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AccueilJurisprudence administrativeN° TA77-2308334

Tribunal Administratif de MELUN — Décision N° TA77-2308334

mercredi 10 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de MELUN
SectionTribunal Administratif de MELUN
N° DossierTA77-2308334
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduite à la frontière
Avocat requérantDESPRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 7 août 2023, le président du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête présentée par M. E.

Par une requête enregistrée le 4 août 2023, au greffe du Tribunal administratif de Montreuil, et un nouveau mémoire enregistré le 27 mai 2024 M. B E représenté par Me Desprat demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 2 août 2023 par lequel le préfet de la Seine-Saint-Denis l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Seine-Saint-Denis de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail, de réexaminer sa situation à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ; la simple condamnation pour des faits anciens dont la peine a été purgée ne suffit pas à caractériser une menace pour l'ordre public ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; elle porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale ; il a développé de 2012 à 2017 un tissu social important ; lors de sa détention il a poursuivi une scolarité exemplaire ; ayant quitté son pays d'origine en 2011, il ne dispose plus d'attaches en Côte d'Ivoire ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de ladite convention ; il a une pathologie importante nécessitant des soins réguliers et spécialisés ; la décision préfectorale ne mentionne même pas son état de santé ;

- les dispositions de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il nécessite une prise en charge par des médecins psychiatres ; il doit poursuivre son traitement médical en France ainsi que l'atteste le docteur A ; la prise en charge psychiatrique est limitée en Côte d'Ivoire ; trois des médicaments qu'il prend ne sont pas disponibles ;

- il a été condamné en 2017 pour des faits anciens datant de 2013 ; il a bénéficié d'un aménagement de peine sous forme de semi-liberté par un jugement du 28 mars 2023.

- la décision portant refus de départ volontaire est insuffisamment motivée ; elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur la menace à l'ordre public ; or, les faits sont anciens ; il a un aménagement de peine et indemnise les parties civiles ; la motivation de la décision n'indique pas que le préfet a procédé à un examen particulier de sa situation avant de prendre sa décision ; le risque de fuite n'est pas établi ; il présente des garanties de représentation sérieuses et fait valoir des circonstances exceptionnelles ; il a une adresse stable depuis une année ; la préfecture qui mentionne une précédente mesure d'éloignement n'en justifie pas ;

- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée et entachée d'un défaut d'examen sérieux et particulier : l'administration n'a pas vérifié s'il existait des circonstances humanitaires ; outre l'absence de menace à l'ordre public, il présente en effet des circonstances humanitaires ;

- la décision fixant le pays de destination souffre d'une absence de motivation et d'une erreur de droit : elle ne fait pas état de sa pathologie.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 mai 2024, le préfet de la Seine-Saint-Denis conclut au rejet de la requête ;

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par M. E n'est fondé.

Une décision du 20 septembre 2023 du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. E.

Vu :

- l'arrêté du préfet de la Seine-Saint-Denis du 2 août 2023 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Guillou, premier conseiller honoraire, inscrit sur la liste prévue à l'article L. 222-2-1 du code de justice administrative, pour statuer sur les recours dont le présent tribunal est saisi en application de l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique tenue le 28 mai 2024 en présence de Mme Adelon, greffière d'audience :

- le rapport de M. Guillou, magistrat désigné ;

- les observations de Me Beaufort substituant Me Desprat représentant M. E, présent, qui persiste en tous points dans les termes de la requête ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant ivoirien, né le 19 septembre 1986 à Gagnao (Côte d'Ivoire), a quitté son pays selon ses déclaration ses déclarations en 2011 et serait entré irrégulièrement en France en 2012 ; il a été condamné par la cour d'assises de Paris le 21 septembre 2017 pour des faits de meurtre ; il n'a jamais sollicité de titre de séjour. Par arrêté du 2 août 2023, le préfet de la Seine-Saint-Denis a obligé l'intéressé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. M. E demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 susvisée : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. M. E ayant été admis à l'aide juridictionnelle totale par la décision susvisée du bureau d'aide juridictionnelle du Tribunal, il n'y a pas lieu de prononcer l'admission provisoire de l'intéressé à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

Sur le moyen commun aux différentes décisions attaquées :

3. L'arrêté du 2 août 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne de façon suffisamment précise et non stéréotypée les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement de chacune des décisions attaquées et notamment cite la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne des éléments de la situation personnelle de M. E et indique que les décisions prises ne contreviennent pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort ni des termes de cet arrêté, ni des autres pièces versées au dossier, que le préfet de la Seine-Saint-Denis n'aurait pas procédé à un examen particulier de la situation personnelle de l'intéressé. L'autorité préfectorale n'est pas tenue de mentionner l'ensemble des éléments de la situation de l'intéressé, mais seulement ceux sur lesquels elle a fondé ses décisions et dont elle avait connaissance. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisance de motivation de l'arrêté en litige et du défaut d'examen de la situation personnelle de M. E doivent être écartés comme manquant en fait.

