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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308241

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308241

mercredi 30 août 2023

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308241
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantMOULA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 1er août 2023, M. B C, représenté par Me Moula, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités suisses, responsables de l'examen de sa demande d'asile.

M. C soutient que :

- la décision portant transfert a été prise en méconnaissance de l'article 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnaît l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 août 2023, le préfet de Seine-et-Marne conclut au rejet de la requête.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 du Parlement européen et du Conseil, établissant les critères et mécanismes de détermination de l'Etat membre responsable de l'examen d'une demande de protection internationale introduite dans l'un des Etats membres par un ressortissant de pays tiers ou un apatride ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 de la commission du 30 janvier 2014 modifiant le règlement (CE) n° 1560/2003 portant modalités d'application du règlement (CE)

n° 343/2003 du Conseil établissant les critères et mécanismes de détermination de l'État membre responsable de l'examen d'une demande d'asile présentée dans l'un des États membres par un ressortissant d'un pays tiers ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Eva Delon, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue aux articles R. 777-3 et suivants du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Delon ;

- et les observations de Me Moula, représentant M. C, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue tamoule, qui conclut aux mêmes fins que la requête par les mêmes moyens et soutient, en outre, que l'arrêté attaqué méconnaît l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, en ce qu'il n'a pu bénéficier, au cours de son entretien individuel, que d'un interprète par téléphone ne maîtrisant pas la langue tamoule, qu'il méconnaît la procédure de reprise en charge prévue aux articles 15, 18 et 19 du règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 et à l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013, ainsi que l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- M. C, assisté de Mme A, interprète assermentée en langue tamoule, qui indique qu'il ne souhaite pas retourner en Suisse, où il allègue être resté dans des camps de demandeurs d'asile pendant plusieurs années et dans de mauvaises conditions.

Le préfet de Seine-et-Marne n'était ni présent, ni représenté.

La clôture d'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience publique à 10h22.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, ressortissant sri-lankais, né le 21 décembre 1989 à Tellippalai (Sri Lanka), a déposé une demande d'asile et a été mis en possession de l'attestation correspondante le 3 juillet 2023. À l'issue de la procédure de détermination de l'État membre responsable de cette demande d'asile, le préfet de Seine-et-Marne a prononcé, par un arrêté du 3 juillet 2023, le transfert de M. C aux autorités suisses. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article 5 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Afin de faciliter le processus de détermination de l'État membre responsable, l'État membre procédant à cette détermination mène un entretien individuel avec le demandeur. Cet entretien permet également de veiller à ce que le demandeur comprenne correctement les informations qui lui sont fournies conformément à l'article 4. 2. L'entretien individuel peut ne pas avoir lieu lorsque : () b) après avoir reçu les informations visées à l'article 4, le demandeur a déjà fourni par d'autres moyens les informations pertinentes pour déterminer l'État membre responsable. () 4. L'entretien individuel est mené dans une langue que le demandeur comprend ou dont on peut raisonnablement supposer qu'il la comprend et dans laquelle il est capable de communiquer. Si nécessaire, les États membres ont recours à un interprète capable d'assurer une bonne communication entre le demandeur et la personne qui mène l'entretien individuel. 5. L'entretien individuel a lieu dans des conditions garantissant dûment la confidentialité. Il est mené par une personne qualifiée en vertu du droit national. () 6. L'État membre qui mène l'entretien individuel rédige un résumé qui contient au moins les principales informations fournies par le demandeur lors de l'entretien. Ce résumé peut prendre la forme d'un rapport ou d'un formulaire type. L'État membre veille à ce que le demandeur et/ou le conseil juridique ou un autre conseiller qui représente le demandeur ait accès en temps utile au résumé ".

