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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307424

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307424

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationChambre DALO 14
Avocat requérantESTEVENY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2023, Mme A C E B, représentée par Me Esteveny, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 15 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente ;

3°) d'enjoindre à la commission de médiation de réexaminer sa demande tendant à la reconnaissance de son droit à un logement décent et indépendant tenant compte de ses besoins et capacités, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, en application des articles L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat les entiers dépens et la somme de 1200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soulève les moyens suivants :

- la décision de la commission de médiation est illégale en raison de l'incompétence du signataire de la décision ;

- la commission de médiation était irrégulièrement constituée ;

- la décision est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 211-5 du code des relations entre les particuliers et l'administration ;

- la décision est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle car aucune référence à l'état de son logement et son caractère indécent voire insalubre n'est indiquée ;

- la commission de médiation a commis une erreur de droit en estimant que la circonstance qu'elle soit déjà hébergée au sein du parc social locatif fait obstacle à ce qu'elle soit reconnue comme étant prioritaire et urgente ;

- la commission de médiation a commis une erreur de droit en lui opposant son faible délai d'attente d'un logement social alors que ce motif ne peut lui être opposé dès lors qu'elle n'a pas fondé son recours sur le caractère anormalement long de sa demande ;

- la commission de médiation a commis une erreur de fait en considérant que ses démarches dans le cadre du droit commun étaient récentes ;

- la commission de médiation a commis une erreur manifeste d'appréciation en ne retenant pas le caractère indécent voire insalubre de son logement alors que son logement présente un risque pour sa sécurité et sa santé au sens de l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ; son logement présente un défaut d'aération et une humidité trop importante, le rendant impropre à l'habitation et qu'elle l'a signalé à son bailleur, sans réaction de sa part ; le rapport de visite de l'inspecteur de salubrité communal a confirmé l'importance des désordres, notamment un taux d'humidité ambiant de 80 %, la présence de multiples moisissures, la présence de rouille sur certaines parties métalliques ; ces désordres sont source de problèmes de santé pour elle et sa fille, confirmés par plusieurs certificats médicaux.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 septembre 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est manifestement irrecevable car la requérante ne fournit seulement des pièces et ne demande pas expressément l'annulation de la décision ;

- la requérante est déjà locataire du parc social et que sa situation relève d'une demande de mutation qu'elle doit effectuer ou renouveler auprès de son bailleur ;

- les démarches préalables de la requérante ont un caractère trop récent pour que sa situation soit reconnue comme étant prioritaire et urgente.

Mme C épouse B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle par une décision du 5 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le décret n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbains ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Delmas, premier conseiller, pour statuer sur les litiges relevant du droit au logement opposable, en application de l'article R.222-13 (1°) du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, et en application de l'article L.732-1 du code de justice administrative, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu à l'audience publique, le rapport de M. Delmas, les parties n'y étant ni présentes, ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée après appel de l'affaire à l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A C épouse B a présenté devant la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne un recours amiable enregistré le 21 décembre 2022 tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente sur le fondement des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Cette commission de médiation a rejeté son recours par une décision du 15 mai 2023, dont Mme C demande l'annulation.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Mme C épouse B ayant été admise à l'aide juridictionnelle partielle par la décision en date du 5 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal judiciaire de Bobigny, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressée à l'aide juridictionnelle.

Sur la fin de non-recevoir opposé par le préfet de Seine-et-Marne :

3. Le préfet de Seine-et-Marne soutient que la requérante ne demande pas expressément l'annulation de la décision contestée. Toutefois, il ressort clairement de la dernière page de la requête que Mme. C E B demande au tribunal d'annuler la décision du 15 mai 2023 par laquelle la commission de médiation de Seine-et-Marne a rejeté son recours gracieux. La circonstance que la décision attaquée ait été en réalité rendue par la commission de médiation de Seine-et-Marne est sans incidence sur la recevabilité de la requête, qui doit être regardée comme demander au tribunal d'annuler la décision du 15 mai 2023 par laquelle la commission de médiation de Seine-et-Marne a rejeté son recours gracieux. Il en résulte que cette fin de non-recevoir ne saurait être accueillie.

