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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308264

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308264

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308264
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantPILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 6 août 2023, 20 janvier 2024, 22 janvier 2024, 25 janvier 2024, 23 avril 2024, 29 mai 2024 et 17 juin 2024, M. B C A, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 16 mars 2023 par laquelle le directeur de l'agence Pôle emploi de Chelles a refusé de lui accorder l'aide individuelle à la formation pour suivre une formation d'attaché de recherche clinique ;

2°) de condamner France Travail à lui verser une somme de 4 000 euros correspondant au montant de l'aide qu'il a ainsi sollicitée ;

3°) de condamner France Travail à lui verser une somme de 46 650 euros en réparation du préjudice moral qu'il soutient avoir subi ;

4°) de condamner France Travail à lui verser une somme de 3 600 euros par mois jusqu'au 31 décembre 2024 au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ;

5°) de saisir le Conseil d'Etat d'une demande d'avis sur sa requête.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 septembre 2023, 15 janvier 2024, 24 janvier 2024, 12 avril 2024 et 27 mai 2024, la directrice régionale de France Travail Ile-de-France, représentée en dernier lieu par Me Pillet, conclut au rejet de la requête.

Par un mémoire distinct, enregistré le 11 juillet 2024, M. B C A, demande au tribunal de saisir le Conseil d'Etat d'une question prioritaire de constitutionnalité ayant pour objet la conformité aux droits et libertés garantis par la Constitution du refus d'aide individuelle à la formation qui lui a été accordée.

En application de l'article R. 771-5 du code de justice administrative, ce mémoire distinct n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution, notamment son Préambule et son article 61-1 ;

- l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 ;

- le code du travail ;

- la loi n° 2008-126 du 13 février 2008 ;

- le code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. En premier lieu, les dispositions de l'article 23-2 de l'ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel prévoient que, lorsqu'une juridiction relevant du Conseil d'Etat est saisie de moyens contestant la conformité d'une disposition législative aux droits et libertés garantis par la Constitution, elle transmet au Conseil d'Etat la question de constitutionnalité ainsi posée à la triple condition que la disposition contestée soit applicable au litige ou à la procédure, qu'elle n'ait pas déjà été déclarée conforme à la Constitution dans les motifs et le dispositif d'une décision du Conseil constitutionnel, sauf changement des circonstances, et qu'elle ne soit pas dépourvue de caractère sérieux. Aux termes de l'article R. 771-7 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance, statuer sur la transmission d'une question prioritaire de constitutionnalité ".

2. Si M. A a entendu soulever une question prioritaire de constitutionnalité, il ne conteste la conformité d'aucune disposition législative aux droits et libertés garantis par la Constitution dès lors qu'il se borne à demander que soit directement posée la question de la conformité à certains de ces droits et libertés de la décision de refus de lui accorder l'aide individuelle à la formation qui lui a été opposée le 16 mars 2023 du directeur de l'agence Pôle emploi de Chelles, dont il soutient d'ailleurs qu'elle ne repose sur aucune disposition législative. Dans ces conditions, la question soulevée ne peut que donner lieu à un refus de transmission.

3. En second lieu, aux termes de l'article R. 222-1 du code de justice administrative : " () les présidents de formation de jugement des tribunaux () peuvent, par ordonnance : / () / 2° Rejeter les requêtes ne relevant manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative. / () / 7° Rejeter, après l'expiration du délai de recours ou, lorsqu'un mémoire complémentaire a été annoncé, après la production de ce mémoire, les requêtes ne comportant que des moyens de légalité externe manifestement infondés, des moyens irrecevables, des moyens inopérants ou des moyens qui ne sont assortis que de faits manifestement insusceptibles de venir à leur soutien ou ne sont manifestement pas assortis des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. / () ".

4. D'une part, aux termes de l'article L. 5312-12 du code du travail : " Les litiges relatifs aux prestations dont le service est assuré par l'institution, pour le compte de l'organisme chargé de la gestion du régime d'assurance chômage ou de l'Etat sont soumis au régime contentieux qui leur était applicable antérieurement à la création de cette institution ". Il résulte de ces dispositions, éclairées par les travaux préparatoires de la loi du 13 février 2008 relative à la réforme de l'organisation du service public de l'emploi dont elles sont issues, que le législateur a souhaité que la réforme à laquelle cette loi a procédé, qui s'est notamment caractérisée par la substitution de Pôle emploi à l'Agence nationale pour l'emploi et aux associations pour l'emploi dans l'industrie et le commerce (Assedic), reste sans incidence sur le régime juridique des prestations et sur la juridiction compétente pour connaître du droit aux prestations, notamment sur la compétence de la juridiction judiciaire s'agissant des prestations servies au titre du régime d'assurance chômage.

5. Il résulte de ce qui précède que la juridiction judiciaire est seule compétente pour connaître d'une demande tendant à la condamnation de Pôle emploi à verser les prestations correspondant à l'allocation d'aide au retour à l'emploi. Par suite, les conclusions de M. A tendant à la condamnation de France Travail à lui verser une somme de 3 600 euros par mois jusqu'au 31 décembre 2024 au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi ne relèvent manifestement pas de la compétence de la juridiction administrative.

