jeudi 17 août 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2307781 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SELARL NEGREVERGNE-FONTAINE-DESENLIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 25 juillet 2023, M. B A, représenté par la SELAS d'avocats Negrevergne-Fontaine-Desenlis, demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de la décision du 12 juillet 2023 par laquelle le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé le renouvellement de son " contrat jeune majeur " après le 31 août 2023, jusqu'à ce qu'il soit statué au fond sur la légalité de cette décision ;
2°) d'enjoindre au président du conseil départemental de Seine-et-Marne de lui assurer un hébergement adapté, la prise en charge de ses besoins alimentaires, une prise en charge éducative lui permettant d'accéder à un emploi ou une formation, dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative est remplie, dès lors que la décision attaquée a pour effet de mettre fin à sa prise en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance après le 31 août 2023, alors qu'il ne dispose d'aucune possibilité d'hébergement après cette date, ce qui met en péril la poursuite de sa formation, qu'il est isolé sur le territoire français et qu'il a besoin d'un accompagnement social et éducatif ;
- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- elle méconnaît son droit à l'hébergement d'urgence, à l'éducation, à la protection de la santé, le principe d'égalité et de non-discrimination ;
- elle méconnaît les dispositions des articles L. 221-1 et L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles ;
- elle méconnaît les dispositions des articles 375 et 375-3 du code civil ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article 1er du décret du 18 février 1975 ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 122-4 du code de l'éducation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 4 août 2023, le département de Seine-et-Marne, représenté par Me Rault, conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le " contrat jeune majeur " accordé à M. A jusqu'au 31 août 2023 a permis son insertion professionnelle par la conclusion d'un contrat d'apprentissage, l'octroi d'une aide financière, l'accompagnement de sa demande d'asile, l'établissement d'un bilan de santé et l'ouverture de ses droits à la sécurité sociale ; il bénéficie d'une attestation de demande d'asile valable jusqu'au 23 septembre 2023 qui lui donne droit aux conditions matérielles d'accueil ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration lui a proposé un hébergement qu'il a refusé ; il n'est pas établi qu'il a mis à profit la période de son " contrat jeune majeur " pour demander des aides de droit commun alors qu'il avait connaissance de la fin de sa prise en charge au 31 août 2023 ;
- aucun des moyens soulevés n'est susceptible de créer un doute sérieux sur la légalité de la décision attaquée.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 25 juillet 2023 sous le numéro 2307777 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 2022-140 du 7 février 2022 ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal a désigné Mme C pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 10 août 2023 à 10h00 en présence de Mme Do Novo, greffière d'audience, Mme C a lu son rapport et entendu les observations de Me Lambert, représentant M. A, et les explications de M. A, qui conclut aux mêmes fins que sa requête, par les mêmes moyens et précise, d'une part, qu'il ne s'est pas vu proposer d'hébergement par l'Office français de l'immigration et de l'intégration dans le cadre des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et, d'autre part, qu'il a obtenu le statut de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juin 2023.
M. A a versé au dossier, au cours de l'audience, des pièces relatives à la reconnaissance de sa qualité de réfugié, enregistrées et communiquées immédiatement au département de Seine-et-Marne.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant turc né le 4 avril 2005, a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne du 28 février au 4 avril 2023, date de sa majorité. Puis, par deux décisions des 11 et 12 avril 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne lui a accordé le bénéfice d'un " contrat jeune majeur " et l'a admis à une prise en charge sur le fondement du dernier alinéa de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles du 11 avril au 31 août 2023. Cependant, par une décision du 12 juillet 2023, le président du conseil départemental de Seine-et-Marne a refusé le renouvellement de son " contrat jeune majeur ". Le recours préalable obligatoire exercé par M. A à l'encontre de cette décision a été reçu par le président du Conseil départemental le 26 juillet 2023. M. A demande au juge des référés, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution de la décision du 12 juillet 2023.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :
En ce qui concerne les dispositions applicables :
2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () ". Aux termes de l'article L. 522-1 dudit code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 dudit code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire. "