Sur le cadre juridique applicable :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant [] est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. / Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1. ". Cet article L. 441-2-3 prévoit : " (). II.- La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap. Elle peut aussi être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur ou une personne à sa charge est logé dans un logement non adapté à son handicap, au sens du même article L. 114. /(). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnaît prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement, ainsi que, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires. /(). Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée. Elle peut faire toute proposition d'orientation des demandes qu'elle ne juge pas prioritaires. /(). ".

5. D'autre part, aux termes de l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région. Peuvent être désignées par la commission comme prioritaires et devant être logées d'urgence en application du II de l'article L. 441-2-3 les personnes de bonne foi qui satisfont aux conditions réglementaires d'accès au logement social qui se trouvent dans l'une des situations prévues au même article et qui répondent aux caractéristiques suivantes : - ne pas avoir reçu de proposition adaptée à leur demande dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4 ; - être dépourvues de logement. Le cas échéant, la commission apprécie la situation du demandeur logé ou hébergé par ses ascendants en tenant notamment compte de son degré d'autonomie, de son âge, de sa situation familiale et des conditions de fait de la cohabitation portées à sa connaissance ; - être logées dans des locaux impropres à l'habitation, ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Le cas échéant, la commission tient compte des droits à hébergement ou à relogement auxquels le demandeur peut prétendre en application des dispositions des articles L. 521-1 et suivants, des articles L. 314-1 et suivants du code de l'urbanisme ou de toute autre disposition ouvrant au demandeur un droit à relogement ; - avoir fait l'objet d'une décision de justice prononçant l'expulsion du logement ; - être hébergées dans une structure d'hébergement ou une résidence hôtelière à vocation sociale de façon continue depuis plus de six mois ou logées temporairement dans un logement de transition ou un logement-foyer depuis plus de dix-huit mois, sans préjudice, le cas échéant, des dispositions du IV de l'article L. 441-2-3 ; - être handicapées, ou avoir à leur charge une personne en situation de handicap, ou avoir à leur charge au moins un enfant mineur, et occuper un logement soit présentant au moins un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 ou auquel font défaut au moins deux des éléments d'équipement et de confort mentionnés à l'article 3 du même décret, soit d'une surface habitable inférieure aux surfaces mentionnées à l'article R. 822-25, ou, pour une personne seule, d'une surface inférieure à celle mentionnée au premier alinéa de l'article 4 du même décret. La commission peut, par décision spécialement motivée, désigner comme prioritaire et devant être logée en urgence une personne qui, se trouvant dans l'une des situations prévues à l'article L. 441-2-3, ne répond qu'incomplètement aux caractéristiques définies ci-dessus. ".

