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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2307929

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2307929

jeudi 9 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2307929
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantBESSA NADIR

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 13 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles et le 26 juillet 2023 au greffe du présent tribunal, M. E C, représenté par Me Bessa, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision en date du 12 juillet 2023 par laquelle le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de renvoi, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sa situation sous astreinte de 155 euros par jour de retard et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, en application des dispositions de l'article L. 911-1 du code de justice administrative.

Il soutient que cette décision a été signée par une personne ne disposant pas d'une délégation régulière, qu'elle est entachée d'une insuffisance de motivation ainsi que d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article 7 bis de l'accord franco-algérien et de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car il vit en France depuis 18 mois et qu'il compte se marier avec sa concubine.

Le 26 septembre 2023, le préfet des Yvelines a communiqué des pièces mais n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu :

- la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord du 27 décembre 1968 entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement de la République algérienne démocratique et populaire relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour en France des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

-l'ordonnance du 20 juillet 2023 de la première vice-présidente du tribunal administratif de Versailles transmettant au tribunal administratif de Melun la requête de M. C au motif de la résidence déclarée de l'intéressé à Cachan (Val-de-Marne) ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Aymard, vice-président, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en application des dispositions de l'article R. 776-13-1 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique du 5 octobre 2023, tenue en présence de Mme Riellant, greffière d'audience, présenté son rapport, en l'absence du requérant et du préfet des Yvelines ou de leurs représentants, dûment convoqués.

Considérant ce qui suit :

1. M. E C, ressortissant algérien né le 6 août 1996 à Sidi-Aïch (wilaya de Bejaïa), entré en France le 21 janvier 2022 muni d'un visa de 30 jours délivré par les autorités consulaires françaises à Alger, a été interpellé lors d'un contrôle de police le 12 juillet 2023. Il a déclaré lors de sa retenue administrative résider à Saint-Germain-en-Laye (Yvelines) et travailler comme livreur pour la société " Boulanger " à Maisons-Alfort (Val-de-Marne). Par un arrêté du même jour, le préfet des Yvelines a pris à son encontre une obligation de quitter le territoire français sans délai assortie d'une interdiction de retour pour une durée de un an. Par sa requête enregistrée le 13 juillet 2023 au greffe du tribunal administratif de Versailles, il a demandé l'annulation de cette décision. Sa requête a été transmise au tribunal administratif de Melun au motif de sa résidence déclarée dans sa requête à Cachan (Val-de-Marne), 17 rue de Verdun.

2. Aux termes de l'article L.611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : () 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré ; () ". Aux termes de l'article L. 612-1 du même code : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. (). ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 2° L'étranger s'est maintenu sur le territoire français au-delà de la durée de validité de son visa ou, s'il n'est pas soumis à l'obligation du visa, à l'expiration d'un délai de trois mois à compter de son entrée en France, sans avoir sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () ; 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; () ".

3. En premier lieu, par un arrêté n° 78 2023 128 du 31 mai 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du même jour de la préfecture des Yvelines, M. D B, attaché d'administration de l'Etat, adjoint à la cheffe du bureau de l'éloignement et du contentieux, a reçu délégation du préfet de ce département pour signer les décisions contenues dans l'arrêté contesté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. () ". La décision querellée du 12 juillet 2023 du préfet des Yvelines mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement et notamment que l'intéressé s'est maintenu sur le territoire au-delà de la validité de son visa et n'a pas sollicité de titre de séjour, et que la décision prise ne contrevenait pas aux stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. L'autorité préfectorale n'étant pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé sa décision, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

5. En troisième lieu, M. C, présent en France depuis dix-huit mois à la date de la décision attaquée, ne remplit aucune des conditions prévues par l'accord franco-algérien susvisé pour pouvoir bénéficier d'un certificat de résidence algérien sur le fondement des dispositions de l'accord franco-algérien, que ce soit au titre du 5°) de l'article 6, du b) de l'article 7 ou de l'article 7 bis, dans la mesure où, s'il indique présente des bulletins de salaire émis par la société de déménagement " TMS DEM " de Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), il n'établit pas disposer d'une autorisation de travail. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions de l'accord franco-algérien ne pourra donc qu'être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France, doit apporter tous éléments permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

7. Si l'intéressé soutient avoir un projet de mariage avec une ressortissante française, il ne l'établit pas et, en tout état de cause, ce mariage n'était pas célébré à la date de la décision en litige. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations rappelées au point précédent ne pourra donc qu'être également écarté.

8. En dernier lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Si l'intéressé soutient qu'il est susceptible de faire l'objet de persécutions en cas de retour dans son pays d'origine en raison de son refus de répondre à ses obligations militaires, il n'apporte aucun élément sur ce point de nature à permettre de juger du bien-fondé de ce moyen.

10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le préfet des Yvelines a prononcé à son encontre une obligation de quitter sans délai le territoire français assortie d'une interdiction de retour pour une durée d'un an.

11. Par suite, la requête de M. C ne pourra qu'être rejetée, dans l'ensemble de ses composantes.

D E C I D E :

Article 1er : La requête M. E C est rejetée.

Article 2 : La présente décision sera notifiée à M. E C, au préfet des Yvelines et à la préfète du Val-de-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 novembre 2023.

Le magistrat désigné, La greffière,

A : M. Aymard A : N. Riellant

La République mande et ordonne à la préfète du Val-de-Marne en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. Riellant

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