mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2307213 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DE LA MORANDIERE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 12 et 26 juillet 2023, Mme D A, représentée par Me Vincent de La Morandière, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 8 mars 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne lui a retiré son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de la mesure d'éloignement.
Elle soutient que :
Sur la légalité de la décision de retrait du titre de séjour et d'obligation de restitution de la carte de résident algérien :
- la décision a été prise par une autorité incompétente, faute pour l'administration de justifier d'une délégation de signature consentie à l'auteur de l'acte en litige ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;
- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la procédure contradictoire préalable n'a pas été respectée ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation dès lors qu'elle n'est pas à l'origine de la rupture de la vie commune avec son époux et que son titre de séjour n'a été obtenu ni par fraude, ni par dissimulation ;
- compte tenu de sa situation personnelle et familiale en France, elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
Sur la légalité de la décision lui faisant obligation de quitter le territoire français :
- pour les mêmes motifs que précédemment, elle est entachée d'incompétence de l'auteur de l'acte, d'une insuffisante motivation, d'un défaut d'examen sérieux de sa situation, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'une méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 23 février 2024, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est tardive ;
- les autres moyens de la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des postes et des communications électroniques ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Duhamel,
- et les observations de Me Van Roosendaal, substituant Me de la Morandiere, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D A, de nationalité algérienne, est entrée sur le territoire français le 23 avril 2021 au titre du regroupement familial demandé par son époux, M. E C. Elle a obtenu le 11 octobre 2021 un certificat de résidence algérien d'une durée de dix ans délivré sur le fondement de l'article 7 bis d) de l'accord franco-algérien. Par un arrêté du 8 mars 2023, le préfet de Seine-et-Marne a procédé au retrait de ce certificat de résidence en se fondant sur la circonstance que la vie commune avec son époux avait cessé entre l'arrivée en France et la date à laquelle il a statué sur la demande de titre de séjour. Elle demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de Seine-et-Marne :
2. Aux termes de l'article R.1-1-6 du code des postes et des communications électroniques : " Lorsque la distribution d'un envoi postal recommandé relevant du service universel est impossible, le destinataire est avisé que l'objet est conservé en instance pendant quinze jours calendaires. A l'expiration de ce délai, l'envoi postal est renvoyé à l'expéditeur lorsque celui-ci est identifiable. ".
3. Il résulte de la réglementation postale qu'en cas d'absence du destinataire d'une lettre remise contre signature, le facteur doit, en premier lieu, porter la date de vaine présentation sur le volet " preuve de distribution " de la liasse postale, cette date se dupliquant sur les autres volets, en deuxième lieu, détacher de la liasse l'avis de passage et y mentionner le motif de non-distribution, la date et l'heure à partir desquelles le pli peut être retiré au bureau d'instance et le nom et l'adresse de ce bureau, cette dernière indication pouvant résulter de l'apposition d'une étiquette adhésive, en troisième lieu, déposer l'avis ainsi complété dans la boîte aux lettres du destinataire et, enfin, reporter sur le pli le motif de non-distribution et le nom du bureau d'instance. En cas de retour à l'administration, au terme du délai de mise en instance, du pli recommandé contenant la décision, la notification est réputée avoir été régulièrement accomplie à la date à laquelle ce pli a été présenté à l'adresse de l'intéressé, dès lors du moins qu'il résulte soit de mentions précises, claires et concordantes portées sur l'enveloppe, soit, à défaut, d'une attestation du service postal ou d'autres éléments de preuve, que le préposé a, conformément à la réglementation en vigueur, déposé un avis d'instance informant le destinataire que le pli était à sa disposition au bureau de poste. A cet égard, doit être regardé comme portant des mentions précises, claires et concordantes suffisant à constituer la preuve d'une notification régulière le pli recommandé retourné à l'administration auquel est rattaché un volet " avis de réception " sur lequel a été apposée par voie de duplication la date de vaine présentation du courrier, et qui porte, sur l'enveloppe ou sur l'avis de réception, l'indication du motif pour lequel il n'a pu être remis.
4. Il incombe à l'administration, lorsqu'elle oppose une fin de non-recevoir tirée de la tardiveté d'une action introduite devant une juridiction administrative, d'établir la date à laquelle la décision attaquée a été régulièrement notifiée à l'intéressé.