6. Enfin, aux termes de l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 susvisé : " Le logement doit satisfaire aux conditions suivantes, au regard de la sécurité physique et de la santé des locataires : 1. Il assure le clos et le couvert. Le gros œuvre du logement et de ses accès est en bon état d'entretien et de solidité et protège les locaux contre les eaux de ruissellement et les remontées d'eau. Les menuiseries extérieures et la couverture avec ses raccords et accessoires assurent la protection contre les infiltrations d'eau dans l'habitation. Pour les logements situés dans les départements d'outre-mer, il peut être tenu compte, pour l'appréciation des conditions relatives à la protection contre les infiltrations d'eau, des conditions climatiques spécifiques à ces départements ; 2. Il est protégé contre les infiltrations d'air parasites. Les portes et fenêtres du logement ainsi que les murs et parois de ce logement donnant sur l'extérieur ou des locaux non chauffés présentent une étanchéité à l'air suffisante. Les ouvertures des pièces donnant sur des locaux annexes non chauffés sont munies de portes ou de fenêtres. Les cheminées doivent être munies de trappes. Ces dispositions ne sont pas applicables dans les départements situés outre-mer ; 3. Les dispositifs de retenue des personnes, dans le logement et ses accès, tels que garde-corps des fenêtres, escaliers, loggias et balcons, sont dans un état conforme à leur usage ; 4. La nature et l'état de conservation et d'entretien des matériaux de construction, des canalisations et des revêtements du logement ne présentent pas de risques manifestes pour la santé et la sécurité physique des locataires ; 5. Les réseaux et branchements d'électricité et de gaz et les équipements de chauffage et de production d'eau chaude sont conformes aux normes de sécurité définies par les lois et règlements et sont en bon état d'usage et de fonctionnement ; 6. Le logement permet une aération suffisante. Les dispositifs d'ouverture et les éventuels dispositifs de ventilation des logements sont en bon état et permettent un renouvellement de l'air et une évacuation de l'humidité adaptés aux besoins d'une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements ; 7. Les pièces principales, au sens du troisième alinéa de l'article R. 111-1 du code de la construction et de l'habitation, bénéficient d'un éclairement naturel suffisant et d'un ouvrant donnant à l'air libre ou sur un volume vitré donnant à l'air libre. ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " Le logement comporte les éléments d'équipement et de confort suivants : 1. Une installation permettant un chauffage normal, munie des dispositifs d'alimentation en énergie et d'évacuation des produits de combustion et adaptée aux caractéristiques du logement. Pour les logements situés dans les départements d'outre-mer, il peut ne pas être fait application de ces dispositions lorsque les conditions climatiques le justifient ; 2. Une installation d'alimentation en eau potable assurant à l'intérieur du logement la distribution avec une pression et un débit suffisants pour l'utilisation normale de ses locataires ; 3. Des installations d'évacuation des eaux ménagères et des eaux-vannes empêchant le refoulement des odeurs et des effluents et munies de siphon ; 4. Une cuisine ou un coin cuisine aménagé de manière à recevoir un appareil de cuisson et comprenant un évier raccordé à une installation d'alimentation en eau chaude et froide et à une installation d'évacuation des eaux usées ; 5. Une installation sanitaire intérieure au logement comprenant un w.-c., séparé de la cuisine et de la pièce où sont pris les repas, et un équipement pour la toilette corporelle, comportant une baignoire ou une douche, aménagé de manière à garantir l'intimité personnelle, alimenté en eau chaude et froide et muni d'une évacuation des eaux usées. L'installation sanitaire d'un logement d'une seule pièce peut être limitée à un w.-c. extérieur au logement à condition que ce w.-c. soit situé dans le même bâtiment et facilement accessible ; 6. Un réseau électrique permettant l'éclairage suffisant de toutes les pièces et des accès ainsi que le fonctionnement des appareils ménagers courants indispensables à la vie quotidienne. /(). ".

7. Il résulte de ces dispositions que, pour être désigné comme prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social, le demandeur doit être de bonne foi, satisfaire aux conditions réglementaires d'accès au logement social et justifier qu'il se trouve dans une des situations prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et qu'il satisfait à un des critères définis à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation. La commission de médiation dispose du pouvoir de procéder, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, à un examen global de la situation du demandeur, sans être limitée par le motif invoqué dans la demande, afin de vérifier s'il se trouve dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 de ce code pour être reconnu prioritaire et devant être relogé en urgence. En conséquence, le demandeur qui forme un recours pour excès de pouvoir contre la décision par laquelle la commission de médiation a refusé de le déclarer prioritaire et devant être relogé en urgence peut utilement faire valoir qu'à la date de cette décision, il remplissait les conditions pour être déclaré prioritaire sur un autre fondement que celui qu'il avait invoqué devant la commission de médiation. Il peut également présenter pour la première fois devant le juge de l'excès de pouvoir des éléments de fait ou des justificatifs qu'il n'avait pas soumis à la commission, sous réserve que ces éléments tendent à établir qu'à la date de la décision attaquée, il se trouvait dans l'une des situations lui permettant d'être reconnu comme prioritaire et devant être relogé en urgence.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

8. Il ressort des pièces du dossier, en particulier de la décision attaquée en date du 15 mai 2023, que, pour rejeter le recours amiable de Mme C épouse B, la commission de médiation de Seine-et-Marne a relevé, d'une part, que l'intéressée était déjà logée dans le parc locatif social et que son parcours relevait d'une mutation à exiger de son bailleur et, d'autre part, que sa demande de logement social qui a été déposée le 5 octobre 2022 avait un caractère récent.