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'action sociale et des familles : " Le service de l'aide sociale à l'enfance est un service non personnalisé du département chargé des missions suivantes : / 1° Apporter un soutien matériel, éducatif et psychologique tant aux mineurs et à leur famille ou à tout détenteur de l'autorité parentale, confrontés à des difficultés risquant de mettre en danger la santé, la sécurité, la moralité de ces mineurs ou de compromettre gravement leur éducation ou leur développement physique, affectif, intellectuel et social, qu'aux mineurs émancipés et majeurs de moins de vingt et un ans confrontés à des difficultés familiales, sociales et éducatives susceptibles de compromettre gravement leur équilibre () ". Et aux termes de l'article L. 222-5 du même code : " Sont pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance sur décision du président du conseil départemental : () 5° Les majeurs âgés de moins de vingt et un ans et les mineurs émancipés qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants, lorsqu'ils ont été confiés à l'aide sociale à l'enfance avant leur majorité, y compris lorsqu'ils ne bénéficient plus d'aucune prise en charge par l'aide sociale à l'enfance au moment de la décision mentionnée au premier alinéa du présent article. / Peuvent être également pris en charge à titre temporaire, par le service chargé de l'aide sociale à l'enfance, les mineurs émancipés et les majeurs âgés de moins de vingt et un ans qui ne bénéficient pas de ressources ou d'un soutien familial suffisants. / Un accompagnement est proposé aux jeunes mentionnés au 1° du présent article devenus majeurs et aux majeurs mentionnés au 5° et à l'avant-dernier alinéa, au-delà du terme de la mesure, pour leur permettre de terminer l'année scolaire ou universitaire engagée. "
En ce qui concerne l'urgence :
4. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Eu égard aux effets particuliers d'une décision refusant de poursuivre la prise en charge, au titre de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles, d'un jeune jusque-là confié à l'aide sociale à l'enfance, la condition d'urgence doit en principe être constatée lorsqu'il demande la suspension d'une telle décision de refus. Il peut toutefois en aller autrement dans les cas où l'administration justifie de circonstances particulières, qu'il appartient au juge des référés de prendre en considération en procédant à une appréciation globale des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
5. Il résulte de l'instruction que M. A, confié au service de l'aide sociale à l'enfance du département de Seine-et-Marne jusqu'à sa majorité le 4 avril 2023, bénéficie d'un " contrat jeune majeur " jusqu'au 31 août 2023. Si le département de Seine-et-Marne fait valoir que son refus de renouveler ce contrat ne porte pas atteinte à la situation du requérant dès lors qu'il a droit, en tant que demandeur d'asile, aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et qu'il a refusé l'hébergement proposé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, il résulte des explications données à l'audience par le requérant, d'une part, qu'une telle proposition ne lui a jamais été faite et qu'il ne bénéficie à ce jour d'aucune autre solution d'hébergement que celle fournie par le service de l'aide sociale à l'enfance et, d'autre part, qu'il n'est plus demandeur d'asile depuis qu'il a obtenu le statut de réfugié par une décision du directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides du 30 juin 2023. En outre, il n'apparait pas que la rémunération mensuelle brute de 751,30 euros qu'il doit percevoir dans le cadre du contrat d'apprentissage conclu pour la période du 12 juillet 2023 au 12 juillet 2024 soit suffisante pour lui permettre de subvenir à ses besoins et pourvoir à son hébergement, de sorte que l'absence de renouvellement de son " contrat jeune majeur " aurait pour effet de le contraindre à abandonner cette formation qualifiante. Enfin, si le département de Seine-et-Marne fait valoir que M. A n'a pas entrepris les démarches afin de lui permettre de bénéficier des aides de droit commun, il ne précise pas les aides auxquelles il est susceptible d'avoir droit. Dès lors, en l'absence de justification d'autres circonstances particulières par le département de Seine-et-Marne, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision :
6. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles que, depuis l'entrée en vigueur du I de l'article 10 de la loi du 7 février 2022 relative à la protection des enfants dont elles sont issues, les jeunes majeurs de moins de vingt et un an ayant été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance d'un département avant leur majorité bénéficient d'un droit à une nouvelle prise en charge à titre temporaire par ce service, lorsqu'ils ne disposent pas de ressources ou d'un soutien familial suffisant. Ainsi qu'il a été dit, il résulte de l'instruction que le département de Seine-et-Marne a pris en charge M. A au titre de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité, que celui-ci est âgé de moins de vingt-et-un an, ne bénéficie d'aucun soutien familial, ni de ressources suffisantes, de sorte que le département de Seine-et-Marne est légalement tenu de poursuivre sa prise en charge. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions du 5° de l'article L. 222-5 du code de l'action sociale et des familles au regard de la situation de l'intéressé, est, en l'état de l'instruction, de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
7. Il résulte de tout ce qui précède que la décision du 12 juillet 2023 doit être suspendue.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. Il y a lieu d'enjoindre au département de Seine-et-Marne de proposer à M. A, à titre provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond, un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en matière d'hébergement et d'accompagnement administratif et tenant compte des ressources qu'il perçoit au titre de son contrat d'apprentissage, au plus tard le 31 août 2023. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du département de Seine-et-Marne, une somme de 1 200 euros en application de ces dispositions.
O R D O N N E :
Article 1er : L'exécution de la décision du président du conseil départemental de Seine-et-Marne du 12 juillet 2023 est suspendue.
Article 2 : Il est enjoint au département de Seine-et-Marne de proposer à M. A, au plus tard le 31 août 2023, un " contrat jeune majeur " adapté à ses besoins en matière d'hébergement et d'accompagnement administratif et tenant compte des ressources qu'il perçoit au titre de son contrat d'apprentissage, à titre provisoire et jusqu'à ce qu'il soit statué sur sa requête au fond.
Article 3 : Le département de Seine-et-Marne versera à M. A la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et au département de Seine-et-Marne.
Fait à Melun, le 17 août 2023.
La juge des référés, La greffière,
D : M. C D : M. Do Novo
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026