Sur la légalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ;

5. M. E n'est pas entré régulièrement en France et ne justifie pas être titulaire d'un titre de séjour ; il entre ainsi dans le champ d'application de la disposition précitée du 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français.

6. Par un arrêté n°2023-0538 du 10 mars 2023, régulièrement publié au bulletin des informations administratives de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, Mme C D, cheffe de la mission ordre public du bureau de l'éloignement, a reçu délégation du préfet de la Seine-Saint-Denis à l'effet notamment de signer les décisions portant obligation de quitter le territoire français, celles fixant le délai de départ, celles fixant le pays de renvoi, ainsi que les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige manque en fait et doit être écarté.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

8. M. E fait valoir qu'il vit en France depuis 2012 : il a développé de 2012 à 2017 un tissu social important ; lors de sa détention il a poursuivi une scolarité exemplaire ; ayant quitté son pays d'origine en 2011, il ne dispose plus d'attaches en Côte d'Ivoire ; Toutefois, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé se maintient depuis son arrivée en situation irrégulière en France ; il a été condamné à dix ans de réclusion pour des faits de meurtre ainsi qu'il a été dit au point 1 et qu'il purge cette peine actuellement en semi-liberté ; les attestations produites de l'association Emmaüs et les témoignages individuels qui s'ils font état d'efforts de réhabilitation n'établissent pas son insertion dans la société française. M. E, célibataire et sans enfant à charge, ne saurait être regardé comme dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de 16 ans. Ainsi le requérant ne justifie pas, avoir en France le centre de ses intérêts privés et familiaux. Dans ces conditions, M. E n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision a été prise. Par suite, le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

9. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales est inopérant à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire qui n'a pas pour objet ni pour effet de fixer le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office, lequel est déterminé par une décision distincte.

10. D'une part, aux termes de l'article L. 611-3 9° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () / 9° L'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié ". D'autre part, aux termes de l'article R. 611-1 du même code : " Pour constater l'état de santé de l'étranger mentionné au 9° de l'article L. 611-3, l'autorité administrative tient compte d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration () " et aux termes de l'article R. 611-2 de ce code : " L'avis mentionné à l'article R. 611-1 est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu :/ 1° D'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement l'étranger ou un médecin praticien hospitalier ; / 2° Des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. / Toutefois, lorsque l'étranger est placé ou maintenu en rétention administrative, le certificat prévu au 1° est établi par un médecin intervenant dans le lieu de rétention conformément à l'article R. 744-14. "

11. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé n'a pas fait état de problèmes de santé antérieurement à l'introduction de son mémoire complémentaire du 27 mai 2024. Le préfet de la Seine-Saint-Denis mentionne dans l'arrêté attaqué qu'il n'a pas souhaité régulariser sa situation administrative en détention alors qu'il pouvait le faire ; de plus l'autorité préfectorale mentionne également qu'il n'a pas rempli le formulaire de renseignement transmis par le greffe pénitentiaire le 9 juin 2023 et qu'il n'a pas déféré le 1er août 2023 à une convocation dans les locaux de la préfecture ; s'il indique dans son mémoire complémentaire avoir fait une demande de régularisation reçue le 10 juillet 2023 par la sous-préfecture de Nogent-sur-Marne, il ne l'établit pas en se bornant à produire un simple accusé de réception sans le dossier joint ; en tout état de cause s'il produit des documents attestant d'un suivi régulier par un psychiatre et un psychologue clinicien ainsi qu'un traitement médicamenteux, il n' établit pas par le seul certificat du docteur A datant du 1er janvier 2017, soit il y a plus de 6 ans, que son état de santé est susceptible de le faire entrer dans la catégorie des étrangers qui ne peuvent faire l'objet d'une obligation de quitter le territoire français. Dès lors, le préfet de la Seine-Saint-Denis qui, au demeurant ne disposait d'aucune information à cet égard n'était pas tenu de solliciter un avis médical en application de l'article R. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de prendre la décision attaquée. Dans ces conditions, les moyens tirés de la violation des articles L. 611-3- 9, R. 611-1 et R. 611-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.

