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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308221

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308221

mercredi 4 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308221
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDORIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée au greffe du Tribunal sous le numéro 2308221 le 3 août 2023, et un mémoire complémentaire enregistré au tribunal administratif de Paris le 28 juillet 2023, M. C B, représenté par Me Dorier, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n°91-647 du 10 juillet 1991.

M. B soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- les décisions litigieuses :

* sont entachées d'incompétence ;

* sont insuffisamment motivées et entachées d'un défaut d'examen complet ;

* sont entachées d'un défaut d'audition préalable ;

* méconnaissent l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, le 5) de l'article 6 de l'accord franco-algérien et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été prise en méconnaissance de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant refus d'un délai de départ volontaire :

* est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

* est entachée d'une erreur de droit eu égard à l'application de l'article L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 11 septembre 2023, le préfet de police de Paris, représenté par le cabinet Actis Avocats, conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du Tribunal a désigné M. Girard-Ratrenaharimanga, premier conseiller, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 776-13-1 et suivants, R. 776-15, R. 777-1 et suivants, R. 777-2 et suivants et R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Girard-Ratrenaharimanga, qui a informé les parties, en application des dispositions de l'article R. 611-7-3 du code de justice administrative, de ce que la juridiction est susceptible de prononcer d'office une mesure d'injonction tendant à enjoindre à l'autorité préfectorale de réexaminer la situation de M. B et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ainsi que de prendre toute mesure propre à mettre fin au signalement de M. B dans le système d'information Schengen ;

- les observations de Me Dorier, représentant M. B, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens ;

- et M. B, qui indique vouloir rester en France afin de poursuivre sa formation professionnelle en tant qu'électricien.

Le préfet de police de Paris n'était ni présent ni représenté.

Après avoir prononcé la clôture d'instruction à l'issue de l'audience publique à 12h11.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant algérien, né le 5 octobre 2004 à Alger (République Algérienne démocratique et Populaire), est entré en France en mois d'août 2020 selon ses déclarations. L'intéressé a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance à compter du 14 septembre 2021 jusqu'au 13 septembre 2022 par un jugement du tribunal pour enfants de A du 14 septembre 2021. L'intéressé a été interpellé le 20 juillet 2023 lors d'un contrôle d'identité et placé immédiatement en retenue administrative pour vérification de son droit au séjour. Par deux arrêtés du 20 juillet 2023, le préfet de police de Paris a obligé l'intéressé à quitter le territoire français sans délai en application du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office et a prononcé une interdiction de retour pour une durée de vingt-quatre mois. M. B demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de police l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ". Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Il ressort des pièces du dossier que M. B a été confié le 14 septembre 2021, à l'âge de seize ans, au service de l'aide sociale à l'enfance. Il ressort toujours des pièces du dossier qu'il a été stagiaire de la formation professionnelle au sein de l'unité éducative d'activités de jour (UEAJ) de Fontaine-au-Roi du 20 octobre 2020 au 11 juillet 2023 et qu'il a obtenu le diplôme d'études en langue française (Delf) niveau A2 le 7 octobre 2022 puis le Delf niveau A1 le 19 janvier 2023. Il ressort également des pièces du dossier qu'un contrat de jeune majeur a été signé avec le conseil départemental de Seine-Saint-Denis du 5 octobre 2022 au 5 mai 2023. Durant une période de l'année 2023 il a bénéficié d'une mise à l'abri. En outre, les notes de situation établies le 7 septembre 2022 et le 24 juillet 2023 par l'éducatrice de l'unité éducative en milieu ouvert (UEMO) d'Aubervilliers attestent de son assiduité, de son intérêt et de sa motivation pour s'insérer durablement dans la société française ainsi que de ses excellents rapports avec ses éducatrices au sein de ces UEMO et UEJA. De plus, il ressort du procès-verbal d'audition de police du 20 juillet 2023 que M. B a porté à la connaissance des agents de police qu'il était suivi par une éducatrice. Dans ces conditions, et alors que le préfet de police de Paris avait connaissance d'une partie de ces éléments, en prenant à l'encontre de M. B, le préfet de police de Paris a entaché sa décision d'un défaut d'examen complet de la situation personnelle de l'intéressé.

4. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que M. B est fondé à demander l'annulation de la décision du 20 juillet 2023 par laquelle le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français ainsi que, par voie de conséquence, l'annulation des autres décisions attaquées, privées de base légale, par lesquelles cette autorité lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

5. Aux termes de l'article L. 911-2 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne à nouveau une décision après une nouvelle instruction, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision juridictionnelle, que cette nouvelle décision doit intervenir dans un délai déterminé. ".

6. Eu égard aux motifs du présent jugement, l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français contestée implique que le préfet de police de Paris réexamine la situation de M. B et qu'il lui délivre une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il ait à nouveau statué sur son cas. Il y a lieu de prescrire à cette autorité, ou à tout autre préfet territorialement compétent, d'y procéder dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

7. Enfin, les annulations prononcées n'impliquent aucune autre injonction.

Sur les frais liés au litige :

8. M. B a obtenu, à titre provisoire, le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que M. B soit admis définitivement à l'aide juridictionnelle et Me Dorier, avocate de ce dernier, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement de 1 500 euros à Me Dorier.

D E C I D E :

Article 1er : M. C B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du 20 juillet 2023 par lequel le préfet de police de Paris a obligé M.Ch B à quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de police de Paris, ou à tout autre préfet territorialement compétent, de réexaminer la situation deCh M. B dans le délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour.

Article 4 : L'État (préfet de police de Paris) versera à Me Dorier, conseil de M.Ch B, une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de l'admission définitive de M.Ch B à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Dorier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M.Ch B et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2023.

Le magistrat désigné,

Signé : G. Girard-Ratrenaharimanga

La greffière,

Signé : L. Darnal

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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