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié d'un entretien individuel, le 31 mai 2023, mené par un agent de la préfecture de Seine-et-Marne, au cours duquel il a pu présenter des observations orales sur la procédure de transfert. L'intéressé a fait valoir, lors de l'audience publique, avoir rencontré des difficultés de compréhension à cette occasion, en raison de l'intervention d'un interprète par téléphone ne maîtrisant pas correctement la langue tamoule. S'il ressort du compte rendu de l'entretien des inexactitudes, notamment sur la présence de membres de sa famille en Europe, celles-ci ont été corrigées par le requérant lors de ses observations, qui sont également retranscrites, prises en compte et ne révèlent aucune difficulté de compréhension des questions qui ont été posées, auxquelles le requérant a apporté des réponses précises et substantielles, et au demeurant cohérentes avec ses écritures présentées dans sa requête. Par suite, le requérant n'établit pas avoir été privé d'une garantie et, par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 5 du règlement (UE)

n° 604/2013 du 26 juin 2013 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 23 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " 1. Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable conformément à l'article 20, paragraphe 5, et à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne. / 2. Une requête aux fins de reprise en charge est formulée aussi rapidement que possible et, en tout état de cause, dans un délai de deux mois à compter de la réception du résultat positif Eurodac ("hit"), en vertu de l'article 9, paragraphe 5, du règlement (UE) n° 603/2013 () ". Aux termes de l'article 15 du règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 susvisé, dans sa version modifiée par le règlement d'exécution n° 118/2014 de la Commission du 30 janvier 2014 susvisé : " 1. Les requêtes et les réponses, ainsi que toutes les correspondances écrites entre États membres visant à l'application du règlement (UE) n° 604/2013, sont, autant que possible, transmise via le réseau de communication électronique " DubliNet " établi au titre II du présent règlement. () / 2. Toute requête, réponse ou correspondance émanant d'un point d'accès national visé à l'article 19 est réputée authentique. / 3. L'accusé de réception émis par le système fait foi de la transmission et de la date et de l'heure de réception de la requête ou de la réponse. ". Aux termes de l'article 18 de ce même règlement n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 : " 1. Les moyens de transmission électroniques sécurisés, visés à l'article 22, paragraphe 2, du règlement (CE) n° 343/2003, sont dénommés "DubliNet" () ". Aux termes de l'article 19 de ce même règlement : " 1. Chaque État membre dispose d'un unique point d'accès national identifié. / () 3. Les points d'accès nationaux sont responsables de l'émission d'un accusé de réception pour toute transmission entrante. / 4. Les formulaires dont le modèle figure aux annexes I et III ainsi que le formulaire de demande d'information figurant à l'annexe V sont transmis entre les points d'accès nationaux dans le format fourni par la Commission () ". Il résulte de ces dispositions que la production de l'accusé de réception émis, dans le cadre du réseau DubliNet, par le point d'accès national de l'État requis lorsqu'il reçoit une requête aux fins de prise en charge présentée par les autorités françaises établit l'existence et la date de cette requête et permet, en conséquence, de déterminer le point de départ du délai de deux mois au terme duquel la requête aux fins de prise en charge est tenue pour implicitement acceptée. Pour autant, la production de cet accusé de réception ne constitue pas le seul moyen d'établir que les conditions mises à la prise en charge du demandeur étaient effectivement remplies. Il appartient au juge administratif, lorsque cet accusé de réception n'est pas produit, de se prononcer au vu de l'ensemble des éléments qui ont été versés au débat contradictoire devant lui, par exemple du rapprochement des dates de consultation du fichier Eurodac et de saisine du point d'accès national français ou des éléments figurant dans une confirmation explicite par l'État requis de son acceptation implicite de prise en charge.

5. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la demande de reprise en charge de