12. S'il soutient avoir été condamné en 2017 pour des faits anciens datant de 2013, sa condamnation pour meurtre est assortie d'un peine d'emprisonnement de dix ans qui est toujours en cours, bien qu'il bénéficie depuis 2023 d'un régime de semi-liberté ; eu égard à la nature et à l'extrême gravité des faits reprochés, il n'est pas fondé à soutenir qu'il ne représente pas ou plus une menace pour l'ordre public.

13. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur la légalité de la décision de ne pas accorder de délai de départ volontaire :

14. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. L'autorité administrative peut accorder, à titre exceptionnel, un délai de départ volontaire supérieur à trente jours s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. Elle peut prolonger le délai accordé pour une durée appropriée s'il apparaît nécessaire de tenir compte de circonstances propres à chaque cas. L'étranger est informé par écrit de cette prolongation. ". L'article L. 612-2 dudit code dispose que " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. " . L'article L. 612-3 de ce code précise que " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

15. En retenant comme fondement légal de la décision attaquée que M. E ne présente pas de garantie de représentation dans la mesure où il est dépourvu de document d'identité et de voyage, qu'il n'a pas déclaré de lieu de résidence au greffe pénitentiaire, le préfet de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en ne lui octroyant pas de délai de départ volontaire.

16. Il résulte ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision lui refusant un délai de départ volontaire.

Sur la légalité de la décision fixant le pays de destination :

17. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ".

18. Si le requérant fait état de l'absence de médicaments correspondants à son traitement dans son pays d'origine, à supposer ce fait établi, il n'apporte pas la preuve que l'interruption de ce traitement entrainerait des conséquences d'une exceptionnelle gravité q comme mentionné au point 11 ; le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées ne peut ne peut qu'être écarté.

19. Il résulte ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

Sur la légalité de la décision portant interdiction de retour pour une durée de trois ans :

20. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. "

21. Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, en cas de refus de délai de départ volontaire, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf circonstances humanitaires. La motivation de la durée de l'interdiction doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi. Il incombe ainsi à l'autorité compétente de faire état des éléments de la situation de l'intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe la durée de sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d'éloignement dont il a fait l'objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l'ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l'intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n'est pas tenue, à peine d'irrégularité, de le préciser expressément.

22. La motivation de la décision attaquée, en sus de la citation de l'article L. 612-10 précité, atteste de la prise en compte par l'autorité préfectorale, au vu de la situation de l'intéressé, des quatre critères énoncés à l'article L. 612-10 précité à savoir qu'il a été condamné par la Cour d'Assises de Paris le 21 septembre 2017 pour des faits de meurtre à 10 ans d'emprisonnement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public, qu'il séjourne en France en situation irrégulière ; que célibataire et sans enfant, il ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France et qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement par le préfet de police le 6 janvier 2017, mesure qu'il n'a pas exécutée ; si le requérant conteste cette dernière décision, le préfet ne la produisant pas ni la preuve de sa notification, l'autorité préfectorale pouvait prendre la même décision en se fondant uniquement sur les trois premiers critères. Ainsi, en ne retenant pas de circonstances humanitaires justifiant qu'il ne prononce pas d'interdiction de retour à l'encontre de M. E, le préfet de de la Seine-Saint-Denis n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation eu égard aux considérations qui précèdent sur la durée et les conditions de séjour en France notamment telles que rappelées au point 8, ainsi que sur la situation familiale de l'intéressé. Enfin, en fixant la durée de cette interdiction de retour sur le territoire français à trois ans, cette autorité n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation eu égard à ces mêmes considérations.

23. Il résulte ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour de trois ans.

24. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. E à fin d'annulation de l'arrêté du 2 août 2023 du préfet de la Seine-Saint-Denis doivent être rejetées et par voie de conséquence ses conclusions aux fins d'injonction et celles relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Seine-Saint-Denis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé : J-R GuillouLa greffière,

Signé : MD. Adelon

La République mande et ordonne au préfet de la Seine-Saint-Denis en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

MD. Adelon

N°2308334

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