9. Toutefois, d'une part, la circonstance que Mme C épouse B ait la possibilité de solliciter une mutation de logement au sein du parc social géré par son bailleur, réitérée par le préfet de Seine-et-Marne dans ses écritures en défense, est sans incidence sur la faculté du requérant à présenter un recours amiable devant la commission de médiation. Ainsi, le motif tiré de ce que le requérant pouvait solliciter une telle mutation n'est pas au nombre de ceux qui peuvent légalement justifier le rejet de sa demande de logement social pour absence de caractère prioritaire ou pour défaut d'urgence.

10. D'autre part, il ressort du rapport de visite établi le 8 novembre 2022 par un inspecteur de la salubrité de la commune de Gagny que le logement occupé par Mme C épouse B situé au 1 allée des Epinettes à Gagny (93220) se caractérise par un taux d'humidité ambiante très élevé, et notamment au niveau du mur nord de ce logement, par un développement de moisissures au niveau des plafonds et au niveau du mur nord, un ruissellement de gouttelettes au niveau de ce mur dans le salon et les chambres, et par un phénomène de rouille affectant les parties métalliques des huisseries et de l'ameublement. Ce rapport conclut que l'humidité est source de moisissures et peut être la cause de pathologies allergiques et respiratoire comme d'aggravation de l'asthme et que la mise à disposition d'un tel logement constitue une infraction aux dispositions de l'article 24 du règlement sanitaire départemental. En outre, il ressort du rapport de visite établi le 31 mars 2023 par l'inspecteur de la salubrité publique que le phénomène excessif d'humidité permanente associé à la défaillance du système de ventilation est source dans ce logement d'une présence de moisissures visibles qui constituent un environnement " formellement défavorable " à la santé respiratoire de Mme C épouse B et de son enfant à naître. Par ailleurs, il ressort du certificat médical établi le 18 novembre 2022 par le médecin traitant de la requérante que son état de santé a été altéré en raison de facteurs liés à l'environnement dans lequel elle réside (moisissures, écoulement d'eau, humidité majeure). Dans ces conditions, et alors que la requérante est enceinte et a la garde d'une jeune enfant, le logement de Mme C épouse B présente un des risques pour la sécurité ou la santé énumérés à l'article 2 du décret du 30 janvier 2002 cité au point 6, notamment en ne bénéficiant pas d'un renouvellement de l'air et une évacuation de l'humidité adaptés aux besoins d'une occupation normale du logement et au fonctionnement des équipements. Ainsi, Mme C épouse B établit à l'instance qu'à la date de la décision de la commission, elle se trouvait dans l'une des situations envisagées à l'article R. 441-14-1 du code de la construction et de l'habitation pour être reconnue prioritaire et devant être relogée en urgence.

11. Il résulte de ce qui précède que Mme C épouse B est fondée à demander l'annulation de la décision du 15 mai 2023 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne a rejeté son recours amiable tendant à ce que sa demande de logement soit reconnue comme prioritaire et urgente.

Sur les conclusions à fins d'injonction :

12. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution. / La juridiction peut également prescrire d'office cette mesure. ".

13. L'annulation de la décision de la commission de médiation refusant de reconnaître un caractère prioritaire et urgent à la demande de logement de Mme C épouse B implique nécessairement, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, que la commission de médiation de Seine-et-Marne désigne Mme C épouse B comme étant prioritaire et devant se voir attribuer d'urgence un logement social. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à la commission de médiation d'y procéder dans un délai deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Sur les frais d'instance :

14. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire présentée par Mme C épouse B.

Article 2 : La décision du 15 mai 2023 de la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à la commission de médiation du droit au logement opposable de Seine-et-Marne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de droit ou de fait, de désigner Mme C épouse B comme étant prioritaire et devant être logée en urgence dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, au préfet de Seine-et-Marne et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

S. DELMAS

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2307424

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