vendredi 20 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de MELUN |
| Section | Tribunal Administratif de MELUN |
| N° Dossier | TA77-2308385 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | CHEMOUILLI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 9 août 2023, Mme D C, agissant en sa qualité de représentante légale de son fils mineur, M. A B, et représentée par Me Chemouilli, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 30 juin 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au bénéfice de son fils M. A B ;
2°) d'enjoindre à la préfète du Val-de-Marne de lui délivrer les documents sollicités dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la présente décision, et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision contestée est entachée d'une erreur de droit dès lors que, en l'absence de contestation par le ministère public ou de remise en cause par le juge judiciaire de la reconnaissance de paternité effectuée par M. E, de nationalité française, la préfète du Val-de-Marne était tenue de délivrer à son fils les titres d'identité sollicités ;
- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'il est établi que M. B est le père de l'enfant A B et qu'ils entretiennent une relation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 3 octobre 2024, la préfète du Val-de-Marne conclut au rejet de la requête.
Par une ordonnance du 4 octobre 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 novembre 2024 à 12 heures.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 55-1397 du 22 octobre 1955 ;
- le décret n° 2005-1726 du 30 décembre 2005 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 décembre 2024 à 10 heures 30 :
- le rapport de Mme Bousnane, conseillère,
- et les conclusions de Mme Leboeuf, rapporteure publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C a sollicité, les 6 octobre 2020, 11 mai et 27 octobre 2021, la délivrance d'une carte nationale d'identité au bénéfice de son fils mineur, M. A B, né le 18 juin 2020 à Paris. Elle a également demandé, le 11 mai 2021, la délivrance d'un passeport à son profit. Après avoir rejeté les demandes de carte nationale d'identité présentées les 6 octobre 2020 et 11 mai 2021 pour doublon, la préfète du Val-de-Marne a rejeté les demandes de délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport, respectivement présentées les 11 mai 2021 et 27 octobre 2021, par une décision du 30 juin 2023. Par sa requête, Mme C demande au tribunal d'annuler cette décision.
2. Aux termes de l'article 18 du code civil : " Est français l'enfant dont l'un des parents au moins est français ". L'article 310-3 du code civil prévoit que : " La filiation se prouve par l'acte de naissance de l'enfant, par l'acte de reconnaissance ou par l'acte de notoriété constatant la possession d'état. / () ". Aux termes de l'article 321 du même code : " Sauf lorsqu'elles sont enfermées par la loi dans un autre délai, les actions relatives à la filiation se prescrivent par dix ans à compter du jour où la personne a été privée de l'état qu'elle réclame, ou a commencé à jouir de l'état qui lui est contesté. A l'égard de l'enfant, ce délai est suspendu pendant sa minorité. ". L'article 335 de ce code précise : " La filiation établie par la possession d'état constatée par un acte de notoriété peut être contestée par toute personne qui y a intérêt en rapportant la preuve contraire, dans le délai de dix ans à compter de la délivrance de l'acte ". Aux termes de l'article 2 du décret du 22 octobre 1955 instituant la carte nationale d'identité : " La carte nationale d'identité est délivrée sans condition d'âge à tout Français qui en fait la demande () ". Aux termes de l'article 4 du décret du 30 décembre 2005 relatif aux passeports électroniques : " Le passeport électronique est délivré, sans condition d'âge, à tout Français qui en fait la demande () ".
3. Pour l'application de ces dispositions, si la délivrance d'une carte nationale d'identité ou d'un passeport est un droit pour tout Français qui en fait la demande, il appartient aux autorités administratives compétentes, qui ne sauraient être considérées comme en situation de compétence liée, de s'assurer, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, que les pièces produites à l'appui d'une demande de carte nationale d'identité ou de passeport sont de nature à établir l'identité et la nationalité du demandeur. Seul un doute suffisamment justifié à cet égard peut justifier le refus de délivrance ou de renouvellement de la carte nationale d'identité ou de passeport.
4. En outre, si un acte de droit privé opposable aux tiers est en principe opposable dans les mêmes conditions à l'administration tant qu'il n'a pas été déclaré nul par le juge judiciaire, il appartient cependant à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec même dans le cas où cette fraude revêt la forme d'un acte de droit privé. Ce principe peut conduire l'administration, qui doit exercer ses compétences sans pouvoir renvoyer une question préjudicielle à l'autorité judiciaire, à ne pas tenir compte, dans l'exercice de ces compétences, d'actes de droit privé opposables aux tiers. Tel est le cas dans le cadre de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité ou de passeport. Par conséquent, si la reconnaissance d'un enfant est opposable aux tiers, en tant qu'elle établit un lien de filiation et, le cas échéant, en tant qu'elle permet l'acquisition par l'enfant de la nationalité française, dès lors que cette reconnaissance a été effectuée conformément aux conditions prévues par le code civil, et s'impose donc en principe à l'administration tant qu'une action en contestation de filiation n'a pas abouti, il appartient néanmoins au préfet, s'il est établi, lors de l'examen d'une demande d'une carte nationale d'identité pour le compte d'un enfant mineur, que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour, de faire échec à cette fraude et de refuser, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, tant que la prescription prévue par les articles 321 et 335 du code civil n'est pas acquise, la délivrance de la carte nationale d'identité ou du passeport.