M. C par les autorités suisses produite par le préfet de Seine-et-Marne, a été formée le 23 juin 2023 par le réseau de communication " DubliNet ", qui permet des échanges d'informations fiables entre les autorités des États membres de l'Union européenne qui traitent les demandes d'asile. Le préfet de Seine-et-Marne produit, pour en justifier, la copie d'un courrier électronique du même jour qui constitue la réponse automatique du point d'accès national français, document comportant la référence " 9930727066 ", présente dans les différents documents composant le dossier de saisine des autorités suisses et qui correspond au numéro attribué à M. C par la préfecture. La production par l'administration de l'accusé de réception " DubliNet " suffit à établir que les autorités françaises ont saisi les autorités suisses via le point d'accès français au réseau européen sécurisé " DubliNet ". Cette circonstance est de nature à présumer que la transmission de la requête est authentique et a fait courir le délai au terme duquel la Suisse est réputée avoir donné son accord à la reprise en charge de l'intéressé. En l'espèce, la Suisse a explicitement accepté le 29 juin 2023 de reprendre en charge l'intéressé. Le requérant ne se prévaut en l'espèce d'aucune circonstance de nature à renverser cette présomption. Ainsi, et à le supposer soulevé, le moyen tiré de la méconnaissance des articles 15 et 19 du règlement (CE)1560/2003 du 2 septembre 2003 susvisé doit être écarté.

6. D'autre part, dans un arrêt n° C-582/17 et C-583/17 du 5 avril 2019, la Cour de justice de l'Union européenne a dit pour droit que, si la circonstance tirée de ce qu'une décision de transfert a été adoptée à l'issue d'une procédure de prise ou de reprise en charge n'est pas de nature à influer sur la portée du droit à un recours effectif contre une telle décision, garanti par l'article 27, paragraphe 1, du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, ces deux procédures sont néanmoins soumises à des régimes différents, cette différence se répercutant sur les dispositions de ce règlement susceptibles d'être invoquées au soutien d'un tel recours. En effet, dans le cadre de la procédure de prise en charge, le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de la demande d'asile, sur la base des critères établis au chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, revêt un caractère central et l'État membre dans lequel une telle demande a été introduite ne peut adresser une requête de prise en charge à un autre État membre que s'il estime que celui-ci est responsable de l'examen de cette demande. En revanche, dans le cadre de la procédure de reprise en charge, ces critères de responsabilité ne sont pas pertinents, puisqu'il importe seulement que l'État membre requis remplisse les conditions prévues à l'article 20, paragraphe 5 (à savoir qu'il s'agisse de l'État membre auprès duquel la demande a été introduite pour la première fois et dans lequel le processus de détermination de l'État membre responsable de l'examen de cette demande est en cours) ou à l'article 18, paragraphe 1, sous b) à d) (à savoir qu'il s'agisse de l'État membre qui a été saisi de la première demande et qui, à l'issue du processus de détermination de l'État membre responsable, a admis sa propre responsabilité pour examiner cette demande). Il en résulte que les critères de responsabilité énoncés au chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ne peuvent pas être invoqués au soutien d'un recours dirigé contre une décision de transfert prise dans le cadre d'une procédure de reprise en charge.

7. En l'espèce, l'arrêté attaqué s'inscrit dans le cadre d'une procédure de reprise en charge et le préfet de Seine-et-Marne n'avait dès lors pas à procéder de nouveau à l'examen de la situation de M. C au regard des critères énoncés au chapitre III du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013, alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé avait déposé une premier demande d'asile en Suisse dès 2016. Ainsi, c'est à bon droit que le préfet de Seine-et-Marne a saisi les autorités suisses d'une demande de reprise en charge du requérant sur le fondement des stipulations de l'article 18 paragraphe 1 du règlement précité, ces autorités précisant ensuite aux autorités françaises qu'elles acceptaient la reprise en charge sur le fondement du d) du paragraphe 1 de l'article 18. Par suite, le moyen d'erreur de droit doit être écarté.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article 3 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 susvisé : " () Lorsqu'il est impossible de transférer un demandeur vers l'État membre initialement désigné comme responsable parce qu'il y a de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État membre des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, l'État membre procédant à la détermination de l'État membre responsable poursuit l'examen des critères énoncés au chapitre III afin d'établir si un autre État membre peut être désigné comme responsable () ". Aux termes de l'article 17 de ce règlement : " 1. Par dérogation à l'article 3, paragraphe 1, chaque État membre peut décider d'examiner une demande de protection internationale qui lui est présentée par un ressortissant de pays tiers ou un apatride, même si cet examen ne lui incombe pas en vertu des critères fixés dans le présent règlement () ". Aux termes de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

