méconnaît le paragraphe 2 de l'article 3 ainsi que l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de police conclut au rejet de la requête. Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 relatif à la création d'Eurodac pour la comparaison des empreintes digitales aux fins de l'application efficace du règlement (UE) n° 604/2013 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Félicie Bouchet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Félicie Bouchet, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Mme A, M. E et le préfet de police n'étaient ni présents ni représentés.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique le 28 juillet 2023 à 11H45.

Une note en délibéré présentée par le préfet de police dans le dossier n° 2307192 a été enregistrée le 1er août 2023.

Une note en délibéré présentée par le préfet de police dans le dossier n° 2307193 a été enregistrée le 1er août 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. E, ressortissants burkinabés, nés respectivement les 31 décembre 1977 à Bollé et 11 septembre 1987 à Silmiougou (Burkina Faso), ont déposé une demande d'asile. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par des arrêtés du 22 juin 2023, le préfet de police a prononcé leur transfert aux autorités italiennes. Mme A et M. E demandent au tribunal d'annuler l'arrêté susvisé le concernant individuellement.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2307192 et n° 2307193 présentent à juger à titre principal de la légalité des décisions de transfert prises à l'encontre d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".

4. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur les requêtes de Mme A et M. E, de prononcer l'admission provisoire des intéressés à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. En premier lieu, le signataire des arrêtés, M. B F, adjoint au chef du bureau de l'accueil de la demande d'asile, a reçu délégation du préfet de police, par un arrêté n° 2022-01166 en date du 3 octobre 2022 régulièrement publié le même jour à l'effet de signer tous les actes dans la limite de ses attributions, au nombre desquelles figure la police des étrangers. Par suite, Mme A et M E ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litige sont entachées d'incompétence.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".

7. Les décisions de transfert du préfet de police visent les textes dont il a été fait application, notamment le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et énonce les éléments de faits sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen des demandes d'asile présentées devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, en l'espèce la demande d'asile des requérants auprès des autorités italiennes le 30 janvier 2023 et l'accord explicite des autorités italiennes de les reprendre en charge. Ces considérations de droit et de fait sont suffisamment développées pour permettre à Mme A et M. E de comprendre les motifs dont il a été tenu compte. Par suite, les décisions en litige sont suffisamment motivées au sens des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

8. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que la préfète n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme A et M. E.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement n°604/2013 du 23 juin 2016, " une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac () ". Il ressort des pièces du dossier que le 19 mai 2023, les autorités françaises ont reçu le résultat positif Eurodac et que le 21 juin 2023, les autorités italiennes saisies d'une requête des autorités françaises aux fins de reprise en charge de Mme A et M. E sur le fondement de l'article 18-1 b) du règlement n° 604/2013 ont pris une décision acceptant leur reprise en charge. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la requête n'a pas été formulée dans le délai de 2 mois prévu par l'article 23 précité.

10. En cinquième lieu, aux termes de l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 23 juin 2016 : " 1. Dès qu'une demande de protection internationale est introduite au sens de l'article 20, paragraphe 2, dans un État membre, ses autorités compétentes informent le demandeur de l'application du présent règlement () / 2. Les informations visées au paragraphe 1 sont données par écrit, dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend. Les États membres utilisent la brochure commune rédigée à cet effet en vertu du paragraphe 3 / () / 3. La Commission rédige, au moyen d'actes d'exécution, une brochure commune ainsi qu'une brochure spécifique pour les mineurs non accompagnés, contenant au minimum les informations visées au paragraphe 1 du présent article. Cette brochure commune comprend également des informations relatives à l'application du règlement (UE) n° 603/2013 et, en particulier, à la finalité pour laquelle les données relatives à un demandeur peuvent être traitées dans Eurodac. La brochure commune est réalisée de telle manière que les États membres puissent y ajouter des informations spécifiques aux États membres. Ces actes d'exécution sont adoptés en conformité avec la procédure d'examen visée à l'article 44, paragraphe 2, du présent règlement ".

11. Il ressort des pièces du dossier que Mme A et M. E se sont vu délivrer contre signature les 19 et 24 mai 2023, les deux brochures d'information dites " A " et " B " intitulées respectivement " J'ai demandé l'asile dans l'Union européenne - Quel pays sera responsable de ma demande ' " et " Je suis sous procédure Dublin - Qu'est-ce que cela signifie ' ", qui comprennent l'ensemble des informations nécessaires aux demandeurs d'une protection internationale imposées en vertu de l'article 4 du règlement précité, et qu'elles leur ont été remises dans leur traduction en langue française. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que les décisions en litiges méconnaissent les stipulations citées au point 9.