5. En premier lieu, il résulte des dispositions et principes cités aux points précédents que l'absence de contestation par le ministère public ou de remise en cause par le juge judiciaire d'une reconnaissance de paternité n'a pas pour effet d'obliger l'autorité administrative de tenir compte de cette reconnaissance, s'il est établi que la reconnaissance a été souscrite de manière frauduleuse. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la préfète du Val-de-Marne aurait entaché la décision contestée d'une erreur de droit au motif qu'en l'absence de contestation par le ministère public ou de remise en cause par le juge judiciaire de la reconnaissance de paternité effectuée par M. E, de nationalité française, elle aurait été tenue de délivrer à son fils les titres d'identité sollicités.
6. En second lieu, il ressort des termes de la décision contestée que, pour prendre la décision contestée, la préfète du Val-de-Marne s'est fondée sur le contenu de l'entretien de Mme C avec la référente fraude du département du Val-de-Marne du 13 avril 2022 et le procès-verbal de l'audition de M. B réalisé par le commissariat de police du 12ème arrondissement de Paris le 4 mars 2022, aux termes desquels plusieurs éléments étaient de nature à faire apparaître une suspicion de reconnaissance frauduleuse de paternité à l'égard de l'enfant A N'Gre.
7. Mme C soutient que M. B est le père de son enfant, avec lequel il entretient une relation et pour lequel il contribue financièrement de manière mensuelle à son éducation, de sorte qu'elle doit être regardée comme soutenant que la préfète du Val-de-Marne a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation quant au caractère frauduleux de la reconnaissance de paternité. Elle produit, au soutien de ses allégations, 4 photographies de M. B avec l'enfant A, dont trois ont été prises au même moment, ainsi que des relevés de compte établissant que M. B lui verse mensuellement 100 euros.
8. Toutefois, il ressort des pièces du dossier, et notamment du contenu de l'entretien de Mme C avec la référente fraude du département du Val-de-Marne du 13 avril 2022 et du procès-verbal de l'audition de M. B réalisé par le commissariat de police du 12ème arrondissement de Paris le 4 mars 2022, que leurs déclarations présentaient des incohérences et des contradictions, ainsi que l'a d'ailleurs relevé la préfète du Val-de-Marne. Il ressort ainsi des pièces du dossier que Mme C a déclaré avoir rencontré M. B au cours de l'été 2018, alors que celui-ci indiquait l'avoir rencontrée au début de l'année 2020, cette circonstance étant de nature à remettre en cause la possibilité matérielle du lien de filiation avec l'enfant A né le 18 juin 2020. En outre, si Mme C a indiqué que M. B a souhaité reconnaitre cet enfant dès le 4 mars 2020 et qu'il s'est rendu à la maternité le lendemain de sa naissance, l'intéressé a déclaré avoir effectué cette reconnaissance à la demande de Mme C, afin de lui permettre de faciliter ses démarches administratives, et n'avoir eu connaissance de la naissance de l'enfant que plusieurs mois après celle-ci. De plus, il ressort des termes du compte rendu d'enquête du commissaire de police du 12ème arrondissement du 24 mai 2020 que celui-ci a relevé que " M. B émet un doute certain sur la motivation de Mme C, il s'est senti piégé et menacé par Mme C ", alors d'ailleurs que M. B déclarait au sujet de Mme C lors de son audition que, s'il " croyait " être le père de l'enfant, il avait " peur qu'elle [lui] crée des problèmes ", que " cette femme n'avait pas été honnête [avec lui] depuis le début ", qu'il avait accepté de verser une aide financière mensuelle sur conseils de son avocat et que, s'il n'avait pas fait de test de paternité, il était " prêt à le faire pour décanter la situation ". Dans ces conditions, et bien que les déclarations de M. B et de Mme C attestent que ceux-ci ont bien entretenu une relation, l'ensemble de ces circonstances est de nature à remettre en cause la réalité de la filiation, tant au regard de la matérialité du lien biologique entre l'enfant et M. B qu'au regard de l'intention paternelle de ce-dernier, et à établir que la reconnaissance de cet enfant a été faite dans le seul but de faciliter l'obtention d'un titre de séjour pour Mme C. Il suit de là que Mme C n'est pas fondée à soutenir que la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation.
9. Il résulte de tout ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 30 juin 2023 par laquelle la préfète du Val-de-Marne a rejeté sa demande de délivrance d'une carte nationale d'identité et d'un passeport au bénéfice de son fils M. A B. Ses conclusions à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent, dès lors, être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre de l'intérieur.
Copie en sera adressée au préfet du Val-de-Marne
Délibéré après l'audience du 10 décembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Xavier Pottier, président,
Mme Andreea Avirvarei, conseillère,
Mme Lina Bousnane, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 décembre 2024.
La rapporteure,
L. Bousnane
Le président,
X. PottierLa greffière,
C. Leroy
La République mande et ordonne au préfet du Val-de-Marne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026