6. D'autre part, lorsqu'il statue sur un recours dirigé contre une décision par laquelle l'administration, sans remettre en cause des versements déjà effectués, détermine les droits d'une personne en matière d'aide ou d'action sociale, de logement ou au titre des dispositions en faveur des travailleurs privés d'emploi, et sous réserve du contentieux du droit au logement opposable, il appartient au juge administratif, eu égard tant à la finalité de son intervention qu'à sa qualité de juge de plein contentieux, non de se prononcer sur les éventuels vices propres de la décision attaquée, mais d'examiner les droits de l'intéressé, en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction et, notamment, du dossier qui lui est communiqué en application de l'article R. 772-8 du code de justice administrative

7. En vertu du 2° de l'article L. 5312-1 du code du travail, Pôle emploi, désormais dénommé France Travail, a notamment pour mission d'accompagner les personnes à la recherche d'un emploi, d'une formation ou d'un conseil professionnel, de prescrire toutes actions utiles pour développer leurs compétences professionnelles et améliorer leur employabilité, favoriser leur reclassement et leur promotion professionnelle, faciliter leur mobilité géographique et professionnelle. L'article L. 6121-4 du même code prévoit que Pôle emploi " attribue des aides individuelles à la formation () ". En vertu de l'article R. 5312-6 de ce code, le conseil d'administration de Pôle emploi délibère notamment sur : " 2° Les mesures destinées à faciliter les opérations de recrutement des entreprises, à favoriser l'insertion, le reclassement, la promotion professionnelle et la mobilité géographique et professionnelle des personnes, qu'elles disposent ou non d'un emploi, en application de la convention tripartite mentionnée à l'article L. 5312-3 ".

8. Par une délibération n° 2008/04 du 19 décembre 2008 relative à la fixation de la nature et des conditions d'attribution des aides et mesures accordées par Pôle emploi, adoptée sur le fondement de ces dispositions, le conseil d'administration de cette institution a prévu que : " Pôle emploi met en œuvre des aides et des mesures destinées à favoriser une reprise d'emploi rapide et durable en favorisant l'insertion, le reclassement, la promotion professionnelle et la mobilité géographique et professionnelle des demandeurs d'emploi indépendamment de leurs droits au revenu de remplacement () " et que : " Les aides s'inscrivent dans le cadre du projet personnalisé d'accès à l'emploi et sont attribuées dans la limite des enveloppes disponibles et dans la mesure où ces aides sont nécessaires à la reprise d'emploi. () Les directeurs régionaux de Pôle emploi peuvent cibler un public ou un secteur prioritaire au regard des caractéristiques des territoires () ". Par sa délibération n° 2015-10 du 3 février 2015, il a prévu, à ce titre, qu'une aide individuelle à la formation, revêtant un caractère complémentaire et subsidiaire aux financements accordés par les collectivités publiques et les organismes paritaires collecteurs agréés, peut être attribuée pour financer en tout ou partie les frais pédagogiques des formations, suivies par des demandeurs d'emploi, dont le contenu, les coûts pédagogiques et la durée ont été validés par Pôle emploi, dans le cadre de leur projet professionnel.

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 6 que M. A ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de son recours, de moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision rejetant sa demande d'octroi de l'aide individuelle à la formation ou ce de qu'elle aurait été prise au terme d'une procédure irrégulière, qui constituent des vices propres dont serait entachée cette décision. Si M. A se prévaut en outre de ce que le refus qui lui a été opposé est empreint de discrimination, il se borne à se prévaloir du délai dans lequel la décision a été prise, ce qui constitue un fait manifestement insusceptible de venir au soutien de ce moyen, et de ce que d'autres étudiants auraient obtenu une décision favorable, allégation qui n'est manifestement pas assortie des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Enfin, M. A ne peut utilement se prévaloir, à l'appui de ce même moyen, de ce que France Travail a opposé en défense une exception d'incompétence et des fins de non-recevoir ou de ce qu'un règlement amiable du litige n'a pas eu lieu, ces circonstances étant par elles-mêmes sans lien avec la discrimination qu'il invoque, ces moyens n'étant, en tout état de cause, manifestement pas assortis de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé s'agissant du lien qui pourrait exister entre le traitement discriminatoire invoqué et le fait que l'administration ait opposé de tels moyens de défense. Si M. A soutient par ailleurs que la décision en litige est entachée d'une erreur de droit au regard d'un délai de " 120 jours de prévenance ", ce moyen n'est là encore pas manifestement assorti de précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé. Si M. A soutient que le projet de formation qui fait l'objet de la décision en litige est " pertinent " et " professionnalisant ", ces circonstances ne peuvent être utilement invoquées par le requérant dès lors qu'il résulte de l'instruction que le refus qui lui est opposé repose sur des motifs qui se rattachent aux principes rappelés au point 8 et dont M. A ne conteste pas le bien-fondé. Enfin, M. A n'invoque aucun moyen distinct à l'appui de ses conclusions aux fins de condamnation et d'indemnisation.

10. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. A doit être rejeté sur le fondement du 7° de l'article R. 222-1 du code de justice administrative, sans qu'il soit besoin de saisir le Conseil d'Etat d'une demande d'avis, dont au demeurant le requérant ne précise pas quel devrait être son contenu.

O R D O N N E:

Article 1er : Il n'y a pas lieu de transmettre au Conseil d'Etat la question prioritaire de constitutionnalité soulevée par M. A.

Article 2 : Les conclusions de M. A tendant à la condamnation de France Travail à lui verser une somme de 3 600 euros par mois jusqu'au 31 décembre 2024 au titre de l'allocation d'aide au retour à l'emploi sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.

Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B C A et à France Travail.

Copie pour information en sera transmise à la directrice régionale de France Travail Ile-de-France.

Fait à Melun, le 18 juillet 2024.

Le président de la 1ère chambre,

T. Gallaud

La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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