12. En sixième lieu, si Mme A et M. E invoquent la méconnaissance des dispositions de l'article 29 du règlement n° 603/2013 du 26 juin 2013 susvisé, dispositions qui édictent une obligation d'information au moment où les empreintes digitales de la personne concernée sont prélevées, cette obligation d'information, qui a uniquement pour objet et pour effet de permettre d'assurer la protection effective des données personnelles du demandeur d'asile, ne peut être utilement invoquée, à la différence de l'obligation d'information prévue à l'article 4 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé, à l'encontre d'une décision portant transfert du demandeur d'asile aux autorités compétentes pour examiner sa demande.

13. En septième lieu, aux termes de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. () / 4 L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. / 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national () ".

14. Si, en vertu de l'article R. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de police de Paris est l'autorité compétente pour procéder à la détermination de l'État responsable de l'examen d'une demande d'asile, ces dispositions ne font pas obstacle à ce que l'entretien individuel requis pour l'application de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 soit mené par un agent de la préfecture, lequel agent n'a pas à bénéficier d'une délégation expresse du préfet pour procéder à cet entretien. Par ailleurs, l'article 5 de ce règlement n'exige pas que le résumé de l'entretien individuel mentionne l'identité de l'agent qui l'a mené. Un tel compte rendu ne saurait par ailleurs être assimilé à une correspondance au sens de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration et n'avait donc pas à contenir les mentions exigées par ces dispositions. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la personne ayant conduit les entretiens individuels, qui est aux termes du compte rendu de ceux-ci, " un agent qualifié de la préfecture de police de Paris ", n'aurait pas été qualifié pour ce faire. Dès lors que l'entretien doit être regardé comme ayant été mené par une personne qualifiée au sens du paragraphe 5 de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, l'absence d'indication de l'identité de l'agent ayant conduit l'entretien individuel n'a pas privé Mme A et M. E de la garantie tenant au bénéfice de cet entretien et à la possibilité de faire valoir toutes observations utiles. Enfin, si les requérants soutiennent qu'ils ont été entendus ensemble par l'agent de la préfecture, il ne ressort pas des pièces du dossier que la confidentialité de leur entretien respectif, dont le compte-rendu mentionne des heures de fin d'entretien différentes, n'aurait pas été respectée. Par suite, l'arrêté de transfert n'a pas méconnu les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013.

15. En huitième et dernier lieu, aux termes du paragraphe 2 de l'article 3 du règlement n° 604/2013 : " Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable. Lorsqu'il est impossible de transférer le demandeur en vertu du présent paragraphe vers un État membre désigné sur la base des critères énoncés au chapitre III ou vers le premier État membre auprès duquel la demande a été introduite, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable devient l'État membre responsable ". Selon l'article 17 du même règlement : " Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement. () ". Si la mise en œuvre, par les autorités françaises, des dispositions de l'article 17 du règlement n° 604/2013 doit être assurée à la lumière des exigences définies par les dispositions du second alinéa de l'article 53-1 de la Constitution, en vertu desquelles : " les autorités de la République ont toujours le droit de donner asile à tout étranger persécuté en raison de son action en faveur de la liberté ou qui sollicite la protection de la France pour un autre motif ", la faculté laissée à chaque Etat membre de décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement, est discrétionnaire et ne constitue nullement un droit pour les demandeurs d'asile.

16. Mme A et M. E soutiennent d'une part, qu'ils ont subi des maltraitances lors de leur séjour en Italie et d'autre part, que Mme A n'a pu bénéficier d'un suivi médical de sa grossesse, contraignant le couple à se rendre en France pour donner naissance de leur fille. Toutefois, l'Italie est un Etat membre de l'Union européenne et partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, que la demande d'asile de Mme A et M. E sera traitée par les autorités italiennes dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Il ressort des pièces du dossier que les requérants n'ont aucune attache personnelle et familiale en France, que les autorités italiennes ont, à la demande des autorités françaises, expressément accepté le 21 juin 2023 la reprise en charge du couple sur le fondement du point b du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement n° 604/2013 du 23 juin 2013, que le 22 juin 2023, les autorités françaises ont avisé officiellement les autorités italiennes de la naissance, le 10 juin 2023, de l'enfant de Mme A et M. E, Faouziatou Kenza E et qu'enfin les requérants n'apportent aucun élément de nature à renverser la présomption précédemment mentionnée. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, le préfet de police n'a méconnu les articles 3 et 17 du règlement précité ni porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée.

17. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A et M. E ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 22 juin 2023 par lesquels le préfet de police a prononcé leur transfert aux autorités italienne. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : M. E est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes de Mme A et M. E est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à M. C E et au préfet de police.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé : F. Bouchet

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

Nos 2307192 et 2307193

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