9. Le requérant fait valoir que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste dans la mise en œuvre du pouvoir d'appréciation que le préfet de police tient de l'article 17 précité du règlement du 26 juin 2013, dès lors que sa demande d'asile a été définitivement rejetée par les autorités suisses et que sa remise à ces autorités aurait pour conséquence un réacheminement vers le Sri Lanka où il serait exposé au risque de traitements inhumains ou dégradants au sens de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Toutefois, l'arrêté en litige a seulement pour objet de renvoyer l'intéressé en Suisse et non dans son pays d'origine. Par ailleurs, eu égard au niveau de protection des libertés et des droits fondamentaux dans les Etats signataires des accords de Dublin, lorsque la demande de protection internationale a été introduite dans un Etat autre que la France, que cet Etat a accepté de prendre ou de reprendre en charge le demandeur et en l'absence de sérieuses raisons de croire qu'il existe dans cet État signataire des défaillances systémiques dans la procédure d'asile et les conditions d'accueil des demandeurs, qui entraînent un risque de traitement inhumain ou dégradant au sens de l'article 4 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne, les craintes dont le demandeur fait état quant au défaut de protection dans cet Etat membre doivent en principe être présumées non fondées, sauf à ce que l'intéressé apporte, par tout moyen, la preuve contraire. La seule circonstance qu'à la suite du rejet de sa demande de protection par cet Etat membre l'intéressé serait susceptible de faire l'objet d'une mesure d'éloignement ne saurait caractériser la méconnaissance par cet Etat de ses obligations. La Suisse, est partie tant à la convention de Genève du 28 juillet 1951 sur le statut de réfugiés, complétée par le protocole de New-York, qu'à la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par les seuls éléments qu'il invoque,

M. C n'établit pas qu'il existerait des raisons sérieuses de croire à l'existence de défaillances systémiques en Suisse dans la procédure d'asile ou que les juridictions suisses n'auraient pas traité sa demande d'asile dans des conditions conformes à l'ensemble des garanties exigées par le respect du droit d'asile. En outre, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que les autorités suisses, alors même que la demande d'asile de M. C a été rejetée à deux reprises, n'évalueront pas, avant de procéder à un éventuel éloignement de l'intéressé, les risques auquel il serait exposé en cas de retour en Sri Lanka. Enfin, si le requérant fait valoir la présence en France de ses frères, combattants tamouls selon ses allégations, il ne fournit aucun commencement de preuve de nature à établir leur lien familial et n'établit d'ailleurs ni être à la charge de ces personnes ni même entretenir une quelconque relation avec eux. Ainsi, compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'espèce, M. C ne peut se prévaloir d'aucun motif exceptionnel ou d'aucune circonstance humanitaire qui aurait justifié que le préfet de Seine-et-Marne décide, à titre dérogatoire, d'examiner sa demande de protection internationale en application des dispositions précitées des articles 3 et 17 du règlement n°604/2013 du 26 juin 2013 susvisé. Dès lors, en prenant la mesure de transfert litigieuse, cette autorité administrative n'a méconnu ni les stipulations et dispositions susmentionnées ni porté sur les circonstances de l'espèce une appréciation manifestement erronée.

10. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Si M. C se prévaut de la présence en France de ses frères, ayant obtenu la qualité de réfugié, il ne produit aucun élément de nature à établir l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de ses liens avec eux, alors pourtant qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'est arrivé en France qu'en 2023. Dans ces conditions, par les seuls éléments qu'il invoque, le requérant n'établit pas que, par l'arrêté attaqué, le préfet de Seine-et-Marne a porté une atteinte disproportionnée à son droit de mener une vie privée et familiale normale par rapport aux buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation de l'arrêté susvisé du 3 juillet 2023 par lequel le préfet de Seine-et-Marne a prononcé son transfert aux autorités suisses doivent être rejetées. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 relatives à l'aide juridique ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de Seine-et-Marne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2023.

La magistrate désignée,

Signé : E. DELON

La greffière,

Signé : N. RIELLANT

La République mande et ordonne au préfet de Seine-et-Marne, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N. RIELLANT

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