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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307732

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307732

lundi 31 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307732
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantOTTOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 25 et 27 juillet 2023, M. F C D , représenté par Me Ottou, demande au juge des référés, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, à titre principal, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer une convocation en vue d'effectuer le dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, avec une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) d'ordonner, à titre subsidiaire, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer un numéro AGEDREF afin qu'il puisse effectuer les démarches nécessaires pour déposer sa demande de titre de séjour ;

4°) d'enjoindre au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer, dans l'attente de l'examen de sa demande de renouvellement de titre de séjour une autorisation provisoire de séjour assortie d'une autorisation de travail ;

5°) de mettre à la charge de l'État, au bénéfice de son conseil, une somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que son conseil renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la condition d'urgence de l'article L. 521-2 du code de justice administrative est caractérisée par ce qu'il a tout fait pour débloquer la situation en appelant l'administration, en envoyant des méls, et en faisant écrire la cheffe du service du centre d'accueil des demandeurs d'asile ;

- il est porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté d'aller et de venir et au respect de sa vie privée et familiale en ce que la décision en litige a méconnu les dispositions de l'article 8 de la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la satisfaction de la demande du requérant la veille de l'audience traduit une stratégie blâmable de la préfecture consistant à ne se soumettre à ses obligations légales qu'en présence d'une menace imminente de sanction juridictionnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 juillet 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que l'intéressé est convoqué en préfecture pour présenter un dossier complet le lundi 31 juillet 2023 à 9h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne pour la sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, M. B a lu son rapport, les parties n'étant ni présentes ni représentées.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Aux termes de l'article 61 du décret du 20 décembre 2020 : " () L'admission provisoire est accordée par le président du bureau ou de la section ou le président de la juridiction saisie, soit sur une demande présentée sans forme par l'intéressé, soit d'office si celui-ci a présenté une demande d'aide juridictionnelle ou d'aide à l'intervention de l'avocat sur laquelle il n'a pas encore été statué ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre le requérant, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-2 du code de justice administrative :

3. Aux termes de l'article L. 521-2 du code de justice administrative : " Saisi d'une demande en ce sens justifiée par l'urgence, le juge des référés peut ordonner toutes mesures nécessaires à la sauvegarde d'une liberté fondamentale à laquelle une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public aurait porté, dans l'exercice d'un de ses pouvoirs, une atteinte grave et manifestement illégale. Le juge des référés se prononce dans un délai de quarante-huit heures. " ; et aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Enfin, aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. ".

4. Il résulte de l'instruction que M. C D, ressortissant péruvien né le

26 août 2004 à Lambayeque (Pérou) est entré en France avec sa mère Mme A G D E, pour y solliciter l'asile. En outre, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a accordé à Mme D E le bénéfice de la protection subsidiaire par une décision du 8 février 2022. Puis, par une décision du 17 mars 2023, le directeur général de cet Office a accordé à M. C D le bénéfice de la protection subsidiaire. Dans ces conditions, M. C D a souhaité obtenir un titre de séjour en conséquence de cette protection internationale. A cette fin, le requérant a été invité par le bureau des étrangers de la sous-préfecture de Torcy, par un message électronique du 13 avril 2023, à se connecter sur le site " administration numérique des étrangers en France " pour déposer une demande de titre de séjour en qualité de membre de la famille d'un bénéficiaire de la protection subsidiaire. Ne parvenant pas à créer un compte sur cette application, faute de disposer d'un numéro AGDREF, le requérant a de nouveau été invité par le bureau des étrangers de cette sous-préfecture, par un message électronique du 18 avril 2023, à s'adresser au " centre de contact citoyen " de l'Agence nationale des titres sécurisés afin d'identifier d'éventuelles anomalies concernant son compte et, en cas d'échec, à solliciter un rendez-vous au point d'accès numérique " e-MERAUDE " de la préfecture ou des sous-préfectures de Meaux et de Torcy. Or, d'une part, par un message électronique en date du 24 avril 2023, l'Agence nationale des titres sécurisés a renvoyé M. C D vers la préfecture de sa résidence afin d'obtenir un titre de séjour et un numéro AGDREF. D'autre part, par un message électronique en date du 28 juin 2023, le bureau des étrangers de la sous-préfecture de Torcy lui a précisé qu'il lui fallait déposer un dossier de demande de titre de séjour en préfecture et que le numéro AGDREF n'était délivré qu'après validation d'un dossier complet.

5. En dépit de cette dernière réponse et compte tenu des difficultés de communication rappelées au point précédent, M. C D a choisi de demander au juge des référés, par la requête susvisée, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-2 du code de justice administrative, d'ordonner au préfet de Seine-et-Marne de lui délivrer à titre principal une convocation en vue d'effectuer le dépôt de sa demande de titre de séjour dans un délai de 48 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir et à titre subsidiaire de lui délivrer un numéro AGEDREF afin qu'il puisse effectuer les démarches nécessaires pour déposer sa demande de titre de séjour. Toutefois, il résulte de l'instruction, et notamment du mémoire en défense, que les services de la préfecture de Seine-et-Marne ont finalement convoqué M. C D le lundi 31 juillet 2023 à 9h00 afin que le requérant y dépose un dossier complet constitué de son passeport ou acte de naissance établi par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides, de la décision de l'Office lui accordant le bénéfice de la protection subsidiaire, un justificatif de domicile (ou une attestation d'hébergement et un document nominatif justifiant de l'adresse d'hébergement), et des photographies d'identité. En l'absence des parties et à défaut de note en délibéré venant rendre compte du déroulement de cet entretien, et notamment de l'octroi sur la base du dépôt d'un dossier complet, d'un récépissé de demande de carte de séjour valant autorisation de travail, l'intégralité des conclusions à fin d'injonction présentées par M. C D doit être regardée comme étant satisfaite. Par suite, de telles conclusions ayant perdu leur objet au cours de l'instance, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les frais d'instance :

6. M. C D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire. Toutefois, dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de celles de l'article 37 de la loi

n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

O R D O N N E :

Article 1er : M. C D est admis à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Il n'y a plus lieu à statuer sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. C D.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. F C D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Copie en sera adressée au préfet de Seine-et-Marne.

Fait à Melun, le 31 juillet 2023.

Le juge des référés,

Signé : S. BLa greffière,

Signé : M. Do Novo

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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