5. Pour justifier de la notification contestée de l'arrêté attaquée par voie postale, le préfet de Seine-et-Marne produit un volet " preuve de distribution " d'un envoi par lettre recommandée avec avis de réception. Toutefois, si sur le volet en question est apposée l'étiquette autocollante de " restitution de l'information à l'expéditeur ", la case relative à la non-réclamation du pli étant cochée, les mentions de date de présentation et de distribution du pli figurant sur cet avis de réception sont illisibles. Au surplus, ce volet " preuve de distribution " ne comporte pas l'adresse à laquelle le pli a été adressé. En l'absence de communication par le préfet de Seine-et-Marne d'une copie de ce volet " preuve de distribution " aux mentions lisibles et faisant figurer l'adresse du destinataire, malgré la demande du tribunal qui lui a été adressée le 17 septembre 2024, aucune date de notification de l'arrêté contesté par voie postale ne saurait être retenue et la requête, enregistrée au greffe du Tribunal le 12 juillet 2023, ne saurait être considérée comme tardive, et, par suite, comme irrecevable.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
6. D'une part l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 stipule que: " Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. () ". Aux termes de l'article 7 bis alinéa 4 du même accord : " Le certificat de résidence valable dix ans est délivré de plein droit () d) Aux membres de la famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable dix ans qui sont autorisés à résider en France " au titre du regroupement familial. " " Le regroupement familial, lorsqu'il est autorisé au profit du conjoint d'un ressortissant algérien résidant en France, a pour objet de rendre possible la vie commune des époux, ainsi qu'il résulte notamment des stipulations de l'article 4 de l'accord franco-algérien. Par suite, le préfet peut rejeter la demande de certificat de résidence lorsque le demandeur est séparé de son conjoint depuis une date antérieure à la décision relative à la demande de certificat de résidence présenté par l'intéressé.
7. En l'absence de stipulations expresses sur ce point prévues par l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet peut légalement faire usage du pouvoir général qu'il détient, même en l'absence de texte, pour retirer une décision individuelle obtenue par fraude. Il appartient toutefois à l'administration de rapporter la preuve de la fraude, laquelle ne saurait être présumée, et ce tant s'agissant de l'existence des faits matériels l'ayant déterminée à délivrer l'acte que de l'intention du demandeur de la tromper, pour procéder à ce retrait.
8. Mme A est entrée en France le 23 avril 2021 au titre du regroupement familial présenté par son époux, compatriote avec lequel elle était mariée. Suite à sa demande du 21 mai 2021 la requérante a obtenu un certificat de résidence de dix ans délivré sur le fondement de l'article 7 bis d) de l'accord franco-algérien. Pour retirer le certificat de résidence accordé à Mme A, le préfet de Seine-et-Marne a retenu, en s'appuyant sur le courrier du 25 décembre 2022 de son ex-époux, M. E C, dont elle est divorcée depuis le 25 septembre 2022, que la vie commune du couple avait cessé depuis le 21 juin 2021, soit plus de trois mois avant la remise du certificat de résidence. Le préfet de Seine-et-Marne a ainsi considéré que ce titre de séjour aurait été délivré à la suite d'une conduite frauduleuse.
9. Si Mme A ne conteste pas la rupture de la vie commune avec son époux à compter du 21 juin 2021, soit antérieurement à la délivrance du certificat de résidence le 11 octobre 2021, elle conteste toutefois l'existence d'une fraude. En se bornant à se prévaloir de la circonstance que la vie commune avec son époux avait cessé entre l'arrivée en France et la date à laquelle il a statué sur la demande de titre de séjour, le préfet de Seine et Marne, qui supporte la charge de la preuve, ne démontre pas que la requérante aurait, par fraude, caché que les conditions d'obtention du titre n'étaient plus remplies le jour où a été prise la décision, le 11 octobre 2021 alors notamment qu'au jour du dépôt de sa demande de certificat de résidence, le 21 mai 2021, la requérante remplissait les conditions de mariage et de communauté de vie requises pour l'attribution d'un certificat de résidence de dix ans prévu par les stipulations de l'accord franco-algérien et que c'est seulement le 31 mai 2022 qu'elle a demandé le divorce. La requérante est par suite fondée à soutenir que le préfet ne pouvait légalement se fonder sur l'existence d'une fraude pour lui retirer son titre de séjour.
10. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de Seine-et-Marne du 8 mars 2023 portant retrait de titre de séjour, ainsi que, par voie de conséquence, celle du même jour l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de destination de la mesure d'éloignement.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du préfet de Seine-et-Marne du 8 mars 2023 est annulé.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A et au préfet de Seine-et-Marne.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024 à laquelle siégeaient :
Mme Gougot, présidente,
M. Duhamel, premier conseiller,
M. Combier, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
Le rapporteur,
B. DUHAMEL
La présidente,
I. GOUGOT
La greffière,
M. B
La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,121
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026