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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307337

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307337

mardi 8 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307337
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBOUJNAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023 sous le numéro 2307335, M. E A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de cet examen, sous astreinte.

Il doit être regardé comme soutenant que :

-la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis avocat qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 27 juillet 2023.

II°) Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023 sous le numéro 2307337, Mme D A, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juin 2023 par lequel la préfète du Val-de-Marne a prononcé son transfert aux autorités polonaises, responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

2°) d'enjoindre au préfet territorialement compétent de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans l'attente de cet examen, sous astreinte.

Elle doit être regardée comme soutenant que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- elle méconnaît l'article 17 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;

- elle méconnaît l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.

La requête a été communiquée à la préfète du Val-de-Marne, représentée par le cabinet Actis avocat, qui n'a pas présenté de mémoire en défense mais qui a communiqué des pièces enregistrées le 27 juillet 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des États membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Félicie Bouchet, première conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme G, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction, assortie le cas échéant d'une astreinte, tendant, en cas d'annulation, à enjoindre à l'autorité préfectorale et de lui délivrer l'attestation de demande d'asile afférente prévue par l'article R. 521-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'imprimé mentionné à l'article R. 531-3 du même code lui permettant de saisir l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les observations de Me Bel Faleh, avocat de Mme et M. A. Il soutient, outre les moyens de la requête, que l'arrêté attaqué méconnait les stipulations des articles 16 et 17 du règlement n° 604/2013 et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il précise que l'article 8 de la déclaration des droits de l'homme a été mentionnée par erreur dans les requêtes.

- les observations de Mme et M. A, présents et assistés de M. F C, interprète assermenté en langue turque ;

- et les observations de Me Rahmouni, avocat de la préfète du Val-de-Marne, qui conclut au rejet de la requête, aucun des moyens soulevés n'étant fondé.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 11h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A et M. A, ressortissants turcs, nés respectivement les 1er janvier 1989 à Gaziantep et 3 mars 1987 à Gaziantep (Turquie), ont déposé une demande d'asile. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, par des arrêtés du 20 juin 2023, la préfète du Val-de-Marne a prononcé leur transfert aux autorités polonaises. Mme A et M A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté le concernant individuellement.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2307335 et n° 2307337 présentent à juger à titre principal de la légalité des décisions de transfert prises à l'encontre d'un couple de ressortissants étrangers et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'autorité administrative estime que l'examen d'une demande d'asile relève de la compétence d'un autre État qu'elle entend requérir, en application du règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, il est procédé à l'enregistrement de la demande selon les modalités prévues au chapitre I du titre II. / () Le présent article ne fait pas obstacle au droit souverain de l'État d'accorder l'asile à toute personne dont l'examen de la demande relève de la compétence d'un autre État. ". Selon l'article L. 572-1 de ce code : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre État peut faire l'objet d'un transfert vers l'État responsable de cet examen. / Toute décision de transfert fait l'objet d'une décision écrite motivée prise par l'autorité administrative. () ".

4. Les décisions de transfert de la préfète du Val-de-Marne du 20 juin 2023 visent les textes dont il a été fait application, notamment le règlement n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013, et énonce les éléments de faits sur lesquels l'autorité administrative se fonde pour estimer que l'examen de la demande présentée devant elle relève de la responsabilité d'un autre État membre, en l'espèce la délivrance de visa par les autorités polonaises le 23 janvier 2023 et l'accord explicite des autorités polonaises de prendre en charge les époux A et leurs deux enfants. Ces considérations de droit et de fait sont suffisamment développées pour permettre à Mme et M. A de comprendre les motifs dont il a été tenu compte. Par suite, les décisions en litige sont suffisamment motivées au sens des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier et notamment des termes de la décision attaquée que la préfète n'ait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de Mme et M. A.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

7. Mme et M. A soutiennent qu'ils sont parents de deux enfants mineurs, qu'ils sont arrivés le 16 avril 2023 en France où vit une des sœurs de Mme A, qu'ils souhaitent rester en France pour donner une stabilité à leurs enfants qui y sont scolarisés et qu'enfin, ils n'ont aucune attache familiale en Pologne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les autorités polonaises ont accepté de prendre en charge les époux A ainsi que leurs deux filles et que par conséquent, il n'apparaît pas que les requérants soient dans l'impossibilité de reconstituer leur cellule familiale dans l'État membre responsable de leur demande d'asile. Dans ces conditions et compte tenu de leur arrivée très récente sur le territoire français, les décisions en litige ne portent pas au droit de Mme et M. A au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elles ont été prises et ne méconnaissent pas, ainsi, les stipulations citées au point 6.

8. En quatrième et dernier lieu, aux termes de l'article 16 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsque du fait d'une grossesse, d'un enfant nouveau-né, d'une maladie grave, d'un handicap grave ou de la vieillesse, le demandeur est dépendant de l'assistance de son enfant, de ses frères ou sœurs, ou de sa mère résidant légalement dans un des Etats membres, () , les Etats membres laissent généralement ensemble ou rapprochent le demandeur et cet enfant, ce frère ou cette sœur, ou ce père ou cette mère, à condition que les liens familiaux aient existé dans le pays d'origine, que l'enfant, le frère ou la sœur ou le père ou la mère ou le demandeur soit capable de prendre soin de la personne en charge et que les personnes concernées en aient exprimé le souhait par écrit. ". Aux termes de l'article 17 de ce même règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ".

9. Il ne ressort pas des pièces du dossier que Mme et M. A établissent l'intensité de leurs liens avec Mme B, sœur de Mme A résidant en France, ni même qu'ils fassent état d'une situation particulière nécessitant qu'ils soient pris en charge par la sœur de Mme A pendant la durée de l'examen de sa demande d'asile. En outre, si les requérants affirment ne pas avoir fait usage du visa qu'ils avaient obtenu des autorités polonaises pour rentrer sur le territoire Schengen, ils ne produisent aucun justificatif permettant d'établir la réalité de leurs allégations. Enfin, la Pologne est un État membre de l'Union européenne et partie tant à la Convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut des réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il doit être présumé, en l'absence de défaillances systémiques dans la procédure d'asile dans ce pays, ce qui n'est pas même allégué, que la demande d'asile des époux A sera traitée par les autorités polonaises dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. Les requérants n'apportent aucun élément de nature à renverser cette présomption alors même que les autorités polonaises ont accepté expressément de les prendre en charge ainsi que leurs deux filles par une décision du 16 mai 2023 sur le fondement des dispositions du paragraphe 4 de l'article 12 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013. Ainsi, par la seule présence de la sœur de Mme A en situation régulière sur le territoire français et la scolarisation en France de leurs enfants mineurs, Mme et M. A ne sont pas fondés à soutenir que la Préfecture du Val-de-Marne, en ne mettant pas en œuvre la clause discrétionnaire prévue par l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et en refusant ainsi d'instruire en France leur demande d'asile, a entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme et M. A ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 20 juin 2023 par lesquels la préfète du Val-de-Marne a prononcé leur transfert aux autorités polonaises. Par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de M. A et de Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, Mme D A et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 08 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé : F. G

La greffière,

Signé : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

Nos 2307335 et 2307337

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